Lundi 17 juillet 2017
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Corruptions
Culture
Contribution
Kiosque arabe  
Digoutage
Pousse avec eux
Edition du jour
Nos archives en HTML




Actualités : UNE JOURNÉE SUR UNE PLAGE ALGÉROISE
Quand le bikini côtoie le burkini


Les plages algériennes ont finalement cette particularité d'offrir à qui les observe bien, un tableau parfait des différentes franges de la composante algérienne. Des images colorées, des scènes souvent révélatrices de profondes différences sur un fond d'anarchie qui profite à certains.
Abla Cherif - Alger (Le Soir) - Le vieux propriétaire du restaurant qui jouxte la plage de la «Madrague» les surnomme les «requins». Eux ne s'en plaignent pas, ils en ont entendu d'autres et ne s'en sont pas offusqués pour autant. Ces jeunes qui gravitent autour des lieux depuis de longues années font désormais partie du décor.
Les habitants du quartier les connaissent, et eux aussi ont fini par s'habituer aux visages de ces familles qui fuient les grosses chaleurs des villes. Entre les deux, une courtoisie souvent feinte, avec certains des disputes éclatent parfois en raison des prix proposés. 500 DA une table et quatre chaises demeure une somme élevée pour tous ces pères de famille que les enfants attendent avec impatience en fin de journée pour un plongeon à la mer. «Multipliéé par trois, plus les jours de week-end, cela fait près de 5 000 DA la semaine. Les prix ont baissé certes, car auparavant les tarifs étaient fixés à 1 000 DA pour la seconde rangée et 1 500 DA pour les tables au bord de l'eau, mais 500 DA, c'est encore cher payé».
Les querelles éclatent le plus souvent à l'arrivée, lorsque les familles se voient exiger le paiement immédiat des places qu'elles n'ont pas forcément choisies. «J'ai envie de m'allonger sur le sable, nous avons aussi nos chaises et notre parasol, mais comme toujours, il n'y a pas de place pour nous, les tables occupent tout l' espace, on est forcé d'en prendre une. Je ne sais même pas si je vais me plaire ici, et il me demande de payer avant même que je m'installe», se plaint un père accompagné de sa famille. Cette fois pourtant la discussion tourne court. Les jeunes versés dans le commerce des tables et parasols craignent visiblement d'attirer l'attention des policiers qui circulent en permanence sur la route non loin de là. Aujourd'hui leur présence dissuade aussi les fameux «parkingueurs» aux sacoches bourrées de pièces de 100 DA obtenues auprès des automobilistes qui garent ici.
Depuis l'ouverture de la saison estivale, une petite partie de la route a été réquisitionnée par un entrepreneur privé qui a monté un aquapark. L'espace est réservé aux personnes désirant plonger du haut des jeux gonflables qui flottent sur la mer.
Pour installer son aquapark, le responsable du projet a obtenu un agrément qui lui a permis de s'approprier une partie de la plage au grand désarroi des habitués des lieux contraints à se serrer dans l'espace restant. Sous des parasols aux couleurs chaudes, les citoyens tentent de marquer leur territoire comme ils peuvent : en laissant traîner des serviettes, des chaussures, ou des jouets de plage.
Des images révélant de profondes différences de mode de vie retiennent l'attention. Des jeunes filles en bikini évoluent entre mer et sable sans se soucier des regards. Les plus prudes enfilent un short en jean ou un paréo après la baignade. Les autres préfèrent se dorer à peine vêtues sans prêter attention à toutes celles qui étendent des draps autour du parasol pour éviter ces images qui dérangent. Mais dans l'eau, impossible de faire autrement que de se côtoyer. Des femmes en hidjab, en pantalon et tee-shirt, robes longues qui collent au corps une fois mouillées, jeunes filles en maillot deux pièces dansant sur des planches de surf, maillots adidas adhérents aux formes, des hommes en tricot de peau et shorts longs...
Les flots vont et viennent soulevant les célèbres sachets plastiques noirs et autres détritus repoussants. Ils accentuent le vertige de ceux qui observent de trop près les scènes qui se répètent, qui se poursuivent même à la tombée de la nuit lorsque les familles arrivent avec une bougie et un sac plein de nourriture savourer le repas du soir loin de la chaleur d'Alger. Puis, lorsque le muezzin appelle à la prière, les fidèles se tournent vers la qabla pour accomplir leur devoir. Un peu plus loin, des jeunes s'adonnent à une partie de domino sous des airs de raï.
Dans une voiture, radio Boumerdès transmet une émission religieuse au cours de laquelle un auditeur demande à un religieux si l'Islam lui permet de se rendre sur toutes ces plages où les femmes osent à nouveau nager en bikini... Toutes les franges de la société algérienne réunies le temps d'une journée à la plage.
A. C.

Nombre de lectures : 3786

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site