Lundi 29 juin 2009
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Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Les vertueux trousseurs de Pretoria


Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com
J'ai admiré la façon dont les Egyptiens ont fait bloc autour de leurs joueurs de football après l'épisode du «cambriolage» de leurs chambres d'hôtel en Afrique du Sud.
Le réflexe nationaliste a joué à fond mais il a été, surtout, actionné par le ressort religieux. Est-il concevable, ô musulmans engagés, que, vertueux parmi les vertueux, des sportifs égyptiens puissent s'agenouiller devant des dames de petite vertu ? Cela ne saurait être dans un milieu où on soigne les apparences, plus rapidement et plus efficacement, que la fièvre porcine. Les médias et le bon peuple égyptiens les appellent fièrement les «Sadjidine» (ceux qui se prosternent). Parce qu'ils se prosternent pour remercier Dieu, chaque fois qu'un des leurs marque un but et qu'ils font école jusque chez les nôtres. Il est vrai que ces derniers temps, avec l'Egypte, la divine providence n'a pas été gavée de prières, les occasions de buts ayant été rares. Mais en Afrique du Sud, les Egyptiens ont quand même réussi à marquer autant de buts qu'ils en ont encaissé. Ce qui n'est pas mal et, surtout, salutaire pour des joueurs prompts à enfoncer la tête dans le gazon. Seulement, il faudrait savoir vers quelle direction se tourner : normalement c'est La Mecque, mais chercher La Mecque à partir de Pretoria ça peut faire perdre le nord. C'est donc sans souci de la «Qibla», et dans un élan enthousiaste, que les joueurs égyptiens se sont prosternés, qui vers le poteau de corner adverse, qui vers la caméra du monopole ART. Au soir de la victoire sur l'Italie, les joueurs égyptiens, confiants dans leur bonne étoile, n'auraient-ils pas été tentés de sacrifier à Vénus, loin des miradors islamistes ? Ce serait tellement proche de la réalité et tellement plus logique que je suis prêt à répondre par oui. Après une victoire pareille, on peut penser que l'on est en droit de se prosterner, pour changer, devant une beauté sud-africaine, même rétribuée. Il est même normal, et je dirais même fatal, qu'après l'extase et l'euphorie des buts marqués, on se retrouve avec la bourse vide, si j'ose dire. Bref on ne saura pas de sitôt si les joueurs égyptiens ont été cambriolés par des souris d'hôtel ou soulagés par des péripatéticiennes aux tarifs exorbitants. J'ai plutôt tendance à croire la version «Belles de nuit» mais mon opinion ne compte pas aux yeux des Egyptiens. Et surtout pas pour May Azzedine, l'actrice et fiancée de Mohamed Zidane, le joueur vedette de l'équipe égyptienne. C'est le buteur et l'imam du groupe qui réveille tout le monde pour la prière de l'aube, insiste la presse locale. Je n'insiste pas, et ce d'autant plus que May Azzedine nous assure que son homme est d'une chasteté à toute épreuve, ce que nous lui concédons volontiers. J'ai juste une pensée confraternelle et solidaire pour ce journaliste égyptien, Omar Adib, qui a rapporté l'histoire de la soirée de sybarites vécue par les joueurs. Ma religion est faite là-dessus mais je ne me hâterais pas de conclure comme ce confrère du quotidien national Al-Fedjr que les joueurs égyptiens ont levé la jambe. Que ces jeunes hommes, trop sevrés, ont agi aussi légèrement que cet imam de Koléa qui a pratiqué un exorcisme «pénétrant» sur une femme mariée. On peut seulement se demander si les détenus qui l'ont bastonné à son arrivée en prison l'ont fait par morale puritaine ou par jalousie. Espérons qu'il n'aura pas formé trop d’«exorcistes» à l'issue de sa détention ! C'est à une réflexion sur la condition pénitentiaire, sous le titre «L'Arabie saoudite, la plus grande prison de femmes», que nous convie cette semaine l'écrivaine saoudienne Wajiha Al-Howeidar. Les détenus saoudiens qui n'ont pas fini de purger leurs peines ont deux possibilités de libération anticipée. Soit ils apprennent