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Ce monde qui bouge

Papicha interdit de sortie, c’est triste

Publié par Hassan Zerrouky
le 03.10.2019 , 11h00
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Le film Papicha de Mounia Meddour ne sortira pas en salle ! Sans raisons officielles ? Sans doute que non. Le film devait représenter l’Algérie aux oscars 2020 aux Etats-Unis. Cela ne se fera pas parce que les organisateurs du festival posent comme condition que le film sorte en salle dans le pays d’origine, à savoir l’Algérie. 
Qui a pris cette décision ? Quelles en sont les raisons ? De quoi a-t-on peur ? En quoi ce film est-il subversif ou dérangeant au point d’empêcher sa diffusion en Algérie ? De deux choses l’une : ou on l’a interdit de sortie parce que les actrices avaient exhibé en montant les marches du Festival de Cannes un badge où était inscrit «yetnaho gaâ» (qu’ils s’en aillent tous !). Ou bien, on a cherché à faire plaisir aux salafistes et aux islamo-conservateurs dont on escompte une participation à l’élection présidentielle du 12 décembre et dont les poils se hérissent dès lors qu’il s’agit de l’émancipation des femmes et du terrorisme islamiste. Si c’est le cas, peine perdue :  des leaders de partis islamistes ont annoncé qu’ils ne participeront pas au scrutin du 12 décembre. Les salafistes, on le sait, et ils ne s’en cachent pas, attendent le feu vert du Saoudien Rabi al Madkhali, si ce n’est déjà fait, pour se ruer aux urnes. 
Le film Papicha sortira le 9 octobre en salle en France, en Belgique, en Espagne et au Brésil. Et quoi de mieux que cette interdiction de sortie à Alger afin d’empêcher sa présentation aux oscars en 2020, pour lui assurer un succès populaire à l’étranger. 
Les Algériens, eux, ne le verront pas, du moins en salle. Mais le film circule sur internet et les réseaux sociaux. Pas sous le manteau – on n’est plus dans les années 60-90 — mais dupliqué par les internautes. Une simple clé USB suffit. Et, réaction de Mounia Meddour, invitée lundi par Arte dans le cadre de l’émission «28 minutes», nullement surprise que son film soit piraté, l’important, a-t-elle dit, est que «les jeunes ont trouvé des solutions alternatives pour voir le film», «qu’ils s’y identifient» et «qu’ils trouvent enfin un film qui leur parle». 
C’est triste pour l’Algérie, pour son image, car il n’y a pas que le football pour la représenter sur la scène internationale, il y a l’art et la culture, et Dieu sait que l’Algérie est un pays qui recèle d’innombrables talents qui méritent d’être encouragés et connus. 
La mésaventure qu’a connue le film Papicha n’est pas la première du genre. D’autres œuvres cinématographiques ou littéraires ont connu un sort identique. 
Des écrivains ont été contraints de se faire éditer à l’étranger, en France pour les écrivains francophones, au Liban pour les écrivains arabophones. Des cinéastes – il en existe – ont été obligés de tourner leurs films au… Maroc ! Et ce, sans parler des documentaristes dont les films ne seront jamais diffusés, soit parce qu’ils traitent de mouvements sociaux, soit de sujets sociétaux, soit encore de sujets historiques qui n’épousent pas tout à fait la vision officielle de l’histoire. Quant à ceux qui veulent réaliser des documentaires d’investigation sur la corruption, nul besoin qu’ils y songent : avant même le premier tour de manivelle, on leur fera comprendre de ne pas perdre leur temps pour de telles futilités.  
En bref, après sept mois et demi de Hirak, nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge et l’interdiction de sortie du film Papicha vient, encore une fois, de nous le rappeler opportunément. 
H. Z.

 

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