Jeudi 11 janvier 2018
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Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Yennayer enfin, mais il y a le reste, le social par exemple…


Par Hassane Zerrouky
Yennayer, c’est ce vendredi. Dans les années 1980, j’ai découvert que dans la région de Médéa- Berrouaghia, on célébrait une sorte de Nouvel An, dénommé العام (Nouvel An) par les habitants de la région. Est-ce la même fête ? Ce que je sais, c’est qu’à cette occasion, les habitants de cette région montagneuse mangeaient des plats à base de poulet acheté aux paysans sur le marché de Médéa, et des gâteaux. Et qu’elle était mal vue par les islamo-conservateurs. Les mosquées appelaient alors les fidèles à se détourner de cette fête païenne. Et quand le Front islamique du salut (FIS) avait pris la mairie de Médéa au FLN en juin 1990, devenue ensuite comme beaucoup d’autres localités, baladia islamiya commune islamique), il avait tenté d’interdire العام . Pour ce vendredi, à l’occasion de la grande prière, il faudra donc s’attendre à ce que des mosquées, pas toutes, tonnent contre la célébration de Yennayer. Au Maroc, en revanche, l’officialisation de Yennayer en Algérie a mis le Makhzen dans l’embarras. Il faut dire qu’il ne s’y attendait pas et que la décision algérienne tombe au plus mauvais moment pour le Makhzen. Non seulement, il n’arrive pas à faire cesser la crise sévissant au Rif depuis plus d’une année maintenant, mais le procès des militants du Hirak, le mouvement de contestation du Rif, dont trois des membres avaient déjà été condamnés à 20 ans de prison, risque d’attiser davantage les tensions existantes. Nacer Zefzafi, la figure de proue du mouvement, accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat, rien de moins, encourt une peine de 20 ans de prison. Qui plus est, à propos de Yennayer, des activistes imazighens marocains ont lancé une pétition et appelé à une grève pour ce samedi afin de faire pression sur le palais. Gageons que le Maroc ne tardera pas à officialiser cette fête. Et il ne restera plus aux Algériens et aux Marocains qu’à faire en sorte que Yennayer soit fêté le même jour chaque année. Ailleurs, les Iraniens, les Afghans et les Kurdes ont aussi leur jour de l’an. Norouz pour les Perses, les Afghans et certaines minorités d’Asie centrale, et Newroz pour les Kurdes, sont grandiosement célébrés le 1er mars de chaque année, et ce, depuis des millénaires. Cela n’a pas empêché les Iraniens, les Kurdes et les Afghans d’être des musulmans. Mieux, l’Iran n’a pas interdit la célébration de cette fête très codifiée par ailleurs. Bien au contraire, ça fait partie des traditions de ces peuples et de leur identité. En 2017, malgré une conjoncture financière défavorable pour l’Algérie, le gouvernement est parvenu à passer le cap sans trop de dommages sociaux. Mais rien ne dit qu’il en ira de même en 2018, malgré Yennayer et le vent de liberté et de modernité qu’a fait souffler Idir lors de son concert à Alger. Les salafowahhabites s’agitent comme au bon vieux temps de la fin des années 1980 et du début des années 1990 avant que l’Algérie ne sombre dans une violence qui a duré une dizaine d’années. Si l’utopie islamiste ne fait plus rêver, le salafisme, quelle que soit la forme sous laquelle il s’affiche, reste un pôle de nuisance à ne pas sous-estimer. Sur le plan social, le plus dur est à venir. La grève des médecins résidents qui s’étend pourrait être l’annonce d’autres mouvements sociaux contre lesquels, inflation aidant, le pouvoir politique ne dispose pas de ressources suffisantes pour y faire face. La seule bonne nouvelle, j’espère ne pas me tromper, c’est que les Algériens commencent à se prendre en charge. Sur le plan politique, faute d’alternative crédible, avec une opposition éclatée et affaiblie, un Président malade dont on ne sait pas s’il sera ou non candidat à sa propre succession, c’est l’incertitude. Et sur le plan régional, on ne peut pas affirmer que l’Algérie est dans un contexte de «zéro problème» à ses frontières, surtout depuis que la France a ouvert le Sahel à l’Arabie Saoudite. Bonne année à toutes et à tous.
H. Z.
hzerrouky@hotmail.com

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