Samedi 14 Janvier 2012
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Actualités : LAGHOUAT
Les manifestants exigent le départ du wali


La contestation citoyenne, qui s’est déclenchée le 2 du mois courant au chef-lieu de wilaya de Laghouat, semble s’inscrire dans la durée. A son 10e jour, elle n’a pas l’air de s’estomper même si elle a baissé en intensité avec, toutefois, cycliquement, des pics dans les face-à-face avec les forces de sécurité qui tantôt se font discrètes, tantôt interviennent énergiquement.
M. Kebci - Alger (Le Soir) - Et ce jeudi, la place attenant à la Grande Poste, non loin du siège de la Wilaya, a été, une fois de plus, l’arène d’un énième rassemblement au cours duquel de nombreux jeunes ont tenu à réitérer leur mot d’ordre : la suppression pure et simple de la liste des bénéficiaires des logements sociaux. Un préalable auquel, et au fil du développement des événements, un autre préalable est venu se greffer, à savoir le départ du wali et du chef de Sûreté de wilaya. Deux responsables devenus indésirables du fait du chapelet de griefs que la rue retient à leur encontre, à savoir la mauvaise gouvernance locale et la gestion des soulèvements populaires que la wilaya connaît ces derniers temps. Une gestion marquée du sceau d’une intervention musclée avec ses lots d’arrestations. Car, les concessions faites par le premier magistrat de la wilaya qui, à travers une circulaire, a suspendu le «caractère définitif» de la liste des bénéficiaires de logements sociaux, avec lancement d’une commission d’enquête à même de faire la lumière sur les irrégularités ayant émaillé l’opération d’attribution de ces logements sociaux, n’ont pas eu l’effet escompté. Une circulaire qui se veut comme une révision de fond en comble des listes à l’origine de la contestation avec exclusion de tout postulant même bénéficiaire à l’occasion, en possession d’une parcelle foncière ou ayant déjà bénéficié d’un logement avec poursuites judiciaires à engager contre tout postulant ayant eu à triturer et à falsifier ses dossiers. Le wali promet que, dorénavant, la société civile sera associée à toute opération de distribution de logements avec la présence, à chaque fois, de deux observateurs, et ce, le long de tout le processus d’études des dossiers des demandeurs de logement, afin de conférer aux futures opérations d’attribution le maximum de transparence possible.
Wali «irhal»
Et le départ du tandem wali-chef de Sûreté de wilaya, plus jamais dans la bouche des protestataires, qui, à l’occasion, ont repris le slogan «irhal» en vogue durant les révolutions arabes, est révélateur du malaise profond qui ronge la société laghouatie et dont la répartition plus que douteuse de cette centaine de logements sociaux n’aura été finalement qu’un simple élément déclencheur. Une sorte de goutte qui a fait déborder un vase trop petit pour contenir toute la rancœur des citoyens à l’égard des autorités locales, accusées de tous les maux. Car, en plus de la crise aiguë du logement, un autre aléa rend le quotidien des Laghouatis, notamment les jeunes, qu’ils soient diplômés ou pas, des plus incertains : le chômage endémique. Et les passe-droits, le piston et la tchipa qui gangrènent l’administration locale, comme c’est le cas partout ailleurs, notamment dans l’octroi d’un toit ou d’un poste d’emploi, fût-il dans le cadre du filet social ou celui du pré-emploi, font autant mal sinon plus que la crise du logement ou le chômage eux-mêmes. Des maux que les Laghouatis, selon Yacine Zaïd, membre de la section locale de la Ligue algérienne des droits de l’Homme, ne connaissaient pas avant que le chef-lieu de wilaya ne soit envahi par de nouveaux arrivants qui se sont accaparés tout ou presque. Preuve en sont, poursuit notre interlocuteur, ces fameuses listes de bénéficiaires de logements sociaux dont seulement une infime partie est issue de la wilaya alors que l’écrasante majorité est d’ailleurs. «Nous sommes loin d’être régionalistes mais nous considérons que les habitants de la wilaya sont prioritaires dans le bénéfice d’un toit ou d’un poste d’emploi», dira encore Yacine Zaïd.
Halte à la récupération politique
Tout le monde l’aura relevé pendant cette protestation : le sens élevé de responsabilité des manifestants, des jeunes pour la plupart. Ces derniers ont scrupuleusement veillé à ce que leur soulèvement ne dévie pas en dépit, comme a tenu à le relever le responsable local de la Laddh, des provocations multiples dont ils ont fait l’objet. «Chaque jour, témoigne-t-il, les jeunes nettoient leurs quartiers et se relaient sur les lieux de la protestation pour assurer sa pérennité, certainement inspirés des expériences égyptienne et tunisienne.» Pas seulement, ils ont su déjouer intelligemment toutes les tentatives de récupération politique de leur mouvement. Les législatives approchant à grands pas, bien de partis, notamment ceux du camp islamiste, se sont essayés à cet exercice dont ils sont, il faut l’avouer, maîtres, et en tirer profit. «Mais c’était compter, affirme notre interlocuteur, sans la vigilance des jeunes qui ont su déjouer ces manœuvres.» On rapporte, en effet, que des militants politiques bien connus localement ont tenté, sous couvert d’assistance aux jeunes manifestants, de récupérer le mouvement, et ce, en apportant de petits colis alimentaires (sandwichs et bouteilles d’eau) aux jeunes manifestants. Ce que ces derniers ont poliment refusé, renvoyant leurs donateurs à leurs desseins inavoués. Et preuve suprême, on ne peut plus tangible de la maturité de ces jeunes manifestants, ils ont superbement ignoré les rumeurs, persistantes pourtant, quant à l’organisation de marches synchronisées à partir des mosquées de la ville, juste après la prière du dohr, hier. Ils se sont contentés du rituel rassemblement à la place centrale de la ville dans l’attente d’un nouveau signe des autorités locales, avec, faut-il le relever, un dispositif sécuritaire considérablement allégé, contrairement aux journées précédentes.
M. K.

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