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À propos de l’événement douloureux du 15 mars 1962

Publié par LSA
le 24.03.2021 , 11h00
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J’ai été particulièrement outré et blessé à la lecture d’articles de presse, reprenant une émission de la radio Tizi-Ouzou sur la «Pensée de Feraoun, victime des autorités coloniales».
Un passage du texte relate que l’attentat des centres sociaux du 15 mars 1962 à Ben Aknoun ne visait en fait que  l’assassinat de l’écrivain Mouloud Feraoun et que les autres victimes n’ont servi qu’à «maquiller et banaliser le crime» ! Rien que cela !!! 
Cette allégation outrancière et réductrice à l’égard des cinq autres inspecteurs, mérite une mise au point à la hauteur de l’affront fait aux martyrs et à la douleur de leurs familles.
Oublie-t-on que Max Marchand a fait l’objet d’une bombe à Annaba ? Que comme Feraoun à Beni Douala, Hammoutène a fait l’objet d’une mesure d’interdiction de séjour à Tizi-Ouzou et mutation à Alger en 1957 par décision de l’autorité militaire ? Que les six hommes ont tous reçu des lettres de menaces par l’Organisation armée secrète ? Et que cet attentat bien préparé et méthodiquement exécuté avait un triple objectif pour l’Organisation armée secrète : 
- Éliminer des militants anticolonialistes et indépendantistes
- Décapiter les centres sociaux éducatifs, accusés d’être truffés d’agents du FLN. Ils ont d’ailleurs été persécutés, dès leur création, par l’armée (arrestations, disparitions) pendant la bataille d’Alger.
- Éliminer les cadres et compétences utiles à la future Algérie (politique de la terre brûlée). 
Je rappelle brièvement les circonstances de l’attentat contre les centres sociaux éducatifs, organisme créé en 1955 par Germaine Tillion, fidèle amie de l’Algérie et qui repose aujourd’hui au Panthéon.
Dans la matinée du 15 mars 1962, au Château Royal de Ben Aknoun, siège de la direction des CSE, se tient une réunion des principaux dirigeants. Vers 10h45, deux voitures arrivent et bloquent l’entrée. Des hommes lourdement armés descendent et préparent l’attentat, certains vont neutraliser le personnel administratif et d’autres se dirigent vers la salle de réunion, une liste à la main. 
Le chef appelle un à un, par ordre alphabétique, les six condamnés :
- Marcel Basset
- Robert Eymard
- Mouloud Feraoun
- Ali Hammoutène
- Max Marchand
- Salah Ould Aoudia
Les six hommes sont conduits  dans la cour,  alignés contre un mur qui fait angle, les trois français contre un pan et les trois algériens contre l’autre.
Aussitôt, la fusillade éclate, longue et nourrie, les six hommes s’écroulent un à un dans une mare de sang, ils rendaient l’âme unis dans un même idéal anticolonial.
Germaine Tillion, au lendemain de ce massacre collectif, écrivait dans le journal Le Monde : «Entre l’écrivain Mouloud Feraoun, Max Marchand, Marcel Basset, Robert Eymard, Salah Ould Aoudia et Ali Hammoutène, il y avait une passion commune : le sauvetage de l’enfance algérienne. Car c’était ça l’objectif des CSE. Permettre de rattraper les retards techniques qu’on appelle sous-développement, dans un langage plus simple, cela veut dire vivre. Apprendre à lire et à écrire à des enfants, donner un métier à des adultes, soigner des malades, ce sont des choses si utiles qu’elles paraîssent banales».
Je tenais à rappeler ces faits et dire que quelles que soient les raisons que l’on peut invoquer pour honorer la mémoire d’un père, sentiment légitime et compréhensible, nul ne peut prétendre monopoliser l’évènement douloureux du 15 mars 1962.
Nul n’a le droit d’amoindrir ou d’entacher la mémoire des cinq autres inspecteurs en les qualifiant de victimes collatérales, c’est maquiller non plus le crime en fait banal, mais plutôt travestir la vérité et pervertir l’histoire des CSE.
J’espère que par cet article, j’ai permis au lecteur de rétablir la vérité.
Pour en savoir plus, j’invite les lecteurs à consulter l’excellent ouvrage de J. P. Ould Aoudia, intitulé Autopsie d’un assassinat, éditions ENAG.
Gloire à nos martyrs.
Dr Mohamed Hammoutène fils de Ali Hammoutène

Réaction des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons

Plusieurs médias algériens ont reproduit des propos tenus le 4 mars sur une radio locale lors d’un forum sur «La pensée de Feraoun...». Selon l’un des intervenants, l’attentat commis par l’OAS le 15 mars 1962 avait pour seul but d’assassiner Mouloud Feraoun, et les cinq autres dirigeants des Centres sociaux éducatifs n’étaient que des victimes collatérales. L’amitié entre Feraoun, Camus et Roblès a, par ailleurs, été mise en doute.
Nous tenons à apporter les informations suivantes.
Un livre-enquête publié en 1992 (Éd. Tiresias L’assassinat de Château royal. Alger 15 mars 1962. Éd. Enad-Algérie Autopsie d’un assassinat), préfacé par Germaine Tillion, avec une postface d’Emmanuel Roblès et une lettre d’accompagnement de Pierre Vidal-Naquet, établit de manière irréfutable que le tueur qui a pénétré dans la salle de réunion a fait l’appel successivement de 7 noms : Basset, Eymard, Feraoun, Hammoutène, Marchand, Ould Aoudia. Le 7e appelé, Petitbon, était absent. C’est bien un massacre collectif qui était prévu et qui a été commis. 
Lors d’un entretien disponible sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel français, Feraoun exprime l’estime qu’il porte au Prix Nobel de littérature, Albert Camus : Une gloire algérienne. La correspondance entre Feraoun et Camus reproduite dans le livre L’anniversaire, (Éd. du Seuil, 1972, p. 35 à 44) témoigne de leur amitié réciproque.
Dans le livre Lettres à ses amis, sont reproduites plusieurs dizaines de lettres adressées par Feraoun à son ami Roblès, dont celle du 25 octobre 1955 qui se termine par ces mots : «À toi bien affectueusement». Il y avait donc entre ces deux écrivains, plus que de l’amitié.
Ce que reconnaît Ali Feraoun lui-même lorsqu’il écrit à Emmanuel Roblès, à la mort de son père : «… Je sais quelle amitié vous liait» (Journal 1955-1962 Éd. du Seuil, p. 348).

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