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La fin programmée du pétrole et du gaz ? (1re partie)

Publié par LSA
le 11.11.2021 , 11h00
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Par Saïd Kloul(*)
Le dérèglement climatique provoqué par l’excès des gaz à effet de serre rejetés à l’atmosphère et accumulés depuis la révolution industrielle (fin du XVIIIe siècle) pose à l’humanité probablement le premier grand défi de son Histoire. Plusieurs COP (Conférence des  parties, instituée sous l’égide de l’ONU) réunissant les experts et les responsables de la planète, à la recherche d’une réponse commune pour réduire le réchauffement du climat, ont été organisées sans que des engagements et encore moins des programmes d’actions soient arrêtés par tous. La COP 21 a retenu la limite du réchauffement à moins de 2°C à l’horizon 2050 par rapport aux niveaux préindustriels tout en demandant aux Etats de s’engager à réduire encore davantage les émissions de GES (gaz à effet de serre). La COP25 a remonté la barre plus haut avec 1,5 °C comme limite d’augmentation de la T° à l’horizon 2050 et une réduction de 50% de ces émissions à 2030 comme un jalon sur cette voie. L’AIE (Agence internationale de l’énergie) souligne que l’énergie est responsable de 1,1°C, soit presque les trois quarts de l’accroissement de température depuis la révolution industrielle et doit donc être au centre du dispositif de lutte contre le réchauffement du climat.

Difficile engagement
Un objectif aussi contraignant pourrait-il être atteint sans affecter le développement des économies ? C’est la première composante du challenge qui explique les lenteurs, les retards dans les déclarations d’objectifs et les tergiversations de la majorité des pays. Certains ont inclus dans leur démarche la séquestration de CO2 (Royaume-Uni, Pays-Bas, Australie…), l’absorption du CO2 par leurs forêts pour la Fédération de Russie. Tous voudraient que le but soit atteint, mais sans en subir les contraintes. 
La séquestration de CO2 consiste à récupérer ce gaz au niveau des installations qui le génèrent et l’injecter sous pression dans une couche géologique. Elle représente un investissement important et une réelle participation à la réduction des GES, mais cette opération est considérée par une partie de la communauté scientifique comme risquée à long terme car on ne garantit pas que cette couche conservera ce gaz confiné ad vitam æternam, surtout si on choisit mal la couche d’accueil. Notons à ce sujet que Sonatrach et son partenaire BP ont utilisé ce procédé au début des années 2000 sur le champ de Khrechba pour y séquestrer le CO2 extrait des gaz de deux gisements d’In Salah et qu’au bout de quelques années, l’opération a été abandonnée car la couche choisie ne supportait par l’injection du gaz.
En octobre 2019, la Russie a ratifié l’Accord de Paris mais à la condition que l’on tienne compte de ses forêts qui absorbent le CO2 de l’atmosphère («puits à carbone»), position qu’elle adopte depuis le protocole de Kyoto ; notons qu’elle arrive au 4e rang des pays pollueurs et, de ce fait, elle est censée fournir plus d’efforts pour réduire ses émissions. Cette position de la Russie s’explique par ses immenses réserves de pétrole et de gaz (6e  mondiale pour le pétrole et 1re pour le gaz, BP Statistical Review 2020) et ses forêts non moins immenses avec 810 millions d’hectares. À la COP 25, seulement 80 pays se sont engagés pour un objectif zéro carbone. Or, ces pays ne participent, semble-t-il, que de 10% à la pollution. Climate Analytics et New Climate Institute (deux instituts scientifiques qui s’intéressent, entre autres choses, aux problèmes du climat) ont coopéré pour créer Climat Action Tracker (CAT), une publication qui suit, au fil des différentes COP et des mises à jour, la progression vers la maîtrise du réchauffement climatique. CAT signale dans son numéro de septembre 2021 que l’Australie, le Brésil, l’Indonésie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Russie, Singapour, la Suisse et le Vietnam ne se sont pas engagés pour le nouvel objectif de 1,5°C et qu’il y aurait encore 70 pays qui ne se sont pas prononcés. 
L’UE a ratifié l’Accord de Paris en 2020. En juillet 2021, l’Europe des 27 a publié son plan appelé Green Deal qui est un ensemble de mesures qu’elle programme pour réduire de 55% ses émissions de GES par rapport au niveau de 1990 vers l’an 2030 (site web du Conseil européen). Ce programme est susceptible de la mener vers l’objectif «Net Zéro 2050». 

