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Ce monde qui bouge

Le bout du tunnel ?

Publié par Hassan Zerrouky
le 06.02.2020 , 11h00
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Le Hirak, ce rêve collectif que d’aucuns veulent enterrer, va clôturer dans 15 jours sa première année d’existence. Et le face-à-face avec le pouvoir va durer. Jusqu’à quand, alors que les problèmes de toutes sortes sont en train de s’accumuler et que la récession menace ? 
Des entreprises — notamment dans l’industrie électronique— qui, il y a un peu plus d’un an, commençaient à faire parler d’elles sur les marchés internationaux, sont menacées de faillite ou contraintes de mettre des milliers de salariés au chômage technique. Condor, par exemple, a déjà mis au chômage 2 225 salariés (30%) et 1 200 emplois menacés. L’Eniem (électro-ménager), au bord du dépôt de bilan, a été sauvée in extremis grâce à l’octroi, en dernière minute, d’un crédit de plus d’un milliard de dinars. Et que dire du fiasco de l’industrie automobile, une véritable supercherie, basée sur le système CKD qui n’est rien d’autre qu’une importation déguisée de véhicules en kits prémontés qu’il suffisait d’assembler sur place comme un jouet Lego. Et qui s’est surtout traduit par des coûts exorbitants pour l’Etat, en termes d’avantages fiscaux accordés aux constructeurs automobiles. 
Comment, dès lors, le pouvoir compte-t-il relancer la machine  économique ? Sur quels leviers s'appuyer pour une relance forte ? Les réserves de change — c’est en quelque sorte le compte bancaire de la maison Algérie – sont en train de fondre, passant de 97,33 milliards de dollars à fin 2017 à 62 milliards à fin 2019 : quelle solution compte-t-il préconiser pour juguler cette érosion s’il veut éviter le recours à l’endettement extérieur pour financer la machine économique et des besoins sociaux devenus incompressibles ? Compter sur l’exploitation du gaz de schiste dont on connaît les effets nocifs sur l’environnement, alors que déjà, avec le gaz et le pétrole, l’Algérie n’est pas parvenue à se développer ? 
Et comme si cela ne suffisait pas, se greffe sur cette situation cette montée des tensions en Libye et des risques accrus d’intervention étrangère, qui pourraient, en cas de non-solution de la crise libyenne, entraîner l’Algérie, malgré elle, en cas de soudaine déflagration. Car avec ses 1 000 km de frontière, elle est de fait en première ligne en cas de conflit généralisé en Libye.
Au regard de ce tableau, la priorité du pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune devrait être accordée à la solution de la crise interne. Car elle conditionne le reste. Or, sur ce plan, rien ne se dessine. L’ouverture contrôlée, consistant à ne consulter que des personnalités choisies par le pouvoir, en laissant sur le bord le Hirak, ne fera que différer la sortie de crise alors que les voyants sont au rouge dans tous les domaines. Or, contrairement à ce qu’on croit, le Hirak est porteur de propositions constructives. Elles existent, il suffit de laisser les Algériens s’exprimer. 
Le principal problème — c’est un vrai sujet — auquel est confronté le pouvoir politique est de pallier son déficit de légitimité par l’annonce de mesures visant à rétablir la confiance avec ces millions d’Algériens qui ont rejeté le scrutin du 12 décembre. En effet, le Hirak, que le chef de l’Etat a qualifié de «béni», est dans l’attente d’annonces fortes, à commencer par la libération des détenus d’opinion et celle du champ médiatique et politique. Le changement du système politique que revendiquent les Algériens ne signifie pas destruction de l’Etat. Et encore moins une remise en cause de l’unité nationale. 
A ce propos, les seuls à vouloir raviver des divisions et clivages éculés, ciblant particulièrement une région, se trouvent dans la mouvance islamo-nationaliste. Eux continuent de camper sans concessions sur leurs positions, n’hésitant pas, à l’instar d’un Djaballah qui récuse l’amazighité, de qualifier le slogan «Etat civil et non militaire» d’inspiration «laïco-française» ! Et là encore, ce n’est pas aux démocrates de faire des concessions au courant islamiste comme ils l’ont fait par le passé, sans autre résultat que de les légitimer dans leur stratégie de conquête du pouvoir, mais aux islamistes, pour qui la citoyenneté n’existe pas, de faire le premier pas. 
H. Z.

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