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Eric Zemmour, le Slobodan Milosevic «judéo-gaulois»

Publié par LSA
le 21.11.2021 , 11h00
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Par Mourad Benachenhou
«Le nationalisme peut être sauvage, car, dans certaines circonstances, il est contagieux... Une fois l'incendie du nationalisme ethnique allumé, il peut se répandre de manière incontrôlable et causer de gros dégâts.»
(Ronald Wintrobe : «Slobodan Milosevic et l'incendie du nationalisme», revue   World Economics, Vol. 3, numéro 3, juillet-septembre 2002, tiré à part, p. 2)

«En peignant leurs concurrents de leur propre groupe ethnique comme insuffisamment nationalistes, ou trop conciliants envers les autres groupes ethniques, les élites ethniques radicales peuvent rapidement polariser un État et conduire à des réactions similaires du groupe ethnique opposé. En positionnant leur propre groupe ethnique comme victimes aux mains de l'autre, cette peur peut se répandre rapidement parmi les membres du groupe ethnique et, ainsi, une société qui était initialement contre le conflit y devient plus réceptive du fait de ses craintes existentielles.» (Dans Emeneger, Joshua, Ron, «Le choix du génocide, la démographie, le problème de l'engagement et la guerre de Bosnie», thèse de doctorat, University of Texas, Austin, USA, 2011, p. 16).
La violence extrême des propos provoquants tenus par le chef d'État français contre la nation algérienne, propos sans aucun doute mûrement réfléchis et choisis, a révélé l'ambiguïté dans laquelle baignent les relations entre l'Algérie et l'ex-puissance occupante et  prouvé que l'influence de la France s'est, en fait, accentuée depuis ces deux dernières décennies, jusqu'à rendre les autorités  algériennes impuissantes à réagir, si ce n'est de manière symbolique et bien calibrée diplomatiquement, aux volées d'insultes officielles, dont le peuple algérien a été victime.

Une campagne électorale ne peut justifier tous les écarts de langue
On a tenté de minimiser la portée de la virulence verbale du chef d'État français, en plaçant ses paroles dans le contexte d'une campagne électorale présidentielle qui s'annonce particulièrement âpre, et dont, étrangement, la thématique principale tourne, non autour des problèmes économiques et sociaux complexes auxquels est confrontée la France dans un monde qui est en flux constant et qui ouvre sur des horizons incertains, si ce n'est inconnus, ni autour du recul de son influence linguistique et culturelle au profit du modèle anglo-saxon envahisseur et dominateur, ni même autour de son déclassement comme puissance mondiale au profit de trois géants qui dominent la scène politique internationale et imposent leur ordre du jour et leurs thématiques. 

