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CORONAVIRUS Pourquoi je suis optimiste ?

Publié par Maâmar Farah
le 22.03.2020 , 11h00
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Photo : Samir Sid
Par Maâmar Farah
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Dans quelques semaines, le coronavirus ne sera plus qu'un mauvais souvenir. Il y a des raisons d'espérer cette issue et je les évoque ici. Mais il y a surtout ce désir de vivre indomptable et cette discipline populaire qui a étonnamment vidé les rues du vendredi, habituellement prises d'assaut par des centaines de milliers de marcheurs résolus à changer l'Algérie. Pas une seule voix discordante ! Et c'est ce même peuple qui s'est replié massivement et volontairement chez lui le jour suivant, sans ordre de confinement, ni état d'urgence sanitaire, ni couvre-feu ! Un tel peuple ne peut que sortir victorieux du sale virus !
Nous avons longuement observé et bien étudié les courbes de propagation du coronavirus, jour après jour, dans les quelques pays où il y a eu une progression fulgurante et un nombre de décès important. Il ressort de ces courbes et d'autres que cette propagation extraordinairement rapide n'est pas le propre de tous les pays touchés par l'épidémie. Il y a de grandes différences entre ces nations. Ce qui veut dire en général qu'il ne faut pas calquer systématiquement l'évolution de la maladie pour la prévoir telle quelle dans les autres pays retardataires.
Le coronavirus a touché 186 pays. Or, la situation n'est réellement préoccupante que dans quelques nations qui se comptent sur les doigts d'une seule main, c'est-à-dire là où le virus s'est propagé d'une manière fulgurante, touchant des dizaines de milliers de cas et tuant des milliers de personnes. L'immense majorité des nations n'enregistre que des chiffres bas, pour ne pas dire parfois insignifiants. Par conséquent, promettre à tout le monde le même schéma que l'Italie relève de l'affabulation. Si l'on observe l'évolution de la maladie dans ce dernier pays, on peut constater qu'elle s'est faite d'une manière exponentielle jusqu'à atteindre un pic qui ne semble pas, pour le moment, en vue. Et dans cette évolution, il y a des repères qui peuvent nous permettre de faire des comparaisons correctes. On peut, par exemple, aller au vingtième jour depuis la déclaration du premier cas et voir ce que donnent les chiffres des malades reconnus officiellement et de ceux qui sont décédés. Ceci pour l'Italie. Puis, on peut aller vers les chiffres algériens et faire le même relevé. On constatera que l'évolution de l'épidémie chez nous n'a pas suivi la même courbe, qu'elle n'est pas exponentielle et que, finalement, il ne faut pas s'attendre à la même catastrophe, même s'il faut rester prudent et vigilant et continuer à observer scrupuleusement les recommandations des autorités sanitaires.
Soleil, soleil de mon pays...
Si la situation ne s'est pas détériorée au vingtième jour et qu'elle est loin de ressembler à celle de l'Italie, il n'y a pas de raison de croire qu'elle va se mettre tout d'un coup à s'apparenter à la catastrophe de nos voisins du Nord ! Essayons plutôt de comprendre pourquoi cette grippe particulièrement contagieuse, mais peu mortelle par rapport à d'autres, n'a pas le même bilan en Europe et en Afrique du Nord. Et aussi pourquoi elle fait plus de mal au Maghreb qu'en Afrique sub-saharienne.
Il faut vous rappeler les prévisions des scientifiques qui nous disent que la grippe va retomber fin avril, début mai, selon l'évolution de la météo. Ils savent que le réchauffement du climat à cette période fait reculer la maladie et guérit généralement ceux qui en souffrent. Ce n'est pas le soleil qui manque chez nous ! Et c'est encore mieux chez nos voisins du Sud. Cette année particulièrement, sécheresse aidant, on a eu un hiver plutôt chaud, ce qui nous a probablement permis de mieux résister à ce virus. On constatera, pour mieux illustrer le rôle du soleil et de la chaleur comme facteurs de résistance au virus, que les pays de l'hémisphère Sud ont très peu de cas. N'oublions pas que c'est la fin de l'été là-bas et la poussée de l'épidémie a eu lieu au moment où c'était carrément la saison estivale dans ces zones.
J'ai consulté des documents écrits et photographiques qui évoquent deux grandes grippes particulièrement meurtrières au cours de la première moitié du XXe siècle. Et j'ai retrouvé des témoignages sur l'utilisation du soleil comme remède à ces maladies particulièrement éprouvantes pour les poumons. Les patients dont les lits avaient été sortis des salles d'hospitalisation et étalés en pleine nature sous le soleil ont mieux résisté que ceux qui étaient restés à l'intérieur ! J'ai le souvenir de ces vieux sanatoriums où il y avait toujours un solarium aux baies géantes laissant passer les rayons salutaires du soleil pour réchauffer les corps meurtris des malades atteints de différentes affections pulmonaires. Dieu merci, la tuberculose a été éradiquée en Algérie grâce à la politique de protection sanitaire et de son caractère populaire durant les années du socialisme. Et ces sanatoriums, qui ne servent plus à rien, sont devenus des hôpitaux généraux.

