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Ali Daoudi, Agroéconomiste et enseignant chercheur à l’ENA d’agronomie, à «LSA Direct» : «Il faut un nouveau mode de consommation»

Publié par LSA
le 04.05.2021 , 11h00
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L’invité de «LSA Direct» s’est attelé, tout au long de l’émission, à évoquer la nécessité d’aller vers une autosuffisance alimentaire, en adoptant une démarche progressive permettant un changement du « mode de consommation ». « Il faut adopter une politique de sécurité alimentaire intégrant les différents secteurs (commerce, industrie, santé…), et travailler en synergie », estime-t-il. 
Ahmed Kessi - Alger (Le Soir) - Le défi auquel fait face le pays, c’est d’«augmenter la production agricole dans les produits de large consommation », pour aller vers une autosuffisance et une protection du pouvoir d’achat des citoyens, a indiqué Ali Daoudi, agroéconomiste et enseignant chercheur à l’ENA (Ecole nationale d’agronomie), à «LSA Direct», expliquant que les produits de large consommation, c’est en moyenne 2,5% des importations par an environ, selon les années.
Interrogé si l’Algérie a réellement les capacités de production du blé tendre, du lait et d’en faire la transformation, l’invité du Soir d’Algérie nuance en posant la question autrement : « Étant dans l’obligation de consommer autant de blé tendre et quelles sont nos capacités de production ? ». Et de décortiquer l’écheveau : « La consommation du blé tendre a été boostée par la consommation du pain (produit énergétique le moins cher), subventionné à 8,5 DA. Les gens en consomment beaucoup et en gaspillent beaucoup .» 
Avant de commettre l’erreur d’envisager une augmentation du prix, dit-il, il «faut d’abord penser à réduire ou éliminer le gaspillage et envisager ensuite la diversification de la consommation ». Il expliquera que la farine blanche est à caractère industriel,  et n’est  pas vraiment recommandée sur le plan nutritif. 
Dans ce sens, Ali Daoudi, suggère le retour progressif aux traditions. « Consommons du blé dur, de l’orge (pain, couscous, galettes, gâteaux,…) comme nos grands-parents le faisaient », dit-il, en esquissant une sortie de cet état de fait. « Il faut augmenter dans l’immédiat la production du blé tendre, et songer à accompagner la transformation du mode alimentaire à moyen terme », recommande-t-il.
Toutefois, il met en garde : « On ne peut modifier un mode alimentaire que si on a des substituts .» Pour ce faire, avise-t-il, « il faut qu’il y ait accès à une alimentation diversifiée. Il y a possibilité d’améliorer et de diversifier le mode alimentaire pour que le citoyen ne soit pas forcément orienté vers ces deux produits ». 
À titre indicatif, en 1962, le choix d’améliorer le régime alimentaire des citoyens s’imposait (on consommait 1 500 Kcal/j alors que la moyenne mondiale était de 2 200 Kcal/j). Il a été fait le choix de soutenir le pain et le lait, principales sources de calories et de protéines animales pour la majorité des ménages.
L’agroéconomiste estime, à juste titre d’ailleurs, que l’État doit continuer à soutenir ces deux produits, les deux étant des produits « refuge» pour le consommateur, au moment où on assiste à un effondrement du pouvoir d’achat, avec la dévaluation du dinar. 
« L’État doit réformer d’abord sa politique de subventions et accompagner le secteur agricole à faire une transition, pour offrir sur le marché des biens alimentaires diversifiés et de qualité à des prix accessibles », enchaîne-t-il, tout en précisant que ce n’est pas l’augmentation des prix qui pose problème mais plutôt l’«effondrement du pouvoir d’achat ». 
Pour optimiser la balance, l’enseignant chercheur dit qu’« il faut des mécanismes de régulation des prix qui tiennent compte des prix de production et d’accompagnement des agriculteurs, en attendant que le pouvoir d’achat national augmente ». Sinon, prévient-il, comme cela s’est passé auparavant, il y aura « un désinvestissement qui aura un impact global négatif ».
Ali Daoudi estime qu’il n’y a pas vraiment une réelle « politique de sécurité alimentaire » dans le pays, mais plutôt une « politique agricole». Selon lui, la crise de Covid-19 nous a rendus à l’évidence, en nous rappelant l’«importance d’un secteur comme celui de l’agriculture dont dépendent la sécurité alimentaire et la stabilité du pays ».
La sécurité alimentaire n’est pas qu’une politique agricole. Il y a d’autres secteurs, comme l’industrie, le commerce, la santé, etc. D’où la nécessité d’une vision globale de la sécurité alimentaire qui implique également tous les secteurs ». Dans ce sillage, Daoudi affirme clairement qu’«il y a très peu de coordination entre les secteurs, alors que la sécurité alimentaire en dépend sérieusement », ajoutant qu’il est « impératif que l’Algérie se dote d’une politique de sécurité alimentaire sur le long terme, avec une vision à moyen terme ». 
À ce titre, l’Algérie, selon lui, doit songer à « adopter une nouvelle politique d’investissement »,  en allant explorer d’autres horizons comme cela se fait de nos jours ailleurs. « Il est possible d’acquérir des terres ailleurs, à travers des fonds souverains, et permettre des investissements, ou travailler avec des privés algériens en les encourageant avec des moyens, notamment ceux impliqués dans l’agroalimentaire. On peut aussi envisager d’autres modèles, tels que la coproduction avec les États partenaires et amis où on pourrait développer des stratégies d’aide au développement mutuel ».
La réflexion, c’est d’«essayer de sortir des limites du modèle dans lequel on a toujours existé, et qu’on s’invente des alternatives, en impliquant le privé », indique-t-il. Ceci en développant l’industrie de l’agroalimentaire, notamment, et en ayant une ouverture sur les idéaux dans le domaine agricole.
Il précisera toutefois que l’« exportation est une filière qui se construit méthodologiquement ». « On produit pour l’exportation, en identifiant les normes de qualité du marché », conclut-il.
A. K.

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