Claude Guéant débarque en Algérie. Il sera directement
reçu au Palais. Sans même passer par…… Sidi Fredj !
C’est fou le nombre de gens qui tentent de nous rassurer face à la prise du
pouvoir par les islamistes au Maghreb. Dernier en date, le ministre français de
l’Intérieur et de la reconduite musclée aux frontières, Claude Guéant : «Des
pouvoirs islamistes ne doivent pas effrayer.» Avant lui, un autre ministre
français, tout aussi «charismatique» que Guéant, le très «souriant» et
boute-en-train Alain Juppé avait affirmé que «des régimes arabes islamistes ne
nous font pas peur». Ces vagues «rassuratrices» appellent deux commentaires, au
moins. Le premier : c’est tout de même un peu facile de se montrer pas du tout
effrayé par des régimes islamistes lorsqu’on débarque pour deux heures de temps,
chrono en main à Tunis, Tripoli, Rabat, Le Caire ou Alger, qu’on y lit deux ou
trois paragraphes sur l’amitié indéfectible qui lie la France au Maghreb, pour
reprendre ensuite l’avion et aller se foutre sous sa douche à Neuilly, laissant
derrière soi les braves populations maghrébines se démerder avec les Frères
musulmans, les salafistes, les khoubziztes, les trabendistes, et les fissistes
en attente du retour promis. Deuxième commentaire : Paris et d’autres capitales
européennes et mondiales ne devraient pas se montrer si sereines face à cette
prise du pouvoir par les intégristes. Le Maghreb, dois-je le rappeler, est à
portée de barque de la rive sud de l’Europe, à un jet de salive verte, à une
encablure de minaret salafiste et à un jalon de l’étape suivante. Car la voilà
la seule perspective lorsqu’on prend le pouvoir au nom du djihad : c’est un
processus transfrontalier ! Ben oui ! Fallait bien que ce soit dit, souligné et
assumé. C’est fait, ici. L’idéologie même de l’islam politique, ce n’est pas la
gérance d’un mini-califat limité à l’espace restreint d’une nation. Foutaises !
L’islamisme est fondé sur l’internationalisation d’un mode de gouvernance tout
autant hégémonique que privatif de modernité, d’équité femmes-hommes, de
démocratie au sens universel et de promotion de l’art sans muselière à poils. Je
ne connais pas de régimes islamistes éclairés, défenseurs de la liberté de
penser, de créer et de promouvoir la gent féminine. Et ne me citez surtout pas
l’exemple éculé, usé jusqu’à la corde de la Turquie et de son «modèle» vachement
opérationnel. Aujourd’hui, ce qui fait encore barrage à la totale marée verte en
Turquie, ce sont les débris du «Kémalisme», des substrats de plus en plus
concassés et désagrégés par l’AKP. Dans les faits, méthodiquement, les derniers
récifs dressés par Atatürk s’effondrent et cèdent. Le modèle turc est, à mes
yeux, encore plus effrayant que tout le reste. Car il est la preuve en marche
d’une intelligence supérieure de l’internationale intégriste. Il est patient
dans son entreprise d’irradiation islamiste. Il travaille sur la durée. Et à
chaque fois qu’un bon penseur européen me balance à la figure «pourtant, voyez,
en Turquie, ça marche, non ?», je n’ai qu’une envie, celle d’allumer mon
compteur Geiger. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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