Les scénarios de l’AIE et leurs impacts
AIE Energy Outlook 2021 a bâti 4 scénarios : 1) le scénario STEPS qui ne tient pas les engagements des Etats pour réduire les émissions de GES comme garantis, les évalue et les considère en fonction de leurs chances d’aboutir. 2) Le scénario APS qui suppose que tous les engagements, les NDC (Contributions déterminées au niveau national) et les dates annoncées sont respectés. 3) Le NZE qui est un scénario basé sur l’objectif «zéro émission» et une élévation de température de 1,5°C à 2050  décline en conséquence les activités consommatrices d’énergie pour ne pas dépasser ce niveau d’élévation de température. 4) Le scénario SDS (scénario développement durable) qui permet de concrétiser les recommandations de l’accord de Paris et suppose que tous les engagements des Etats seront atteints aux temps indiqués dans leurs engagements ainsi que les objectifs développement durable (au nombre de 17) des Nations Unies dans leur composante énergie. L’accroissement de température qui en résulterait serait de l’ordre de 1,65 °C , mais si des émissions continuent au-delà de 2070, on n’arrivera à 1,5°C qu’à la fin du siècle.  
Avec ce dernier scénario, les pays développés atteindront le «Net Zéro Émission» en 2050, la Chine vers 2060 et le reste du monde vers 2070. L’accroissement de température de 1,5°C sera atteint vers 2100.
L’Arabie Saoudite, selon une déclaration d’octobre 2021 du prince Ben Salmane, s’engage aussi à atteindre «zéro émission» en 2060. L’ensemble des pays qui se sont prononcés pour cet objectif (moins l’Arabie Saoudite) ne participent hélas qu’à environ 60-70% du total des émissions de CO2 (AIE 2021 Energy Outlook).
Avec le scénario STEPS, les émissions seront à hauteur de 36,26GT de CO2 à 2030 et de 33,9GT à 2050. Avec le scénario APS, à condition que les annonces soient mises en application précise l’Outlook, il y aura une amélioration de plus de 2,6 GT de CO2 pour descendre à 33,6GT en 2030 ; elle sera d’environ 13GT de CO2 pour atteindre 20,7GT en 2050. Ce sera quand même 20,7GT de trop à cette date puisque pour atteindre 1,5°C, il faudra zéro émission de CO2.
Selon l’AIE Outlook, avec le scénario STEPS, si les émissions gardent la même trajectoire, à la fin du siècle nous aurons un accroissement de température de 2,6°C ce qui sera loin de l’Accord de Paris. Le scénario APS, quant à lui, conduira à un accroissement de température de 2,1°C, résultat amélioré mais en deçà de cet accord.
Les défis du changement
- Pays en développement
Bien que leur empreinte carbone soit faible comparée à celle des pays développés, notamment l’OCDE (et même des pays émergents), les pays en développement ne sont pas préparés pour s’inscrire dans cette démarche ; bien plus, ils ne seront pas prêts dans ces délais à abandonner les voitures à essence et les camions diesel, ni encore à rendre leurs logements des villes (souvent précaires), moins énergivores qu’ils ne le sont. Le seul espoir de l’AIE est que les pays qui doivent s’équiper pour la première fois opteront pour les énergies propres. 
- Pays développés
Bien des pays développés, pour des impératifs de développement, pourraient ne pas réaliser leurs objectifs et recourir aux produits moins polluants comme le gaz. Cette situation n’est pas pure spéculation ; la toute récente crise de l’énergie créée par la pénurie du gaz a poussé les consommateurs européens à songer au recours au gasoil et au charbon. Dans les scénarios étudiés par l’AIE, le comportement des populations devant de sévères contraintes économiques n’a pas été pris en compte. Lors de la gigantesque coupure d’électricité provoquée par la vague de froid qui a sévi au Texas en février 2021 (voir plus loin), la population a été contrainte de recourir au système D pour se chauffer. Ces comportements peuvent bien entraver et retarder les plans les plus agressifs, même si des incitations et des pénalités sont instituées. 

