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Ce monde qui bouge

Le pétrole plus le coronavirus… et le Hirak

Publié par Hassan Zerrouky
le 12.03.2020 , 11h00
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La décision des Saoudiens d’augmenter la production de pétrole, de baisser son prix et de le brader est un très mauvais coup et ce n’est pas le premier du genre. En 1985, Riyad et ses alliés du Golfe n’avaient-ils pas déclenché une guerre des prix du baril qui avait mis à genoux l’Algérie ? 
A l’époque, le retournement de la conjoncture pétrolière provoquée par Riyad et ses alliés du Golfe voit le baril de pétrole chuter à moins de 9 dollars (40 dollars en 1980), se traduit en Algérie par de sévères mesures d’austérité. Un coup d’arrêt est donné aux investissements économiques et sociaux. Le programme d’importation alimentaire est réduit de plus de 50%. 
La pénurie des denrées de base prend une ampleur incroyable. Les prix grimpent sur fond de spéculation effrénée. On assiste même à des situations cocasses comme du café mélangé à du pois chiche vendu aux ménages.  
Le chômage franchit la barre des 20% dès 1986, la pauvreté progresse, tandis que la dette extérieure passe de 17 milliards à 26 milliards de dollars entre 1985 et 1988. Pis, à compter de 1986, plus de 80% des revenus pétroliers sont désormais consacrés au seul remboursement du service de la dette. L’État algérien n’avait plus les moyens de satisfaire les besoins pressants d’une grande partie de la population. 
Pour en revenir à cette nouvelle guerre des prix déclenchée par Riyad, dont le but est de soulager l’économie américaine, force est de constater que l’accueil chaleureux dont a bénéficié le Président Tebboune en Arabie Saoudite n’était que du vent. Les Saoudiens regardent plus vers Washington que vers les pays arabes et maghrébins dont un probable développement démocratique et social les inquiéterait plus qu’il ne les réjouirait. On observera, soit dit en passant, le silence de plomb observé par nos islamistes à propos de la décision saoudienne. 
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, voilà que cette baisse des revenus provoquée par l’initiative saoudienne se greffe sur une « situation catastrophique sur tous les plans » selon les mots du Premier ministre A. Djerad et la menace du coronavirus. 
L’ardoise laissée par les 20 ans de règne de Bouteflika est en effet lourde. Seule une clique d’oligarques, leurs appuis dans les appareils d’Etat et leurs relais aux accointances politico-religieuses connues – dont on ne parle pas beaucoup – et qui tiennent un marché informel estimé, dit-on, à plus de 40 milliards de dollars, ont profité de la manne pétrolière. Et ce, sans compter ces milliards de dollars dépensés dans des projets non productifs et de prestige comme la Grande Mosquée d’Alger ( trois milliards de dollars ou plus alors que La Casbah croule) pour satisfaire la mégalomanie d’un Bouteflika qui avait juré de mourir dans son fauteuil de Président, une Grande Mosquée dont on ne sait quoi faire aujourd’hui. Et si en février-mars, des voix se sont élevées au sein du Hirak pour revendiquer la transformation de cette mosquée en hôpital, force est de constater que cette demande a disparu. Mais avec la menace du coronavirus, il est encore temps de réactualiser cette revendication populaire. 
Certes, rassure-t-on, l’Algérie dispose de réserves de change (60 milliards de dollars) pouvant lui permettre d’amortir le choc. Mais à terme, elles risquent de fondre très vite en raison de la baisse du prix du baril. Plus encore, au-delà de l’aspect financier, l’Algérie dispose-t-elle des procédures lui permettant de s’organiser en temps et en heure pour faire face aux situations d’urgence ? Le pouvoir politique, en butte à une crise de confiance, sera-t-il en mesure de faire face au risque psychologique pouvant s’emparer d’une partie de la population ? En Italie, où des supermarchés ont été pris d’assaut, les autorités commencent à être dépassées face à la progression de la maladie. En Égypte, la psychose est en train de gagner la population… 
Et au lieu de se demander quoi faire pour y faire face, des voix s’élèvent pour dramatiser outre mesure cette situation et préconiser, au nom sans doute du principe de précaution, l’interdiction du Hirak ! Les prières de rue aux alentours des mosquées, qui rassemblent autant de monde, sont-elles concernées ? 
Mais en attendant, pour l’heure, ce qui inquiète, c’est ce soudain durcissement envers le Hirak et certaines de ses figures : le journaliste Khaled Drareni est sous contrôle judiciaire, pour Samir Belarbi, récemment libéré et mis sous mandat de dépôt, c’est retour à la case départ… alors que le temps devrait être à la détente et à l’apaisement. 
H. Z. 

 

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