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BILLET (PAS) DOUX

Qui se souvient de la Yougoslavie ?

Publié par Maâmar Farah
le 08.06.2021 , 11h00
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Par Maâmar Farah
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Moi, si j'étais à la place de notre ambassadeur à Paris, je n'aurais pas répondu au journal Le Monde pour la bonne et simple raison que cette rédaction est dans son rôle, comme elle l'a été pour détruire la Yougoslavie, comme elle l'a été pour semer le chaos en Syrie et en Libye. Elle est dans son rôle parce qu'elle est impatiente de voir s'écrouler également l'Algérie et que notre résistance contrarie beaucoup d'agendas. Parfois, ces journalistes et leurs sponsors perdent patience et ne comprennent pas pourquoi ce pays ne tombe pas comme les autres. Alors, et après avoir critiqué violemment la monarchie alaouite dans un récent éditorial, ils se sentent obligés d'établir un malsain équilibre dans la dénonciation des régimes de la rive Sud de la Méditerranée considérés comme une chasse gardée de l'ancienne puissance coloniale. 
Il ne fallait pas répondre à des jugements qui ne traduisent aucune réalité : je vis H24 en Algérie et je ne vois pas ce que voient ces journalistes confortablement installés à 2 000 kilomètres d'ici. La répression ? Nous sommes les premiers à l'avoir dénoncée depuis les premières dérives de l'armée en juin 2019. Mais comme nous ne sommes pas malintentionnés, nous ne pouvions pas ignorer aussi le rôle majeur de cette même armée dans l'accompagnement pacifique du Hirak. 
Les législatives ? Ça dépend des régions. Il y a des zones où l'on va boycotter et d'autres où il y aura afflux. Là où je vis par exemple, il y a un réel engouement pour la bonne et simple raison que les listes sont constituées de gens qu'on connaît, qui n'ont pas été imposés. Des amis, des cousins, des proches : cela renforce la crédibilité de ce vote et les gens iront voter en connaissance de cause. Je suis un boycotteur né et d'ailleurs, je n'ai toujours pas de carte de vote. 
Tous mes articles sur les précédentes élections le prouvent. Mais je ne peux pas dire que, dans le milieu où je vis et pour cette élection, l'idée du boycott effleure les gens. Je sais aussi que, dans d'autres régions, le vote ne sera pas suivi et c'est aussi une vérité que l'on ne peut cacher. Mais nos amis du Monde ne voient que ce qu'ils veulent voir.
Revenons à l'armée. En fin de compte, ce qui dérange tout ce beau monde est la certitude que ce qui préserve encore ce pays, ce sont principalement ses forces armées. C'est comme ça et d'ailleurs j'ai donné récemment une explication à la persistance du pouvoir militaire depuis l'antiquité, explication qui peut être acceptée ou rejetée. Toujours est-il que les attaques contre l'armée ne visent qu'à se débarrasser du seul obstacle qui empêche l'effondrement de l'Algérie. C'est un plan clair : tous les pays de l'ex-Front du refus sont tombés sauf l'Algérie. Le plan est d'essence sioniste et les exécutants ont diverses couleurs. Précision de taille : cela ne concerne pas beaucoup de Hirakistes aux nobles intentions qui participent au mouvement avec un certain angélisme. Cependant, l'idée que la démocratie peut se construire autrement, sans tourner en rond ni risquer le dérapage aux conséquences imprévisibles, commence à gagner certains manifestants. 
La démocratie a bon dos. Cela me rappelle l'épisode irakien de triste mémoire. Beaucoup de mes amis démocrates m'en voulaient de soutenir une dictature et ne comprenaient pas que j'utilise encore le vieux vocabulaire en «isme» pour qualifier l'intervention des États-Unis. Nous n'étions pas d'accord : je parlais d'impérialisme; mes amis qualifiaient l'agression d'opération de sauvetage d'un peuple et d'instauration de la démocratie. Vous connaissez le résultat. Dès l'entrée des Américains, le Mossad passait à l'action en tuant les scientifiques de la prestigieuse université de Baghdad. La démocratie est un magnifique cheval de Troie bien astiqué, coloré, lumineux et imposant qui porte dans son ventre les ombres du chaos ! 
Dans les rues qui courent dans tous les sens, pas loin du journal Le Monde, que de samedis où la répression a gagné des galons, avec une brutalité et une violence qui ont étonné le... monde ! Que de pauvres gilets jaunes violentés et éborgnés par la police ! Non, ce ne sont pas des atteintes à la démocratie ! Un million de prisonniers palestiniens dans les geôles sionistes, ce n'est pas la dictature des militaires ! Nous ne sommes pas parfaits, ni nous, ni la Tunisie, ni le Maroc d'ailleurs. Mais nous en avons marre du paternalisme. Foutez-nous la paix !
Le Monde, qui a brillé au temps des éditorialistes courageux et sincères, a perdu ses lettres de noblesse qui tombent une à une depuis que ses prises de position hautaines et néocolonialistes s'éloignent d'un certain idéal longtemps vivant au cœur du journal du soir parisien. S'il veut regagner sa crédibilité perdue de s'être trop frotté à ces Gauche-Droite inodores, incolores mais avec fortes saveurs néolibérale et sioniste, Le Monde doit retrouver cette hauteur de vue impartiale qui fut la sienne. Comme il serait bien inspiré de balayer devant sa propre porte pour mieux mesurer le degré de pourrissement politique et moral qui sape les fondements de la cinquième république, avant de s'intéresser à des peuples qui ont failli disparaître sous le joug colonial. Des peuples qui tentent de trouver leurs voies en comptant sur leurs propres forces et leur génie national. 
Il y a longtemps que ce journal n'est plus une référence et c'est pour cette raison que notre ambassadeur aurait dû ne pas s'arrêter à un édito dans la pure tradition des donneurs de leçons et des chameaux qui ne voient pas leurs bosses.
Dernières questions : en deux années d'un mouvement de foule qui rassembla, à ses débuts, jusqu'à 12 millions d'Algériens, il y a eu combien de morts ? Combien de blessés ? Combien de voitures et de vitrines cassées ? Mais ça, ce n'est pas votre affaire, monsieur l'éditorialiste ! Votre affaire, celle de tous ceux qui ne nous veulent pas du bien : c'est de détourner l'armée nationale populaire de sa mission sacrée, pour mieux préparer l'effondrement de l'Algérie !
M. F.

 

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