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Cela s’est passé en septembre 1991 Boulmerka, Morceli et Brahmi font vibrer l’Algérie

Publié par Belkacem Bellil
le 31.08.2020 , 11h00
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Au mois de septembre 1991, les Algériens vécurent des moments de joie intenses. Le drapeau algérien venait de flotter, à trois reprises dans le ciel de Tokyo. Hassiba Boulmerka, Noureddine Morceli et Azzedine Brahmi ont porté haut l’emblème national grâce à des victoires historiques aux championnats du monde qui se sont déroulés dans la capitale japonaise. L’athlétisme national vivait alors ses moments de gloire.
L’image indélébile de la fille de Constantine, les bras levés au ciel, les larmes se mêlant à la joie et son émotion très expressive, a profondément marqué les dizaines de millions de téléspectateurs algériens. Hassiba Boulmerka venait de s’imposer au terme d’une course ayant regroupé tout le gratin de la planète. Elle avait frappé les imaginations et confirmé l’émergence de l’athlétisme féminin algérien et africain. Plus encore, elle était devenue un symbole de succès et d’émancipation pour la femme arabe, à un moment où le fondamentalisme grignotait de plus en plus de terrain à la tolérance, la démocratie et la modernité et où la barbarie terroriste montait en puissance dans notre pays. Son nouveau statut de championne du monde lui vaudra, hélas, les attaques des extrémistes, à qui elle aura cette réponse : «Aussi vrai qu’il est impossible de se rendre à la mosquée en short, il est impossible de courir en hidjab.»
Au lendemain de cette victoire mémorable, les cœurs des Algériens ont, à nouveau, vibré au rythme d’une autre chevauchée tout aussi magnifique, celle de Noureddine Morceli qui s’en allait à pas assurés vers une autre consécration, un autre titre, une autre médaille en or pour l’Algérie. L’enfant de Ténès et nouveau roi du demi-fond mondial venait de confirmer une évolution constante amorcée il y a plus d’une année en multipliant les succès aux différents championnats internationaux.
 La foulée élégante, une stratégie redoutable, des entraînements soutenus, Morceli se révéla, au fil des saisons, la perle rare de l’athlétisme national.
Il étoffera son palmarès avec les titres les plus convoités, champion du monde en Espagne, Championnats du monde de Tokyo, champion des Jeux méditerranéens en France, Championnats du monde de Stuttgart, champion olympique à Atlanta et la liste est encore longue.
La troisième satisfaction des Algériens en cette fin de l’été 1991 avait pour nom Azzedine Brahmi qui a remporté la médaille de bronze du 3000 m steeple. Un athlète confirmé qui s’est qualifié magistralement à cette autre finale tant attendue par tout un peuple. Brahmi possède à son actif une médaille remportée aux Jeux méditerranéens d’Athènes 1991 et une première place au meeting de Nice.
Le Soir d’Algérie, qui soufflait sa première bougie, en ce début du mois de septembre 1991, avait mobilisé ses équipes et ses espaces pour rendre compte de ces réussites historiques et accompagner les Algériens dans leur quête de joie et de bonheur.
Nous reproduisons ci-après des écrits qui reflètent l’enthousiasme du journal et son engagement en ces moments particuliers pour le pays.
B. B.