Un défi majeur pour l’humanité
C’est en effet un défi majeur pour ce combat : les nombreux changements demandés sont si importants qu’il faudrait de grands efforts et du temps pour s’y adapter. Ces changements se conjuguent avec les changements climatiques et leurs aléas qui ne manqueront pas de se produire encore et pour lesquels des mesures d’adaptation seront nécessaires. La «transition» qui s’opère sur une période longue à l’échelle d’un homme (3 à 4 décennies) ne peut que générer de l’incertitude et donc de l’inquiétude. Elle ne peut de ce fait s’écouler comme un fleuve tranquille. Ces inquiétudes peuvent expliquer les tergiversations des différents gouvernements, même parmi les plus pollueurs, à décider des actions à grande portée pour réduire les émissions des GES. On peut citer dans ce contexte l’épisode Trump qui a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris pendant sa mandature, les tiraillements qui provoquent ici ou là des montées du nationalisme dans l’Europe des 27 et qui peuvent se nourrir des tensions que va provoquer cette transition avec les changements qu’elle porte. Ceci d’autant plus que le chef d’orchestre de ce changement est supranational et que ces changements mêmes non imposés avec violence peuvent être perçus comme tels. Les partis politiques ne sont pas tous prêts à accepter pour des raisons de posture politique et de conquête du pouvoir, avec conviction parfois. Des bouillons de culture de révolte mijotent ces derniers temps en Europe contre l’abandon des lois nationales au bénéfice des lois européennes.
Si la transition dure trop longtemps, des émules de Trump peuvent émerger en Europe ou dans les Amériques et même en Chine dont les dirigeants affirmaient, à juste titre, il n’y a pas longtemps, que c’était au monde développé de se sacrifier puisqu’il est le responsable du réchauffement climatique. Il faut souligner que la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas un simple défi : ce qui est entrepris est une grande révolution. C’est une révolution pour l’humanité parce qu’en définitive, on lui demande d’abandonner la combustion dans sa forme traditionnelle. On lui demande d’abandonner le feu, considéré, à juste titre, comme la plus importante conquête de l’Homme !

Menaces sur les pays en développement et les pays addicts au carbone
Le charbon représente pour certains pays un problème épineux sur la voie de la neutralité carbone comme la Chine, l’Inde, la Russie et même l’Allemagne qui va devoir sortir en même temps du charbon et du nucléaire. Pour nombre d’autres pays, les hydrocarbures apportent une contribution importante, parfois même vitale, à leur économie. 
Pourront-ils sortir d’une économie basée sur le charbon ou le pétrole et le gaz, de manière significative, d’ici 2050, sans compromettre la stabilité sociale de leurs nations ? Rappelons que le charbon représente 50% de l’énergie consommée en Inde dont 135 centrales thermiques utilisent cette énergie pour produire 70% de l’électricité du pays. Tout le charbon consommé est produit localement depuis octobre 2020 (Les Échos, 8 octobre 2021). Quelle est la part du bois dans leur consommation? 
La COP 21 a recommandé à toutes les parties de ne pas importer les produits des pays qui ne seront pas résolument sur la voie du «zéro carbone». 

Quelles conséquences pour les pays en développement ? 
Que leurs produits soient refusés par les pays développés et ils s’enfonceront davantage dans la pauvreté ! 
Si les hydrocarbures venaient à être abondants à cause de la baisse de la consommation par exemple, alors nombre de pays exportateurs seraient éliminés du marché et «punis» là où cela fait le plus mal : leur source de devises. 
La menace sur ces pays est réelle. Ils devront faire face à un double défi, celui de s’affranchir de la ressource carbone et celui de diversifier leurs économies d’ici à 2050. La responsabilité de leurs gouvernants d’aujourd’hui et de demain est terrible. Qu’ils échouent, et ce sera l’enfer pour leurs peuples qui les maudiront pour l’éternité.

Cri d’alarme des Nations Unies
Le rapport de synthèse des Nations Unies sur les NDC souligne l’insuffisance de ceux soumis à fin juillet 2021 et affirme qu’ils induisent une augmentation des émissions de GES en 2030 par rapport à 2010, de l'ordre de 16%. D’après ce rapport, Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, déclarait à la réunion préparatoire de la COP26 qui s’est ouverte le 30 septembre 2021 à Milan : «Les (NDC) conduiront à une augmentation de la température de 2,7°C à la fin du siècle.» 
Si la tendance des émissions dessinée par les NDC soumis devait se maintenir, nous atteindrions 60 Gt de GES à 2030 (selon «ONU Climat Info» du 17 septembre 2021, site web des Nations Unies). 
Antonio Guterres rappelle que «pour tenir l’objectif de 1,5°C», les pays développés doivent non seulement se montrer plus offensifs dans la lutte contre le réchauffement climatique mais aussi tenir leur promesse de 100 milliards de dollars chaque année pour aider les pays en développement à réussir leur transition. Rappelons que cet engagement a été pris dans le cadre de la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), il y a plus de dix ans, mais les pays développés ne montrent pas d’empressement à instituer leur engagement. 
Nous ne pouvons que rapprocher ces «temporisations» des retards à concrétiser la toute récente promesse de fournir 1,2 milliard de doses de vaccins anti-Covid-19 aux pays pauvres qui, si la pandémie y prend plus d’ampleur, représentent pourtant un danger pour le monde développé sous les formes de contaminations et de migrations.