Un corps médical en or
Pourquoi je suis optimiste ? Cela ne s'arrête pas seulement à cet élément naturel qui nous inonde chaque jour de sa beauté et de sa bonté. Je relève le comportement exemplaire de notre peuple qui a répondu massivement aux appels des autorités sanitaires et positivement réagi aux mesures contraignantes prises par le pouvoir politique. J'ai fait un tour hier samedi dans les rues et ruelles de la petite ville où j'habite. Elles étaient vides ! Très peu de passants. Les cafés n'avaient pas encore fermé leurs portes mais peu de clients s'y aventuraient. Les populations n'avaient pas besoin d'ordres de confinement et de contrôles policiers pour se retirer chez elles et attendre la fin de cette pénible épreuve.
Il est une autre raison qui me donne l'espoir de voir notre pays s'en sortir avec le moins de dégâts, c'est l'extraordinaire mobilisation et le patriotisme à toute épreuve d'un corps médical et paramédical outrageusement calomnié ! J'ai toujours défendu nos médecins contre ces critiques méchantes et parfois imbéciles qui ne tiennent nullement compte des immenses difficultés dans lesquelles exercent nos toubibs ! Et cela dans de nombreuses occasions : à l'occasion du déplacement de Bouteflika au Val-de-Grâce, lorsque le ministre de la Santé français et un certain Le Pen se sont mis à tirer à boulets rouges sur la médecine algérienne. J'avais relevé qu'il était aberrant que je me retrouve seul à défendre notre corps médical contre ces attaques racistes et revanchardes. Puis à l'occasion de mes nombreux séjours en hôpital et en clinique, pour diverses affections. Des amis me disaient : «Tu peux partir à l'étranger ! Tu as les moyens !» Oui, bien sûr, sauf que je les connais moi les profs et les médecins, qu'ils soient généralistes dans un douar perdu à 600 kilomètres de la capitale ou chefs de service dans les établissements publics et privés des grandes villes. J'ai fait le lycée avec beaucoup de ces sommités qui émerveillent la communauté scientifique internationale dans les symposiums et autres rencontres spécialisées. Certains dirigent de grands services à l'étranger ! Les renier, c'est me renier ! C'est renier ces ingénieurs informatiques qui, le bac en poche, sont allés à El-Harrach, dans cette première école supérieure africaine d'informatique ! Et ils sont nombreux, ces potaches de ma jeunesse, qui honorent la génération post-indépendance. Pourquoi je ne leur ferais pas confiance ?

Le sang des résidents
Puis à l'occasion de cette grève où l'image des résidents tabassés par la police et leurs visages ensanglantés a ému les Algériens. Nos plumes solidaires ne pouvaient, certes, pas effacer le sang et les larmes, mais elles disaient notre fureur face au spectacle de l'insolente et brutale réponse de l'autoritarisme aux revendications des jeunes médecins. Nous n'oublions pas !
Tout cela me donne des raisons d'être optimiste. Je ne fais aucune concession à ma ligne d'honnêteté intellectuelle et de probité morale en reconnaissant que l'État algérien a agi avec détermination et sagesse pour réduire les effets de cette crise et faire face au coronavirus de la manière la plus responsable. On peut dire ce qu'on veut mais le traitement de l'épineuse affaire des Algériens se trouvant à l'étranger, et même si certains se sont plaints des retards et autres longues attentes dans les aéroports, aura été à la hauteur. De même que le confinement pour une durée de 14 jours des personnes rapatriées. L'État a joué son véritable rôle en dépêchant avions et bateaux, en réservant des hôtels et des centres de repos et en veillant à bien encadrer les citoyens confinés. L'État a mis en garde les Algériens contre les risques qu'ils courent en baissant la garde face au coronavirus. Il a pris les mesures qu'il faut, sans aller aux extrêmes, sans forcer les gens à ne pas sortir. Mais la suite des événements dépend de nous. Et de notre discipline...
Quand l'État joue son rôle et qu'il ne délègue pas une partie de son pouvoir à des institutions privées, quand il continue d'investir dans la construction d'hôpitaux aux quatre coins du pays, quand il forme gratuitement des dizaines de milliers de médecins, quand il continue de ne pas compter lorsqu'il s'agit de la santé des Algériens, on peut toujours espérer une bonne issue à toutes les crises sanitaires qui peuvent nous frapper ! Bien sûr, les insuffisances sont nombreuses et nous les connaissons tous, du moins nous qui continuons de faire confiance au médecin algérien. Les autres, de toutes les façons, ils n'ont pas le choix : le voyage et les soins pris en charge par l'État pour aller se faire soigner un bobo, ce n'est pas possible ces jours-ci ! Je ne leur souhaite pas de tomber malade mais si jamais ça leur arrive, ils vont voir que, même si tout n'est pas parfait et que les conditions d'accueil et de séjour ne sont pas les mêmes qu'en Europe, nos médecins et nos infirmiers sont toujours là pour leur venir en aide. Et sans débourser un sou : notre médecine est toujours gratuite ! Nous devons encourager nos praticiens à faire mieux mais ça commence par un petit «merci» ! Ils le méritent, surtout en cette période où ils sauvent des vies et permettent au compteur de la mort de ralentir et de ne pas s'emballer comme dans les pays en face !
Enfin, la voie du succès n'est pas celle de l'Italie, de la France ou de l'Espagne. Le néolibéralisme y a fait des ravages sur le plan de l'investissement public et de la protection sociale des classes démunies. La politique dictée par l'Union européenne laissera des traces, et pour longtemps, dans différents secteurs touchant à la vie du citoyen. L'exemple nous vient de Chine où l'État continue de jouer son rôle dignement au profit des masses populaires !
M. F.

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