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4 septembre 1990 - 4 septembre 2020

Édité par Le Soir d’Algérie : Match, l'autre aventure !

L'avènement de la presse indépendante en Algérie, un peu plus d'un an après l'ouverture politique, a donné lieu à une foultitude de titres pour la plupart d'informations générales. Rares étaient les publications consacrées à d'autres créneaux de la vie nationale. C'est le cas de le dire pour les titres dédiés au sport, tous les sports et au quotidien.
En effet, dans son élan d'enrichir le paysage médiatique la direction du journal Le Soir d'Algérie, certainement euphorisée par la grande réussite du quotidien d'informations générales, décidera de lancer quelques titres spécialisés. Une première publication sortira des rotatives de la SIA vers la fin de l'année 1991. Il s'agit du quotidien 100% sport Match. L'idée de Maâmar Farah, un des fondateurs du Soir d'Algérie, était d'ouvrir les portes de la gloire à d'autres disciplines sportives autres que le football.
La «littérature sportive» étant exclusivement dytirambique envers le sport roi, le football, avec nombre de titres (El Haddef et El Mountakheb), il fallait tenter de séduire un nouveau lectorat dont les connaissances sont loin des enceintes du football. Match pouvait, à ce titre, compter sur une équipe bien huilée formée au sein de la rédaction du Soir d'Algérie. Hocine Hadj Ali, Slimane Bensayah, Karim Aït Oumeziane, Hasssina Amrouni, Mohamed Bouchama, Nacer Aït Ouares, Noureddine Bouteldja, Abdelghani Talbi, Mahmoud Barkat, Samir Ben Smaïn et feu Layachi Asfour (photographes), et un réseau de correspondants ultrarenforcé se sont attelés, huit mois durant, à gaver des lecteurs pour qui le sport était une échappatoire en cette période de début du terrorisme. Le secteur des sports était quasi paralysé. Des événements sportifs ont été bouleversés par les actes terroristes survenus dans des contrées lointaines et même dans la périphérie de la capitale. Le sport féminin sera le plus pénalisé par cette situation dramatique. Match qui ne pouvait compter que sur les moyens de la société mère, Le Soir d'Algérie, disposait d’un volume réduit de publicité. Seul le MJS, dirigé alors par Mme Aslaoui, offrait un carnet dédié à la jeunesse et des encarts du PSA qui constituaient la ressource du quotidien sportif. Un titre qui aura malgré tout réalisé des prouesses pendant sa courte existence. La finale de la Coupe d'Algérie JSK-ASO de 1992, à Oran, présidée par feu Mohamed Boudiaf, assassiné une semaine après, sera le dernier événement majeur que Match a couvert de manière circonstanciée.
Un goût d'inachevé marquait cette aventure menée par une équipe battante qui, malgré les évènements atroces vécus par le pays, les conditions de travail dérisoires et l'éloignement (le journal avait son siège à Draria, commune dénuée de tout confort à l'époque), a su produire des numéros exceptionnels.
M. B. 

1990, évènement historique majeur
Le socialisme se meurt à Berlin

Le 2 octobre 1990, à minuit, la République démocratique allemande (RDA) a cessé définitivement d’exister. En adhérant ainsi à la République fédérale d’Allemagne (RFA), en vertu d’un traité paraphé par les deux gouvernements, après adoption des deux Parlements, c’est un autre pan du système socialiste qui s’écroule à l’image de ce mur, long de plusieurs dizaines de kilomètres et haut de 3 m, qui divisait une ville, Berlin, et qui n’a pas résisté aux soubresauts de liberté des Allemands de l’Est.