Les hydrocarbures sont-ils appelés à disparaître en trois décennies ?
Tous les pays s’y préparent selon leurs moyens ; nombre d’entre eux, notamment les pays développés, recherchent quel mix  énergétique et quel plan pourront les mener à un zéro carbone net à 2050 sans affecter la croissance de leurs économies. Pourront-ils tenir ce challenge ? L’Énergie Outlook 2021 affirme que nous devons commencer dès maintenant à réduire les dépenses d’exploration des énergies fossiles pour les ramener à zéro dès 2030 et commencer dès 2021 une réduction drastique des dépenses de développement (voir ci-dessous). Le rapport recommande aussi d’arrêter la fabrication des véhicules à énergie carbonée dès 2035 et de produire de l’électricité sans émission de GES. Même si certaines majors pétrolières ne semblent pas écarter une telle éventualité et vendent des actifs pétroliers pour investir en partie dans le renouvelable, les stratégies de transition d’autres majors ne confirment pas cette tendance. Leurs investissements en cours dans l’amont et dans l’aval pétroliers et gaziers, que ce soit pour la recherche de nouvelles réserves ou leur exploitation, sont importants. Dans son Rapport 2021, l’Irena (Agence internationale pour les énergies renouvelables) conclut que les géants pétroliers américains restent focalisés sur les hydrocarbures et les géants européens s’engagent davantage sur les réductions des émissions de GES mais n’annoncent pas de réduction de la production. Le captage et le stockage souterrain du CO2 qu’ils émettent représentent une bonne part dans leurs stratégies. Rystad Energy rapportait en mars 2021 que les compagnies se sont engagées pour 592 projets offshore sur 2021-2025 avec un investissement d’environ 480B$ sur les nouveaux champs, soit une augmentation de 50% par rapport à la quinquennie précédente. Rystad précisait qu’en 2020 la différence des coûts entre offshore profond et non profond était de 1$/Bbl de pétrole alors qu’elle était de 5$ en 2014. L’offshore profond est devenu très attractif d’autant plus qu’il est plus prometteur ! 
En juillet 2019, Rystad rapportait qu’en offshore profond seulement, plus de 46 milliards de Bbl équivalent-pétrole conventionnel ont été découverts entre 2015 et 2018. ExxonMobil et ses partenaires à eux seuls sont en train d’en développer plus de 10 milliards de barils de pétrole de réserves récupérables en Guyane, découvertes depuis 2015. TotalEnergies, Novatex et Petrochina vont construire le projet Arctic GNL2 en face de «Yamal LNG» dans le Grand Nord russe (Le Monde du 11 septembre 2021) ; il s’agit d’une usine de liquéfaction de gaz géante de 19,8 MT/an de GNL (près de 27 milliards de m3 de gaz/an) pour approvisionner l’Europe et l’Asie (site web de TotalEnergies). Le gouvernement français avait d’abord accepté d’accorder des garanties à l’exportation aux sociétés françaises engagées dans ce projet. Aux dernières nouvelles, il montrerait des hésitations car cela reviendrait à encourager les énergies carbonées. Le fait que les risques environnementaux ne seront pas générés en France, le Président français pourrait être amené à opter pour les intérêts strictement français. Signalons que les banques françaises ont augmenté de 22% le financement des énergies fossiles en 2021. On voit là l’illustration de la frilosité des pays développés à planifier des actions pour défendre la planète. 

