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Ce monde qui bouge

L’Islam des lumières, on en est loin

Publié par Hassan Zerrouky
le 11.02.2021 , 11h00
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Quoi de commun entre les cas des étudiants Nekkiche et Kechida et celui de l’universitaire et islamologue Saïd Djabelkhir ? Ce dernier, contre qui une plainte a été déposée pour atteinte à l’Islam, est, toutes proportions gardées, dans un cas similaire à celui de Yacine Mebarki condamné à un an de prison pour «offense aux préceptes de l’Islam». Et à celui de Walid Nekiche qui a failli écoper d’une lourde peine si l’accusation d’«atteinte à l’entité divine» n’avait pas été abandonnée en appel ! Même cas de figure pour Amina Bouraoui contre qui deux ans de prison ont été requis en décembre dernier pour, entre autres, «offense aux préceptes de l’Islam» ! 
Cela dit, ni sous Ben Bella ni sous Boumediène et encore moins sous Chadli, Boudiaf et Zeroual, on n’a vu des gens déférés devant la justice et condamnés à la prison pour des motifs religieux. Le cas donc de Djabelkhir, qui comparaîtra le 24 février et qui s’ajoute aux trois autres cités plus haut, donne à penser que l’Algérie entre dans une nouvelle séquence, celle de poursuites judiciaires pour offense à la religion. 
Ceci expliquant cela, le fait que la liberté de conscience qui figurait en bonne place dans les Constitutions antérieures ne le soit plus dans la Constitution révisée et approuvée par moins de 15% de votants, a sans doute ouvert la voie à certains courants de la mouvance islamiste, qui ont pris en otage l’Islam à des fins politiques, pour en découdre avec tous ceux qui ne partagent pas leur projet mortifère d’Etat politico-théocratique. 
A ce stade, le risque de voir tous ceux qui se prononcent pour la séparation du politique et du religieux, tous ceux qui dénoncent l’utilisation de l’Islam et de la mosquée à des fins politiques, tous ceux qui s’opposent au projet islamiste, poursuivis devant les tribunaux sous n’importe quel prétexte fallacieux — atteinte au sacré, athéisme…— ne relève pas de l’impensable. Même ceux qui ont dénoncé les massacres de civils commis au nom de l’Islam durant la décennie noire pourraient se voir assignés en justice par ces gardiens autoproclamés d’un Islam instrumentalisé à des fins de pouvoir et qui rêvent de revanche et d’un 26 décembre 1991 à rebours ! 
L’usage du religieux à des fins de pouvoir, qui obéit, soit dit en passant, à des agendas étrangers, salafo-wahhabite pour les uns, islamo-turc pour d’autres, n’est pas nouveau. Cela a été dénoncé en son temps. Et ceux qui s’en réclament ne s’en cachent pas. Ils sont connus et, pire, des télés privées continuent de leur donner la parole. 
A travers le cas de Saïd Djabelkhir, c’est la vision d’un Islam des lumières qui a fait la splendeur de Cordoue, Grenade, Damas sous les Omeyyades et Baghdad sous le règne d’al-Ma’mun (IXe siècle), ou encore de l’Iran des Samanides qui a donné naissance, entre autres grands philosophes de l’Islam, à Ibn Sina, qu’on cherche à faire taire. 
Saïd Djabelkhir et d’autres, en Algérie et ailleurs, sont dans la lignée de leurs lointains ancêtres intellectuels d’il y a près de dix siècles, Ibn Rochd, Ibn Sina, al-Farabi, Ibn Hazm, Ibn Tufayl et autres penseurs de l’âge d’or de l’Islam comme le poète philosophe Al Maari (XIe siècle) dont l’œuvre – eh oui - a été interdite en 2007 au Salon du livre d’Alger ! Tous se situaient dans la tradition d’interprétation qui avait cours à l’époque, avant que les théories d’un Ibn Taymyyia ne l’emportent et plongent le monde islamique dans l’obscurité.
Ceux qui veulent brûler Saïd Djabelkhir sur le bûcher, au lieu de débattre sereinement avec lui, seraient bien avisés de réfléchir à ce postulat posé par l’essayiste et universitaire tunisien Hamadi Redissi, selon lequel, la stagnation de la civilisation islamique est, «parmi toutes les civilisations du monde, la seule exception, puisque les pays d’Asie par exemple ont globalement réussi leur entrée dans la modernité»(1). Tandis que le monde dit arabo-islamique, constitué majoritairement d’Etats autoritaires végétant dans une semi-modernité, d’Etats dont la sécurité, la stabilité, les armes et la technologie, dépendent de Washington et ses alliés, lesquels s’abstiennent, en contrepartie de leur docilité et de l’exploitation de leurs ressources pétrolière et gazière, d’exiger de leur part de respecter les droits de l’Homme et de démocratiser leurs régimes, comme ils le font sur fond de menaces de sanctions financières et économiques avec la Russie de Poutine et la Chine de Xi Jinping. 
A jeudi.
H. Z.
(1) Hamadi Redissi l’Exception islamique. Ed. Seuil. Paris 2004.

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