Rubrique
Constances

Le match parfait, l’adversaire trop fort

Publié par Slimane Laouari
le 25.04.2019 , 11h00
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Tous les vendredis ne se ressemblent pas sur tout mais ils se ressemblent quand même sur l’essentiel. Demain sera le dixième et jusque-là, rien, ni personne n’a pu affaiblir l’ampleur du mouvement populaire, essouffler son élan, entamer sa détermination, venir à bout de sa sérénité, encore moins à altérer ses objectifs. Que ceux qui y ont travaillé se rassurent : ils n’ont rien à se reprocher ! Et pour cause, ils ont tout fait pour y parvenir. En football, on appelle ça le match parfait contre un adversaire trop fort. Sauf que dans le cas précis, la partie n’est pas terminée, même si on ne voit pas comment elle peut avoir une autre issue. Ils ont tout fait dès l’entame du match, même s’ils ont essayé le quart d’heure d’observation. Comme toutes les tactiques, toutes les stratégies de jeu qu’ils prévoyaient chez l’adversaire étaient abandonnées aux vestiaires, ils n’avaient pas d’autre choix que celui de faire le dos rond. Puis ils sont passés à ce qu’ils savent faire le mieux, ayant réalisé qu’ils n’ont aucune chance dans une confrontation à la régulière. Ils n’ont pas la culture de la compétition loyale mais l’adversaire est tellement fort qu’il pouvait leur concéder ça, un peu par illusion mais surtout par acquit de conscience. A ce stade- sans jeu de mots- de l’histoire et peut-être bien de l’Histoire, le langage et les images du foot deviennent dérisoires. Le terrain de jeu a d’autres dimensions et l’enjeu trop grand pour être contenu dans un trophée. Ils ont tout fait mais l’adversaire connaît trop bien et depuis trop longtemps ce qu’ils savent faire le mieux. Il a déjà anticipé les manœuvres, toutes leurs manœuvres. Il faut leur savoir gré d’être à ce point prévisibles. Déjà qu’ils n’avaient aucune chance quand ils avaient caché quelques cartes maîtresses dans la manche, on ne va pas les redouter maintenant qu’elles sont toutes sur le tapis. Ils peuvent faire appel aux remplaçants mais la profondeur de leur banc est trop rachitique pour prétendre faire la différence. Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient. Ils pouvaient bloquer les spectateurs sur le chemin des arènes mais il n’y a plus de spectateurs, il n’y a même plus de joueurs, il n’y a que des combattants. Il n’y a pas de stade mais un pays. Ils ne peuvent pas empêcher le pays d’être dans le pays qui les somme de partir. Ils ont crié au voleur. La ruse est du terroir qu’ils connaissent trop peu, de l’avoir déserté pour se terrer dans le bunker. Le voleur qui crie au voleur au milieu du marché est une désespérante vieillerie. Le ver est dans le fruit, c’est aussi vieux mais toutes les vieilleries ne sont pas anachroniques. Demain, c’est vendredi. Le dixième, si ça peut avoir un sens. Les vendredis, c’est comme les joueurs de foot, ils ne gagnent pas parce qu’ils ont le même profil mais parce qu’ils sont complémentaires.
S. L.

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