Zemmour : «La France est l'homme malade de l'Europe»
Voici ce que dit Zemmour au sujet du déclassement de la France, et on laisse à ce polémiste virulent la responsabilité pleine et entière de cette analyse pessimiste et sans appel, qu'on ne peut certainement pas partager et à laquelle on refuse de souscrire, tellement elle est caricaturale dans son expression, mais qui n'en demeure pas moins centrale dans le programme politique de redressement dont il se fait le défenseur acharné, quoique ce programme n'ait rien d'original dans le spectre des opinions françaises, et que cet auteur, raciste fanatique de la reconnaissance des siens mêmes (voir la déclaration du Grand Rabbin de France à ce sujet), ne fasse que pousser à l'extrême de la logique qui le sous-tend : «La France est l'homme malade de l'Europe. Les économistes évaluent sa perte de compétitivité. Les essayistes dissertent sur son déclin. Les diplomates et les soldats se plaignent en silence de son déclassement stratégique. Les psychologues s'alarment de son pessimisme. Les sondeurs mesurent son désespoir. Les belles âmes dénoncent son repli sur soi. Les jeunes diplômés s'exilent. Les étrangers les plus francophiles s'inquiètent de la dégradation de son école, de sa culture, de sa langue, de ses paysages, de sa cuisine même. La France fait peur ; la France se fait peur. La France est de moins en moins aimable ; la France ne s'aime plus. La douce France vire à la France amère, malheureux comme Dieu en France ?» (Dans Le Suicide français, éditions Albin Michel, Paris 2014, introduction, p. 4).
C'est là un tableau noir et désespérant, qui est le fruit de l'imagination malade d'un fanatique raciste, et ne correspond nullement à la réalité des choses autrement plus nuancées, mais qui ne fait que justifier les sombres desseins de Zemmour, desseins n'ayant que des rapports fictifs avec les intérêts supérieurs de la France ou son «sauvetage» d'un déclin avancé et sans rémission, suivant la version zemmourienne ni revue  ni corrigée. 
Ces écrits ne mériteraient aucune attention, s'il ne se trouvait pas que cet extrêmiste raciste a des ambitions présidentielles ! Les exemples d'accidents historiques ne manquent pas. Et il faut prendre très au sérieux les paroles et les écrits de ce personnage, qui ressortit de la psychanalyse, sinon de la psychiatrie. Mais combien de nations, même parmi les plus avancées, ont-elles connu, même dans l'époque la plus récente, des chefs d'État dérangés mentalement qui les ont menées à la ruine ? 
Selon Zemmour, éliminer l'islam et les arabo-musulmans du paysage français et la France sera guérie de tous ses maux !
Pourtant, malgré la longue liste des maux dont souffrirait la France, selon les appréciations de Zemmour, et on n'y trouve nulle part mentionnée l'islam, c'est le problème de la présence sur le territoire français de populations d'origine arabe et musulmane — problème, sans conteste, marginal face aux autres défis internes et externes graves auquels est confrontée la France  — qui constitue le thème quasi exclusif de cette campagne électorale, au détriment de tous les autres éléments, pourtant autrement plus vitaux pour la cinquième puissance mondiale et la seule puissance nucléaire de l'Union européenne. 
Il faut souligner que ce thème n'a rien d'original dans les campagnes présidentielles françaises, car, en fait, tous les partis se réclamant de l'extrême droite nationaliste chauvine n'ont jamais manqué, depuis des décennies, de tenter, sans succès, de l'imposer comme étant de caractère existentiel.
Il faut reconnaître à Eric Zemmour, Juif d'origine algérienne, émigré de seconde génération, sans lien profond avec l'histoire de la nation française, le mérite, ou le démérite, d'avoir, à travers ses écrits prolifiques, placé cette question au centre du débat sur l'avenir de la nation française. 
Il a su simplifier les données du débat, en donnant sa propre interprétation de ce que devait être entendu par «nation française», et en concluant, sans autres preuves que ses propres convictions, que tous ceux qui ne correspondaient pas à sa description simplifiée de la «francité» ne pouvaient que constituer un danger pour sa survie, et devaient être éliminés, même par la violence extrême, du paysage démographique français. 
Il faut également reconnaître que son argumentation, faite de mensonges grossiers, de calomnies et d'insultes dirigées exclusivement contre les Français d'origine arabo-musulmane, a touché une corde sensible chez une partie importante da la population, qui se sent plus ou moins abandonnée par les élites politique et intellectuelle, et qui est à la recherche d'un sens dans sa vie médiocre et banale. 
Voici qu'apparaît un homme qui donne une raison d'être fiers à ces délaissés du système, en leur offrant des coupables de leur déchéance morale, intellectuelle et sociale, c'est-à-dire ces étrangers, professant une religion étrange et arborant des noms qui ne tiennent pas des traditions judéo-chrétiennes, seules traditions ayant droit de présence légitime sur le territoire de la France.
En jetant l'opprobre sur tout ce qui sépare le Français moyen, Paul ou Pierre, Dupont ou Durand, de l'immigré moyen, Ali ou Akli, Benmoussa ou Aït Idir, Zemmour valorise les premiers par rapport aux seconds, donne aux uns tous les attributs génériques et génétiques de l'appartenance à la vraie nation française, et enlève aux autres toute légitimité et tout droit d'être membres de cette nation, pourtant bâtie, non sur une définition ethnique et/ou d'appartenance religieuse, mais simplement sur le droit du sol et sur des textes législatifs précisant les conditions d'accès à cette nationalité, conditions neutres, faut-il le rappeler, quant à l'origine raciale ou aux croyances religieuses des candidats à la «naturalisation».
C'est pourtant l'application de ce droit qui a permis l'intégration de la communauté juive dans la nation française, bien que  bâtie sur le double mythe de l'ancestralité gallo-romaine et germaine et de la centralité de la religion chrétienne dans l'origine de la culture et des valeurs dont se targue cette nation. 

