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Chems Eddine Hafiz, Recteur de la Grande Mosquée de Paris, à «Diasporama» : «Certains ne veulent pas entendre la voix républicaine des musulmans»

Publié par Abla Chérif
le 18.01.2022 , 11h00
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Le recteur de la Mosquée de Paris Chems Eddine Hafiz a fait vibrer son auditoire ce jeudi lors de son passage à l’émission «Diasporama». Il se proclame laïque, prône l’amour et le respect intercommunautaire, condamne et se bat contre le terrorisme djihadiste et veut porter haut et fort la voix des musulmans républicains.
Face à lui, Maya Zerrouky n’intervient que rarement. Le recteur de la Mosquée de Paris, qui a succédé à Dalil Boubakeur, force l’écoute. Il condamne tour à tour certaines interprétations faites du Coran, fustige les personnes autoproclamées imams qui incitent à la haine entre communautés religieuses, insiste sur le rôle des imams qui prônent la tolérance et s’élève contre le discours de l’extrême droite française dirigé contre l’Algérie. Son ouvrage en discussion dans l’émission en dit long sur le combat que mène cet homme d’exception : «Le manifeste contre le terrorisme islamiste. Ecoutez-moi.» La dernière mention «Ecoutez-moi» est insérée dans un bandeau rouge pour forcer l’attention, celle que l’on n’a pas assez, ou pas voulu prêter aux musulmans. «J’ai écrit ‘’écoutez-moi’’ car on n’a pas voulu nous écouter à tous moments de l’Histoire (…) l’islam est une religion de paix, de solidarité, de respect de l’autre, d’entraide (…) pourquoi sommes-nous alors obligés de défendre l’Islam ?» Il rappelle les prises de position de la Mosquée de Paris durant les attentats qui ont frappé «le Bataclan, Charlie Hebdo». «Nous avons marché, dénoncé et affirmé que ces actes ne pouvaient être cautionnés de quelconque manière, y compris par le silence, mais on ne nous a pas écoutés, car ceux qui ne nous ont pas écoutés n’avaient pas intérêt.» Il insiste en particulier sur le rôle que joue cette mosquée dans son approche intercommunautaire : «Six cents repas par jour servis à tous ceux qui en ont besoin.» Sa solidarité effective durant cette période de pandémie. Mais aussi et surtout le travail dans lequel s’investissent les 160 imams sous la coupe de la Mosquée de Paris. Puis, il s’arrête un moment pour expliquer le fonctionnement des représentations de culte en France : «Les autorités françaises ont décidé de la répartition d’un nombre d’imams entre trois pays, 150 pour la Turquie,  120 pour l’Algérie et 30 pour le Maroc (…) Chaque année, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs dépêche donc 120 imams en France, ils arrivent à Paris et sont affectés à travers différentes mosquées de France.» Chems Eddine Hafiz évoque également le financement de la Mosquée de Paris par l’Algérie : «La  France, dit-il, ne finance aucun culte. Chaque année, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs inscrit le budget à allouer à la Mosquée de Paris dans la loi de finances. Celle-ci est approuvée par l’APN. Tout se fait donc dans la plus grande transparence.» Le recteur de la Mosquée de Paris revient sur le rôle des imams en France. «En janvier 2020, dit-il, je me suis réuni avec tous les imams  attachés pour leur poser cette question : le Coran appelle-t-il à la violence ?» La réponse fournie ne laisse planer aucun doute : «Les imams sont les mieux placés pour répondre à ce genre de problématique, et ils répondent qu’il n’y a rien, absolument aucun passage qui appelle à la violence, aucune source  d’appel à la violence. Il y a des interprétations pour appeler à la violence, radicaliser les tenants de la foi musulmane. Comment ces terroristes en sont-ils venus à détourner le message coranique ?»
Interrogé sur le problème que posent certains imams, Chems Eddine Hafiz clarifie la situation. Selon lui, le problème ne provient pas des imams mais de personnes autoproclamées, «comme ce rappeur qui appelle les gens à ne pas célébrer les fêtes religieuses. Pourquoi ? Nous avons des représentants d’autres cultes qui viennent rompre le jeûne avec nous. Ils ne jeûnent pas, mais ils prennent part à la rupture du jeûne. Pourquoi ne pas fêter Noël, la Saint-Sylvestre ?  Il m’est arrivé de prendre part à des fêtes religieuses d’autres cultes. Je ne suis pas les préceptes des autres religions, mais je peux assister à leurs fêtes religieuses». 

«Je suis musulman je suis laïque»
D’une voix ferme, il assène : «Je suis musulman, je suis laïque, je ne suis pas un religieux, je suis avocat.» Les positions qu’il défend, son combat contre le terrorisme et l’islam radical font de lui un homme menacé, reconnaît-il. Puis, il passe et revient sur le rôle des imams. Le recteur de la Mosquée de Paris révèle qu’une décision d’Emmanuel Macron interdit l’envoi d’imams détachés à partir de 2024. Le sujet a d’ailleurs figuré parmi les questions discutées avec Abdelmadjid Tebboune lors de la rencontre qui a eu lieu il y a quelques semaines. «Le Président se préoccupe de cette question et de la radicalisation, et il m’a demandé de travailler sur la radicalisation», avant de rappeler que l’Algérie est «le seul pays au monde à avoir subi avec autant de sauvagerie le terrorisme». Une raison pour laquelle il faut travailler, prévenir pour «désenclaver les zones où progresse le terrorisme islamiste djihadiste».
Chems Eddine Hafiz ne peut, en outre, contenir son indignation face au discours haineux entendu depuis le déclenchement de la pré-campagne électorale en France. «L’extrême droite veut montrer que les musulmans de France ne sont pas des citoyens comme les autres. Il y a un discours haineux contre les musulmans mais vous sentez qu’ils attaquent en réalité l’Algérie.» «Il faut reconnaître au moins le travail effectué par toutes ces personnes arrivées en France, ce travail et la patience face aux conditions, il faut arrêter de dire que l’Algérie est un ennemi ou une cinquième colonne (…) il faut nous accepter tels que nous sommes, une richesse.»
A. C.

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