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Constances

Djabelkhir, l’économie de la connaissance et la culture de bazar

Publié par Slimane Laouari
le 04.04.2021 , 11h00
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Le lendemain du procès de Saïd Djabelkhir au tribunal de Sidi-M’hamed, s’est ouvert au Centre international des conférences (CIC) de Club-des-Pins une manifestation en grande pompe sur « l’économie de la culture » inaugurée par le Premier ministre et placée « sous le haut patronage du président de la République ».  Tout est symboliquement révélateur, en l’occurrence. La coïncidence est certainement fortuite mais nous savons depuis toujours que le hasard fait parfois mieux que toutes les combinaisons, toutes les… combines. Il est symboliquement révélateur qu’un libre penseur se soit retrouvé au banc des accusés sur une plainte déposée par un « universitaire » auprès d’une justice manifestement pressée et enthousiaste à l’idée même d’en découdre avec un homme qui a la hauteur des idées et l’audace de les exprimer. Et qu’en même temps, dans le même pays, on ait la prétention de reprendre à son compte les concepts les plus avant-gardistes dans ce qu’entreprend l’humanité comme actions de développement et d’émancipation. L’économie de la culture, vous vous rendez compte ? On ne sait même pas s’il est utile de rappeler que quelques jours avant ça, c’était sur « l’économie de la connaissance » qu’on s’est « penché », dans le même espace physique, avec les mêmes velléités et qui sait, avec le même personnel. Mais faisons avec le plus… frais ; de toute façon, la frontière entre les deux thématiques est difficilement perceptible. La relation entre le procès de Saïd Djabelkhir et l’événement est tirée par les cheveux ou relèverait carrément de la contorsion intellectuelle ? C’est concevable. À condition de concevoir dans la foulée qu’on peut en même temps fonctionner avec une justice qui convoque un chercheur pour avoir formulé une idée qui relève de son domaine de… recherche et en même temps entretenir l’illusion qu’on est en plein dans ce qui se fait de plus moderne, de plus performant en matière de production et de promotion de la connaissance et de la culture ! Car, entre les deux, il y a une chose dont aucune entreprise humaine de bonheur ne peut se passer : la liberté, Mesdames et Messieurs ! La liberté, il y en a autant dans l’environnement universitaire de Saïd Djabelkhir que dans celui de la création artistique, culturelle et… cultuelle, histoire de rappeler que la relation entre les deux n’est pas si compliquée que ça. Concevoir (aussi) la culture comme une économie, comme un terrain d’investissement qui va produire des biens et des services tout en créant de l’emploi et autres retombées sociales, c’est bien. Mais rien de tout ça ne peut se faire sans la liberté de création et de diffusion, sans la liberté tout court. On en est loin. Même plus loin que les « années de plomb » où les quelques îlots de résistance et de miraculeuses concessions ont permis de produire ce que l’Algérie compte de plus brillant et de plus ouvert de son histoire. Regardez l’Égypte qui s’installe dans la désertification après avoir rayonné par son cinéma, son théâtre, sa musique… Et puis cette certitude : dans la culture, comme dans d’autres domaines, aucun investissement sérieux ne viendra sans liberté. Le bazar n’a pas besoin de symposiums sur l’économie de la connaissance et de la culture. Il a déjà des illustrations cultes, dont la plus récente et la plus spectaculaire est Saïd Djabelkhir en attente d’un « verdict ». Ça fait sa prospérité, ça suffit à son bonheur.

S. L.

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