partiellement ou entièrement le Coran et ils sont ensuite élargis. Ou bien, ils bénéficient d'une grâce royale, à une occasion ou à une autre, et ils peuvent alors s'en aller librement.» Seulement, aucune de ces possibilités de libération n'est offerte à la femme saoudienne, qu'elle soit derrière les barreaux ou en dehors. Dans les deux cas, elle n'est jamais libérable sauf avec la permission de son tuteur (moharim, celui qui empêche, interdit au sens littéral et peut donc autoriser parfois). Si une femme saoudienne commet un crime, elle est emprisonnée et accomplit sa peine jusqu'au bout, mais elle ne peut quitter sa cellule si son tuteur n'est pas présent. C'est pour ça que de nombreuses Saoudiennes croupissent dans les prisons parce que leurs tuteurs ont refusé de les en sortir. L'Etat leur a accordé son pardon, mais le tuteur persiste à les punir encore. D'autre part, la femme répudiée ne peut sortir de chez elle ou quitter sa ville ou son pays que si son tuteur l'autorise, sa liberté est entre les mains du tuteur. Comme c'est la règle dans toute organisation pénitentiaire dans le monde, le détenu perd toutes ses prérogatives, notamment le droit de disposer de sa propre personne. Tout ce qui le concerne est sous la coupe du gardien et sous son autorité, jusqu'à extinction de sa peine. C'est aussi le cas de la femme saoudienne qui ne peut prendre aucune décision, ne peut faire un pas sans la permission de son geôlier, appelé aussi tuteur. Mais pour une période indéterminée. La loi du tuteur saoudien a transformé les femmes en détenues, de la naissance à la mort. Elles ne peuvent sortir de leurs cellules (maisons) ou de leur grande prison (le pays) qu'avec une autorisation signée par la direction pénitentiaire. Les Saoudiennes sont les plus grandes victimes au monde des dénis de droits et de dignité, mais elles continuent à supporter en silence toutes les formes d'injustice et d'oppression. Elles réfrènent leurs colères et se confinent dans une douleur mortifère, les Saoudiennes sont pacifiques, dans tous les sens du terme. Mais l'Etat, jusqu'à présent, ne tient aucun compte de leur bonté naturelle, de leur longue patience et de leur résistance calme et pacifique. C'est tout le contraire ! Les religieux que l'Etat a chargés d'opprimer les femmes interprètent leur mutisme et leur silence comme un signe de leur faiblesse, une preuve de leur immaturité mentale. C'est pour cela qu'ils ont augmenté les doses d'iniquité qu'ils leur font ingurgiter, au fil de toutes ces années et de ces périodes. Ils ont resserré l'étau autour d'elles, ils les ont acculées dans tous les espaces de vie avec des lois oppressives et des sentinelles de la moralité qui les pourchassent partout comme des délinquantes en puissance. Le statut spécial de la femme a fait de celle-ci un objet de défoulement, recherché par des mâles frustrés de violence et de sexe. Avec la prudence d'usage, sur de tels sujets, Wajiha rappelle que même les femmes du Prophète n'avaient pas de tuteur comme les Saoudiennes d'aujourd'hui qui ont même perdu des droits qu'avaient leurs grand-mères et leurs arrière-grands-mères. «Bienheureuse Arabie saoudite, le royaume de l'humanité, qui a fait de sa terre la plus grande prison de femmes du monde ! Qui a permis à chaque homme saoudien d'exercer le métier de geôlier sans condition et sans retenue. Le royaume qui a fait des femmes des détenues à vie, alors qu'elles n'ont aucun péché, aucune faute à expier», conclut l'écrivaine saoudienne dans ce pamphlet qui lui vaudra, n'en doutons pas, de nouveaux désagréments. Si ce n'est déjà fait à cette heure-ci ! Bien heureuse Wajiha qui a encore le courage et les ressources nécessaires pour se révolter et sonner la révolte de ses compagnes de détention. Et si vous pensez, chères concitoyennes, que cela ne risque pas de vous arriver, souvenez-vous que tout commence par le geste banal de se couvrir la tête.
A. H.

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