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On parle du Maroc, d’Israël, mais quid des Émirats… et du Hirak ?

Publié par Hassan Zerrouky
le 06.05.2021 , 11h00
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Maroc-Israël ? Comme le relève le quotidien libanais L’Orient-le-Jour, ce sont « six décennies de relations non avouées » ! Dès lors pourquoi feint-on de les découvrir aujourd’hui et d’invoquer une menace aux frontières algériennes alors que la présence israélienne au Maroc ne date pas d’aujourd’hui ? Retenons toutefois qu’Israël, qui sait où se situent ses intérêts, n’a pas ouvert de consulat au Sahara Occidental, contrairement à ce qu’escomptait bruyamment la monarchie alaouite ! 
En revanche, qu’en est-il de la coopération militaire émiratie auprès du Maroc, déjà actée par un accord-cadre militaire signé en mai 2006 ? On n’en parle pas alors que l’Algérie est directement concernée. Ce qui est sûr, c’est que cet engagement émirati va au-delà de la simple reconnaissance de la « marocanité » du Sahara Occidental et de l’ouverture d’un consulat émirati à El-Ayoun. Sinon pourquoi les Émirats ont-ils dépêché au Maroc, le 29 mars dernier, une importante délégation militaire conduite par le chef d'état-major des Forces armées émiraties, le général Hamad Mohammed Thani Al Rumaithi, moins de deux mois après la normalisation israélo-marocaine ? Et qui, outre une interopérabilité entre les deux armées et un soutien opérationnel, technique et matériel, va concerner sans doute divers volets dont, dit-on, le renseignement et les écoutes électroniques, domaines dans lesquels les Emirats disposeraient d’une certaine expertise. Pour espionner qui ? 
Tant de proximité entre le Maroc et les Émirats ne sera pas sans conséquence sur l’Algérie. Reste à savoir si les Émiratis qui coopèrent depuis un certain temps avec Israël, en matière de fabrication militaire dans divers domaines, pourraient en faire bénéficier leur obligé chérifien. Le groupe technologique émirati EDGE et le groupe Israël Aerospace Industries (IAI) coopèrent depuis un certain temps déjà en matière de fabrication de systèmes de défense antiaérienne, notamment contre les drones, de systèmes de détection, de reconnaissance et de destruction de toutes sortes de menaces aériennes. 
Aussi, s’il est juste d’évoquer les menaces marocaine et israélienne, pourquoi taire la présence militaire émiratie, cet « ami qui nous veut du bien » ? D’autant – ce n’est pas une lubie de journaliste – qu’elle est déjà présente en Libye aux côtés du maréchal Haftar à proximité de la frontière algérienne, au Sahel et, dans quelque temps – sans doute était-ce l’objet non dévoilé de la visite des militaires émiratis au Maroc – au Sahara Occidental. À suivre… 
Venons-en au Hirak, d’aucuns se demandent s’il n’est pas guetté plus par un risque de délitement dû au sentiment de faire du surplace faute de débouchés et de perspectives politiques, que par un risque de fractures politico-idéologiques dans ses rangs. 
Les clivages politico-idéologiques existent car un mouvement social est par définition un processus contradictoire. Ces clivages ne se réduisent pas à une opposition entre un « Hirak authentique », celui d’avant le 2 avril 2019, et un Hirak post-2 avril au service d’agendas étrangers. Ces clivages ne se réduisent pas non plus entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre un bout de chemin à faire avec le mouvement Rachad qui, soit dit en passant, fait tout pour faire oublier son identité et ses racines islamistes, un peu à l’image de la mue opérée par le parti post-fasciste italien MSI (Mouvement social italien) dans les années 90. 
En effet, sous l’impulsion de son leader, l’ex-chef de la diplomatie italienne (2004-06) Gianfranco Fini, qui a fini par comprendre que l’Italie des années 80-90 n’avait rien à voir avec l’Italie fasciste de Benito Mussolini, le MSI, qui a soldé son passé fasciste, s’est transformé en parti dénommé Futur et liberté pour l’Italie, avant d’entreprendre un rapprochement avec la droite classique et les sociaux-libéraux. Dans sa quête d’une nouvelle identité politique, Gianfranco Fini, qui a été aussi président du Conseil, a su profiter de l’implosion du système italien provoqué par l’opération «Mani pulite» (mains propres) qui avait mis fin au long règne du parti Démocratie chrétienne. 
Cela étant, la vraie difficulté pour la mouvance démocrate, qui pour l’heure peine à peser sur le mouvement populaire, est de doter le Hirak d’un socle de valeurs démocratiques, de citoyenneté et de libertés sans exclusive, dont l’égalité en droits entre les femmes et les hommes. En effet, l’histoire nous apprend que les démocrates et la mouvance de gauche en particulier perdent à chaque fois, dès lors qu’ils ont renoncé à leurs propres valeurs. 
Pour terminer, une pensée pour le journaliste Rabah Karèche dont on aurait voulu qu’il soit libéré à l’occasion du 3 mai, Journée de la presse, et pour Amira Bouraoui condamnée à 2 ans de prison ferme. 
H. Z.

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