Un fait historique sans précédent, la chute brute et totale d’un système politique et économique, en un laps de temps record (moins d’une année).
Mercredi 3 octobre 1990, 00h, l’Allemagne unifiée retrouvera sa souveraineté sur l’ensemble de ses affaires intérieures et extérieures et sa liberté. En effet, les pourparlers «2+4» (RFA, RDA + France, USA, URSS, Grande-Bretagne) ont abouti à la signature d’un traité portant règlement définitif concernant l’Allemagne et qui met fin aux droits et aux responsabilités des quatre puissances, relatifs à Berlin et à l’Allemagne dans son ensemble.
L’unification allemande, c’est également pour beaucoup de peuples d’Europe essentiellement le spectre de la guerre qui plane de nouveau. Deux guerres mondiales ont pour origine l’Allemagne, se rappellent-ils. «Seule la paix émanera du sol allemand», semblent leur répondre les Allemands dans le traité d’unification qui proclame, en outre, «la volonté du peuple allemand de contribuer, grâce à l’unité allemande, à l’union de l’Europe et à la construction d’un ordre de paix européen».
Sur le plan militaire, l’Allemagne unifiée affirme «renoncer à la production, à la détention et au contrôle d’armes nucléaires, biologiques et chimiques» et s’engage à réduire les effectifs de ses forces armées à 370 000 hommes.
Le traité confirme d’autre part «le caractère définitif» des frontières de l’Allemagne unie, et les frontières germano-polonaises existantes seront également confirmées «en vertu du droit international».
L’unification a aussi son revers de médaille. Une période de transition pour les habitants de la RDA – le passage d’une économie planifiée à une économie de marché – qui ne va pas se dérouler sans contraintes de différents ordres. C’est le passage d’un système de valeur à un autre.
En tout état de cause, l’union retrouvée, la souveraineté reconquise, l’Allemagne ne pourra que sortir victorieuse de toutes les vicissitudes du chemin de la prospérité. Et c’est à ce moment-là, à ce moment-là seulement, que l’on pourra mieux apprécier les efforts qu’elle entreprendra pour la préservation de la paix et la sécurité dans le monde.
B. B.
 

Des unes et des évènements : Année 1990

Les vérités de Louisa Hanoune
Au troisième numéro du Soir, Louisa Hanoune était revenue, dans un entretien exclusif accordé au journal, sur les principaux sujets qui occupaient le devant de l’actualité de l’époque.
Concernant l’absence de la femme dans l’activité politique, elle affirmait : «C’est le résultat, la conséquence du système du parti unique, qui imposait des structures qui lui sont inféodées. Autant dans les lois, autant dans les institutions, la femme est considérée comme un être inférieur, autant quand il s’agit de répression, il y a égalité totale. Je constate personnellement que le pouvoir est d’autant plus énergique contre le Parti des travailleurs, parce qu’il est représenté par une femme.»
Abordant la pléthore de partis politiques qui existaient, «très nombreux sont les partis qui représentent les intérêts de la bourgeoisie. Les partis qui acceptent les réformes économiques sont évidemment avec le pouvoir en place. Ils sont pour la remise en cause de la souveraineté nationale…».

Ben Bella, l’assassinat de leaders historiques et «la pomme de terre»
Au lendemain de son retour en Algérie, le premier Président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, ne ratait pas les occasions médiatiques pour tomber à bras raccourcis sur le système politique et économique dans le pays. Il a été jusqu’à faire une comparaison avec l’Irak. Pour lui, «l’Irak, même en état de guerre, vit mieux que nous. C’est l’Algérie qui vit le blocus».
Au sujet de la disparition du trésor de la Révolution, constitué de dons en or et en argent de la population, Ben Bella demande «une enquête sur le détournement de 200 kg d’or et 8 000 kg d’argent, disparu des caisses de la Banque centrale et qui ont atterri à la caserne Ali-Khodja. Une enquête avait permis à l’époque de conclure à un détournement».
Il refusait par ailleurs de revenir sur la question dramatique de l’assassinat de leaders historiques, comme Khider, Krim Belkacem, Chaâbani en considérant que ce sujet «est une futilité par rapport à la pomme de terre».

La dédicace d’Aragon pour Boumediène
Dans une interview accordée au Soir, la veuve du défunt Boumediène apportait de nouveaux éclairages sur des pans entiers de la vie de son mari. Elle a affirmé : «Il était doté d’une intelligence remarquable. L’analyse des évènements et des hommes à laquelle il se livrait devant moi a toujours été juste et confirmée par les faits.»
Elle reconnaît également : «J’ai vécu auprès de lui une vie intense, une vie à 200 à l’heure, une vie qui n’était pas rythmée par le quotidien de tout un chacun, mais par celui des grands évènements du monde dont on a vent avant le commun des mortels… Pour moi, c’était un enrichissement intellectuel extraordinaire, et ce, d’autant plus que le Président Boumediène aimait beaucoup philosopher sur l’histoire lointaine ou récente du monde arabe comme du monde occidental qu’il connaissait à fond.» Sur l’intérêt de l’ancien Président pour la lecture, sa veuve ajoutait : «Connaissant son goût pour la lecture, des écrivains de différents pays arabes et européens lui envoyaient souvent leurs œuvres avec de belles dédicaces. Je me souviens en particulier de celle d’Aragon qui m’avait beaucoup émue.»