Larmes d’or
Grand moment que la finale du 1 500 mètres féminin à Tokyo. Les Algériens, qui ont eu la chance de voir la retransmission en direct de cette finale, ont dû avoir les mêmes frissons et les mêmes sentiments de fierté après la brillante victoire de Hassiba Boulmerka. Au-delà de l’exploit sportif qui est abondamment commenté par les spécialistes, c’est la cérémonie protocolaire de remise de médailles qui a retenu notre attention. Hassiba, la main sur le cœur, les yeux embués de larmes, écoutait l’hymne national en fixant l’emblème vert et blanc frappé du croissant et de l’étoile.
À voir ce petit bout de femme, qui, là-bas, dans ce pays des antipodes, a rehaussé le prestige de l’Algérie, on en vient à reprendre confiance, à se remettre à croire en les Algériens, en la patrie, en le patriotisme. C’est qu’on commençait à douter de tout et de nous-mêmes au premier chef.
La mal-vie, l’inflation, le vol caractérisé et généralisé qu’est le trabendo pratiqué désormais par les sagouins privés et les institutions étatiques, le terrorisme politique, la guerre sans merci que se livrent les partis, la canicule, les pénuries d’eau et, du reste, tout ce qui fait nos heurs et nos malheurs, ont été gommés l’espace d’une compétition et d’une cérémonie, par la grâce de cette jeune fille minuscule et en même temps colossale. Nous nous sommes surpris à avoir nous aussi les mains sur le cœur, les yeux perlés de larmes et nous étions fiers d’appartenir à la même nation que Hassiba. Soudain, notre hymne national a retrouvé ses qualités martiales et notre emblème était le plus beau du monde… Tant d’émotion et tant de bonheur, par la grâce de cette gracile jeune fille dénommée Hassiba Boulmerka. Non, l’Algérie n’est pas finie. Il y existe des multiples de Boulmerka, de Morceli, de Brahmi… Ceux-là ont ouvert le chemin. Leur exemple sera sûrement suivi.
Zoubir Souissi

La chevauchée fantastique de Morceli
Lorsque Morceli amorça son échappée un peu plus tôt qu’à son habitude, des collègues hurlèrent : «Non, non…», le visage crispé et le regard hypnotisé par l’écran de télévision… Dans tous les foyers d’Algérie, on vivait intensément et en communion la même scène.
Le pays tout entier vibrait à l’unisson au rythme d’une chevauchée fantastique qui mènera Morceli Noureddine, un enfant de Ténès, à la plus haute marche du podium pour la plus prestigieuse épreuve d’athlétisme : le 1500 mètres.
«Non, non…» hurlait notre collègue qui ajouta aussitôt : «Il ne fallait pas sortir un tour avant l’arrivée… Ce n’est pas dans tes habitudes ! Ils vont te rattraper… Non, non…» Nous étions tendus et attendions les derniers mètres avec angoisse…
Et puis ce fut la certitude : à ce rythme-là, personne ne pourra lui enlever le titre tant mérité. Nous jubilons de joie. Nous dansons.
Nous hurlons. Morceli, sûr de lui, salue le public avant de franchir la ligne d’arrivée.  Dans un geste émouvant, le nouveau champion du monde lève la tête vers le ciel pour remercier Dieu.
Et puis ce fut le tour d’honneur. D’autres drapeaux, d’autres ovations. En l’espace de deux jours, l’Algérie se trouve propulsée au plus haut niveau de l’athlétisme mondial. La fête continue. Nous en avions besoin. Énormément besoin.
Maâmar Farah

Des moments poignants
Le cœur accroché, le regard suspendu, nous attendions… Hassiba amorce le dernier virage, elle accélère, dépasse les Soviétiques et la Roumaine… elle a gagné ! Hassiba hurle, hurle sa joie, encore sous le choc, l’emblème national déjà brandi. La tension est trop forte. Elle n’arrivera pas à boucler le tour d’honneur. Bouras, son entraîneur, surgit, prend la championne dans ses bras, tout un peuple assiste, médusé à l’émouvante embrassade… Le drapeau algérien s’élève lentement le long de la hampe centrale, Hassiba, la main droite ouverte posée à plat sur la poitrine, ne peut retenir ses larmes.
Combien d’entre nous ont pu rester insensibles à ce spectacle, combien de larmes ont perlé sur les joues en cette dernière journée du mois d’août ? Dieu seul le sait.
Qui aurait pu penser un jour que ce peuple habitué aux souffrances, meurtri dans sa chair et dans son âme, encore à la recherche de son identité, viendrait tomber à genoux aux pieds d’une de ses filles âgée à peine de 23 ans, venue lui rappeler «brutalement» en ces moments de désillusions, combien il peut être agréable d’être algérien. Mille fois merci !
Karim Aït-Ouméziane

Album du Soir

Après sa victoire historique aux Championnats du monde à Tokyo, le héros Morceli a été honoré au
sein du Soir d’Algérie avec une remise de distinction symbolique par Zoubir Souissi, directeur de la publication.

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