lundi 22 fevrier 2010
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Actualités : APRÈS LA MORT DE DEUX JEUNES TAILLEURS DE PIERRES ATTEINTS DE SILICOSE
Grève générale à T’kout


T’kout, cette localité enclavée du sud des Aurès, est sortie hier de l’anonymat. Les âmes qui l’habitent ont, en effet, brisé le silence une fois de plus pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur le mal de vivre, la misère et surtout la mort qui guette une génération entière de jeunes, réduits au métier exécrable de tailleur de pierres.
Exécrable car il a entraîné la mort d’une soixantaine de personnes (recenseés) dont deux en l’espace de 24 heures, soit mercredi et jeudi derniers. Hier, T’kout était une ville morte. Une grève générale, presque spontanée, a été observée par tous les commerçants de cette localité en signe de solidarité avec les familles des deux dernières victimes de la silicose, âgées de 24 et 30 ans. Solidarité, deuil mais aussi des revendications dont la prise en charge médicale, plus qu’impérative, par les pouvoirs publics, des jeunes de cette localité atteints par cette maladie ou exerçant encore dans la taille de la pierre qui en est la cause. La grève générale des commerces de T’kout a été également suivie par les élèves des CEM et lycée de la ville qui ont rejoint le rassemblement de protestation pacifique tenu devant le siège de la daïra et de l’APC. «Aucun incident n’a été enregistré», ont tenu à nous rassurer des citoyens de T’kout. L’amertume et la désolation étaient pourtant à leur comble depuis que cette pathologie est devenue la hantise de toute une région. Un médecin de T’kout, que nous avons contacté par téléphone, était justement en compagnie d’un jeune malade. Tailleur de pierres de son état, le patient est atteint de la silicose et est suivi par le docteur Rahmani qui n’a pas manqué de parler de décennie et de spirale macabres à propos de cette maladie. «A T’kout, cela fait des années que nous enregistrons un décès par mois à cause de cette pathologie. Une sorte de répit, qui n’a pas trop duré, a été observée au mois de janvier dernier puisqu’en février, nous sommes passés subitement à deux morts, de surcroît en l’espace de 24 heures. Plus dramatique, les victimes de la silicose à T’kout sont toutes âgées entre 18 et 30 ans. Il faut arrêter ce massacre.» C’est dire que le malheur qui frappe cette localité est très profond. Les jeunes de T’kout avaient pourtant tant espéré après les évènements tragiques qui ont secoué cette ville en 2004. Des jeunes et moins jeunes avaient été sauvagement tabassés pour avoir justement dénoncé la marginalisation, le dénuement, l’absence totale de perspectives d’insertion dans le monde du travail, la hogra. Un vécu de misère en somme. Six ans après, ils n’ont toujours que la taille des pierres pour se consoler et la silicose pour mourir… jeunes.
K. G.

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