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Ce monde qui bouge

Effets collatéraux du rapport Stora ?

Publié par Hassan Zerrouky
le 01.04.2021 , 11h00
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Retour sur une lettre ouverte adressée au Président Tebboune le 25 mars par neuf historiens algériens — Mohamed Korso, Daho Djerbal, Ahmed Charaffedine, Ali Tablit, Amar Mohand-Amer, Mustapha Nouisser, Lazhar Bedida, Affaf Zekkour, Allal Bitour — qui lui demandaient d’intervenir afin de pouvoir avoir accès aux archives nationales en mettant fin « aux entraves bureaucratiques », archives qu’ils considèrent à juste titre comme « un patrimoine de la Nation».
«Malgré nos nombreux appels et protestations à travers les médias nationaux, écrivent les neuf historiens, nous n’arrivons toujours pas à accéder aux fonds d’archives, pourtant légalement communicables, particulièrement ceux portant sur le Mouvement national et la Révolution algérienne ». Ils demandent aussi à « domicilier la recherche historique en Algérie et non pas à l’étranger».  
Moins d’une semaine après la publication de cette lettre que chacun peut consulter sur internet, le 19 mars, le directeur général des Archives nationales algériennes Abdelmadjid Chikhi a demandé aux chercheurs algériens de « s'éloigner de l'école française dans la recherche historique en adoptant une véritable approche d'analyse permettant de lever le voile sur toutes les vérités ». Soit. Mais comment le pourraient-ils, si comme l’indiquait Mohamed Korso (El Watan du 25 mars) les historiens algériens ne peuvent pas consulter « convenablement » les archives disponibles déjà en Algérie,  au point même d’être « réduits à faire les scribes », contraints de prendre des notes au stylo ou au crayon parce que le smartphone et l’ordinateur personnel sont interdits ! 
Et que dire de cet étrange paradoxe qui voit l’Algérie de 2021 exiger, à juste titre, la restitution des archives détenues par la France officielle, alors que par ailleurs ses propres chercheurs peinent à accéder aux archives existantes au pays, en s’abritant, dixit Mohamed Corso, derrière la protection des secrets d’État. 
En effet, y a-t-il quelque chose à cacher dont les dirigeants actuels seraient comptables ? L’Algérie n’est pas la France qui, 60 ans après la décolonisation, hésite à regarder le passé sombre de son histoire. A l’instar de toute révolution de par le monde, la guerre de Libération nationale algérienne est un processus historique, un enchaînement de faits forcément contradictoires. Et de ce fait, on ne peut comprendre le 1er Novembre 1954 si l’on traite de façon sélective la période antérieure, allant de la naissance de l’Étoile nord-africaine (l’ENA) fondée en France en 1926 au sein de l’émigration ouvrière algérienne, au PPA (Parti populaire algérien) puis au MTLD en passant par le Crua, le groupe des 22, ni si l’on fait l’économie du contexte historique dans lequel ces faits se sont déroulés. Ni encore si l’on fait l’impasse sur les autres composantes et acteurs du mouvement national allant des communistes, en passant par les Oulémas et les libéraux de Ferhat Abbas et qui n’étaient pas tous sur la même ligne à la veille du 1er Novembre 1954. Ce qui fait que si tous ces acteurs ont fini par se regrouper au sein du FLN/ALN et visaient le même but, l’indépendance nationale, il n’en reste pas moins qu’ils divergeaient sur ce que devait être l’après lutte de libération. Sans faire de procès en sorcellerie à tel ou tel acteur de cette période, cette histoire-là reste à écrire. 
Naturellement, cela fait partie du débat et d’aucuns verront derrière cette démarche des historiens algériens un effet collatéral du rapport de Benjamin Stora qui est, rappelons-le, un rapport franco-français, et qui préconise, entre autres, l’accès aux archives relatives à la guerre d’Algérie. Préconisation acceptée par le chef de l’État français Emmanuel Macron qui a décidé de faciliter l'accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, dont celles portant sur la période 1954-62. 
Quant à l’argument consistant à dire que la France n’a pas transmis le rapport Stora à l’Algérie, il suffit d’observer que le rapport en question est encore disponible en français et en arabe sur le site de la présidence française. Personnellement, je l’ai lu et j’ai dit ce que j’en pensais (voir ma chronique du 28 janvier dernier). 
À jeudi. 
H. Z. 

 

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