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BILLET (PAS) DOUX

Musulman et islamiste

Publié par Maâmar Farah
le 17.04.2021 , 11h00
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Je suis entièrement d'accord avec le Président tunisien quand il dit que «le Coran s'est adressé aux musulmans et non aux islamistes !» Cette clarté dans le propos rétablit une vérité souvent occultée : le musulman est un être qui pratique la religion musulmane dont le Coran est la base. L'islamiste est quelqu'un qui utilise la religion pour asseoir une domination sur les autres citoyens ; son combat n'est pas une pratique saine et altruiste de la religion mais comment réduire le rôle de la femme et marginaliser son statut dans la société, comment restreindre les libertés qu'il juge incompatibles avec l'islam, comment régenter la vie selon des normes rigoureuses et des situations induites par une mauvaise lecture des hadiths ou carrément l'invention de nouvelles citations fabriquées pour les besoins du moment.
J'ai lu quelque part que le musulman est celui qui fait tout pour aller au paradis alors que l'islamiste est celui qui veut emmener les autres, même par la force, au paradis ! 
Je répète que nous sommes face à un grand danger : l'islamisme n'est pas l'islam. C'est une altération obscurantiste qui veut ramener les peuples musulmans aux siècles de l'ignorance et de l’inquisition médiévale ! Nos peuples sont confrontés, depuis une trentaine d'années, à l'assaut multiforme des intégristes qui se répartissent intelligemment les tâches en se faisant passer pour des modérés, des purs, des durs, des djihadistes armés, etc. Au fond, ils défendent les mêmes conceptions erronées et à contre-courant du progrès humain, ils visent les mêmes objectifs : dominer l'économie – via l’informel – et asseoir un pouvoir islamiste qui chercherait, aussitôt qu'il est installé, à se mettre sous la coupe d'un khalifat en gestation.
Le musulman croit en Dieu et en le Coran. L'islamiste croit en une doctrine importée. Ce ne sont pas les écoles qui manquent mais les wahhabites et les Frères musulmans tendance ottomane dominent la scène. Les islamistes se font financer par des États étrangers et cela est interdit par la loi. Il en est jusqu'aux chaînes de télévision «privées» qui sont des maillons importants de cette inextricable chaîne de la propagande islamiste. Il y a trop d'imams étrangers, trop de fatwas non contrôlées, trop d'intolérance. La palme revient à ce cheikh algérois, très suivi pour son humour (mais est-ce son rôle?), qui distille une misogynie jamais égalée sur les écrans ! Il y a aussi toutes ces associations caritatives hypocrites qui travaillent pour des partis et des organisations proches des milieux extrémistes.
La société a perdu de sa combativité des années 90. Bouteflika et sa réconciliation sont passés par là. Aujourd'hui, il y a plus d'islamistes en Algérie que du temps du FIS. Les autorités ont fait abstraction de la lutte homérique et exemplaire du peuple algérien et de ses forces armées contre le terrorisme islamiste. Des actes héroïques qui feraient pâlir les studios d'Hollywood ont été jetés aux oubliettes. Les martyrs sont ignorés : à chaque fois que l'on veut baptiser une structure quelconque du nom d'un martyr, on « saute » ceux de la décennie du sang et de l'honneur pour aller puiser exclusivement dans la liste de la révolution de 1954.
Ce n'est pas que les martyrs de Novembre ne méritent pas de figurer au fronton de nos institutions et dans nos places et rues, mais il est injuste et impardonnable de passer sous silence tous ces nouveaux martyrs qui ont donné leur vie pour les mêmes valeurs défendues par la génération de 1954. Il faut le dire et le répéter parce qu’une nouvelle mode veut présenter la grande révolution de Novembre comme un soulèvement islamiste ! En se référant à un État qui respecterait les fondements de l’islam, les rédacteurs de la célèbre déclaration voulaient clairement dire que cette lutte visait également à se réapproprier tous les éléments de l’identité nationale et la religion musulmane en est une. 
D’autant plus que la colonisation avait tout tenté pour détruire cette identité et évangéliser le peuple algérien ! Une identité qui est un élément primordial de la résistance populaire car, en récupérant sa terre, le peuple algérien voulait récupérer ce qui le distinguait des autres peuples avant l’entrée des troupes françaises. Actuellement, une grande vague révisionniste surfe sur cette phrase pour tenter d’imposer une autre vision de notre révolution, l’une des plus marquantes du XXe siècle, une révolution humaniste aux valeurs progressistes et universelles.
En gommant cette histoire unique dans les annales des peuples, cette levée patriotique des braves aux quatre coins du pays, on a installé l'amnésie chez les jeunes, à tel point que nombreux sont ceux qui croient qu'il n'y a pas eu de terrorisme, que les djihadistes sont des agents du DRS et que l'armée a été soudainement prise de folie en décidant de massacrer le peuple ! Ils en sont arrivés à ces conclusions extrêmes parce que, devant le silence coupable des autorités et des intellectuels, l'autre partie, la machine à propagande islamiste, profita largement de ce silence. Comme la nature n'aime pas le vide, ils ont travaillé le corps de la société pour faire avancer leurs scénarios absurdes. J'ai accueilli avec une certaine satisfaction la nomination d'Ahmed Rachedi, grand cinéaste, auteur de films révolutionnaires mémorables, au poste de conseiller du Président à la Culture et à l'Audiovisuel. J'espère qu'il saura diriger une partie de la production culturelle et artistique vers le rétablissement de la vérité autour de cette période et, notamment, la mise en exergue du rôle joué par ces femmes et ces hommes qui ont vaillamment lutté contre les forces obscurantistes, n'hésitant pas à prendre les armes pour défendre l'honneur des leurs. Il est temps que nos films, séries télévisées, pièces de théâtre, chants, etc. se penchent sur ce passé tout proche et ses vaillantes réalisations qui s'inscrivent dans la longue tradition de résistance et de luttes pour la liberté du peuple algérien.
Enfin, et à propos de cette vidéo partagée partout et qui montre le sermon d'un imam critiquant les mesures sanitaires contre le Covid-19 dans les mosquées, j'aurais pu comprendre qu'il défend ce qu'il croit être un droit des musulmans. Mais quand il a commencé à fustiger la ministre de la Culture et les femmes « qui dansent dans les fêtes sans hidjab », j'ai compris. J'espère que vous avez aussi compris la différence qu'il y a entre un musulman et cet imam islamiste.
M. F.
 

 

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