Pour un État totalitaire français, à l'exemple du régime de Vichy ou de la Serbie de Slobodan Milosevic !
C'est ce droit qui permet à Eric Zemmour de jouir de tous les privilèges de citoyenneté, privilèges dont il veut exclure la partie de la population française qui ne partage ni ses racines religieuses ni son ethnicité. 
Il va plus loin dans l'exclusivisme car, sous le couvert de la laïcité, il veut tout simplement rendre illégale une religion qui fait partie maintenant du paysage français, qu'il le veuille ou non, et dont les adeptes n'ont qu'un seul désir : jouir pleinement non seulement des droits de l'Homme qu'a inventés et popularisés la Révolution française, et grâce auxquels les Juifs comme Zemmour ont finalement trouvé leur place dans la société française, et bénéficier, sans exclusive, de la devise répétée sur les frontispices de toutes les mairies françaises : «Liberté, Égalité, Fraternité».
Zemmour voue une haine sans limites à l'islam, dont il veut éliminer, en finale, et sans exception, les adeptes, qu'ils soient ou non citoyens modèles, qu'ils participent ou non à la grandeur de la France, par leurs travaux, et à sa prospérité par leur travail, qu'ils ne connaissent que la langue française ou qu'ils aient préservé une part de leur culture linguistique originelle. Leur culpabilité, aux yeux de Zemmour, est qu'ils sont musulmans, et rien d'autre.
Jusqu'où Zemmour est-il prêt à aller au cas où, pour le grand malheur de la France, il accède au pouvoir suprême, ou exerce une influence suffisante sur les hommes du pouvoir pour faire passer ses conceptions du stade strictement polémique et intellectuel à celui de la mise en œuvre ? Il est utile de reprendre cette citation qui vaut déclaration politique engageant son auteur en faveur d'une conception totalitaire du système politique français :
«La stratégie des universalistes est simple : on exalte la République pour mieux se délester de la France. On se drape dans les oripeaux de l'État de droit pour s'interdire toute politique qui ne soit pas soumise au juge et aux normes qu'il a tirées de la Déclaration des droits de l'Homme. La République sera d'autant plus universelle qu'elle ne sera plus française. La France devra donc choisir si elle veut rester la France ou un État de droit parmi les autres. (dans : Destin Français, éditions Albin Michel, Paris, 2018, p. 32).
Ce que propose clairement Zemmour, c'est une rupture totale avec les traditions politiques et constitutionnelles françaises, rupture avec le concept même d'État de droit, fondé sur la déclaration universelle des droits de l'Homme, cette grande invention de la Révolution française qui continue à être vendue au monde entier, rejet de la devise de la République française : «Liberté, égalité, fraternité», devise souvent violée, mais ayant néanmoins l'avantage d'exister et d'être acceptée, ne serait-ce que pour mettre une limite à l'absolutisme et à l'arbitraire des pouvoirs centraux, refus de toute diversité culturelle s'éloignant d'un schéma pré-établi par les autorités centrales ; bref, une dictature totalitaire fondée sur une définition officielle de la francité imposée à tous et toutes, sans exception, quels que soient leur origine ethnique ou religieuse, ou leurs propres choix personnels.
Selon Zemmour, la France est en train de perdre le sens de son histoire et son âme même, et la seule façon de retrouver cette histoire et cette âme, c'est de rejeter tous les progrès politiques et civiques qui ont été accomplis depuis le rejet de la royauté absolue, appuyée par l'Église catholique, et de revenir à l'ancien régime en écartant ou en gommant toutes les références hostiles à ce retour en arrière, y compris les références à Diderot, Voltaire, Rousseau, et bien d'autres qui ont éclairé la voie de l'humanité vers plus d'humanisme et  inventé la notion même d'égalité entre tous les membres de l'humanité, au-delà de leurs différences ethniques ou religieuses ! 

Zemmour appelle à une nouvelle guerre civile pour restaurer la puissance de la France et sa place dans le monde
Vive l'intolérance ! Tel est le cri de guerre de Zemmour. Et il n'hésite pas à agiter le spectre de la guerre civile, qui, selon lui, fait partie des moteurs de l'histoire de France. Il voudrait bien ajouter à la liste des guerres civiles qu'il inventorie ci-dessous une guerre civile contre les Français et autres résidents légaux d'origine arabo-musulmane, toutes ethnies comprises. 
«Notre histoire est une succession de guerres civiles : la lutte contre les Albigeois, les guerres de religion entre protestants et catholiques, les persécutions des jansénistes par la monarchie, puis la lutte des jansénistes contre la monarchie, les révolutionnaires contre les partisans de l'ancien régime, les bleus contre les Vendéens, les Jacobins contre les Girondins, la Terreur bleue, la Terreur blanche, les journées de juin 1848, les Versaillais contre les Communards, les dreyfusards contre les antidreyfusards, les fascistes contre les communistes, les pétainistes contre les gaullistes, les partisans de l'Algérie française contre les gaullistes... (dans Destin français, op. cit. p 27-28).
Il ne reste plus qu'à provoquer une guerre civile : «Français vrais» (définition zemmourienne) contre «arabo-musulmans», et, comme par miracle, tous les maux dont souffrirait la France et que Zemmour s'est plu à inventorier s'effaceront sans laisser d'autre trace que de mauvais souvenirs chez les Françaises et les Français, une fois éliminés les membres de la race et de la religion abhorrées. 
Plus de maladie «française», compétitivité industrielle regagnée, plus de pessimisme, plus d'interrogation sur le futur de la nation française, etc. La France, débarrassée des arabo-musulmans, même par la violence extrême, qui ne saurait être exclue, et par la substitution d'une dictature totalitaire à «l'universalisme démocratique décadent», imposé artificiellement par des lois « nationicides», fondé sur le concept de droits de l'Homme. La formule zemmourienne ressemble fort bien à celle imposée par le  fondateur du IIIe Reich au peuple allemand, y compris dans sa partie la plus atroce, le nettoyage ethnique, et ne fait d'ailleurs que remettre au goût du jour la tradition pétainiste et sa devise «Travail, Famille, Patrie», que Zemmour  porte aux nues, bien que des milliers de ses coreligionnaires aient perdu la vie dans cette phase sombre et humiliante de l'Histoire contemporaine de la France.  
Cette formule remet en mémoire le tout récent nettoyage ethnico-religieux mené par Slobodan Milosevic pour imposer sa propre conception de la nation serbe. 
Y aura-t-il, dans l'avenir zemmourien, un massacre à «Srebrenica-sur-Marne», ou le siège de «Sarajevo-sur-Rhone» ? Pourquoi pas ? dirait, sans doute, Zemmour. La sauvegarde de la France et de son histoire vaut bien, si ce n'est pas une messe, du moins un génocide !

En conclusion
Voici des questions auxquelles seuls les Françaises et les Français peuvent répondre :
- Pensent-ils que la France est dans une situation désespérée exigeant la mise à leur tête d'un sauveur ?
- Le problème principal qui expliquerait la déchéance de la France, selon la description zemmourienne, serait-il exclusivement et sans réserve la présence d'arabo-musulmans en grand nombre parmi les citoyens français ?
- Faut-il, pour redresser la France, procéder  à un massif nettoyage ethnique dirigé contre la population arabo-musulmane ?
- Faut-il imposer une dictature totalitaire pour mener à bien cette opération d'épuration ethnique ?
- Les Français sont-ils disposés à accepter, s'il le faut, que, sur leur territoire, soit déclenchée une guerre civile pour débarrasser la France de ceux qui l'empêchent de revenir à sa grandeur passée ?
- Saurait-il y avoir, si la nécessité l'exige, un ou plusieurs «Srebrenica-sur-Marne» dans le territoire français ?
Si la réponse à toutes ces questions est affirmative, il est évident que le seul candidat apte à mener ce destructeur programme de «redressement» de la France est Eric Zemmour ! 
Est-il le meilleur candidat pour garantir le retour de la France rajeunie et plus forte sur la scène internationale ? C'est évidemment loin d'être le cas. 
Mais une nation a le droit de se suicider, si bon lui semble, et là aussi, Eric Zemmour apparaît comme le mieux placé pour guider et mener à bien ce suicide !
M. B.

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