Consommations de pétrole et de gaz
Selon l’Agence américaine de l’énergie EIA, la consommation à 2050 augmentera de 39% pour le pétrole et autres liquides et de 27% pour le gaz.
La consommation de fuels liquides, y compris les bio-fuels qui, il faut le noter, bien que marginaux, ne sont pas neutres vis-à-vis des émissions des GES surtout en y incluant le processus, va, elle aussi, augmenter. Pour cette agence, la consommation de pétrole va varier de 102MBbl/j à 155 MBbl/j,  en fonction des croissances mondiales, basse de 2%/an et haute de 3.7%/an, respectivement.
Pour rappel, la consommation de 2019 a été de 100 MBbl/j.
Signalons que l’EIA ne tient pas compte des engagements pris par les États pour lutter contre le réchauffement de la planète. Ces prévisions sont donc très différentes de celles faites par l’AIE sauf pour le scénario STEPS qui, sans trop de surprise, est proche de la croissance basse de l’EIA. En 2050, la demande de pétrole va en effet varier pour les deux scénarios «programmes des États» de l’AIE entre 76,7MBbl/j pour l’APS et 103MBbl pour le STEPS. Le premier va enregistrer une baisse de 20,6% et le second une augmentation de 6,6%. Pour le SDS, la demande en 2050 va chuter de plus de moitié par rapport à 2019 pour atteindre 47MBbl/j. Évidemment, pour le scénario «Net Zéro Émission», la demande deviendra nulle.
Pour le gaz, la demande en 2050 sera de 5 113 milliards de m3 avec le STEPS, soit une augmentation de 25% par rapport à 2019. Avec le scénario APS, il y aura une baisse de 5,5% pour atteindre 3 852 milliards. Pour le SDS, la demande va chuter de 39,8% pour atteindre 2 452 milliards de m3 (voir plus haut les définitions de l’AIE pour chacun des scénarios). 
Bien entendu, les investissements dans l’amont pétrolier et gazier sont estimés en conséquence. Partant de $330 milliards en 2020, ces investissements, pour le scénario STEPS, vont aller croissants pour atteindre $690 milliards/an durant 2031-2050, soit plus du double du montant de 2020. Le scénario APS va baisser de 20,45% durant les deux dernières décennies comparativement à 2020-2030 pour atteindre 455 milliards. Cela reste tout de même 50% de plus qu’en 2020. Pour le NZE, les investissements dans l’amont vont rester relativement stables jusqu’en 2030 pour chuter de plus de moitié à 171 milliards/an durant les deux dernières décennies. Notons que pour les deux premiers scénarios, ce sont les dépenses pour les nouveaux champs qui seront prépondérantes. Pour le NZE qui vise à 1,5°C à 2050, les nouveaux champs se raréfient dès 2021 pour disparaître ainsi que les investissements y afférents à partir de 2031. 
On peut s’interroger sur les hypothèses utilisées pour les prévisions de demande d’énergie, donc sur les investissements, sachant que ce sont les compagnies pétrolières et gazières qui décident de ces dépenses. Depuis la crise du marché pétrolier provoquée par l’irruption des schistes américains dans le marché, les sociétés se sont certes imposées une grande discipline dans ce domaine, c’est-à-dire qu’elles prennent peu de risques et gardent le viseur sur le retour sur l’investissement et sur la valeur de leurs actions en Bourse. Au contraire des banques françaises (voir plus haut), les autres banques, notamment américaines, ne prêtent plus facilement aux sociétés pétrolières d’autant que celles-ci sont encore endettées et que bien des banques sont des créditeurs qui n’ont pas été totalement remboursés. Les États, pour freiner ces investissements, peuvent agir sur les réglementations et sur la demande en taxant les produits pétroliers et en encourageant avec des incitations positives le développement et la consommation des renouvelables. Ils peuvent, comme a tenté de le faire l’Administration Biden, bloquer les offres de blocs d’exploration sur le domaine de l’État ; pour les USA, cela représente toutefois une part négligeable de leur domaine minier. Les États ne peuvent, bien entendu, pas se permettre de provoquer des pénuries d’énergie qui entraîneront des blocages de leurs économies et la colère des citoyens. Ne pas oublier aussi les lobbys qui pourraient faire dérailler la machine. 
Bien entendu, l’AIE suppose une montée en conséquence des énergies renouvelables pour prendre le relais des énergies carbonées.
Les États font face au coût des plans qu’ils doivent soumettre. Selon Bloomberg New Energy Outlook 2021, les investissements nécessaires à la transition énergétique pourraient atteindre $173 trillions, soit près de $5,8 trillions par an d’ici à 2050. Sachant que les pays en développement y participeront de façon marginale, les pays développés pourraient-ils supporter, sans l’étaler dans le temps, ce fardeau qui va peser lourdement sur leur croissance économique ? 
S. K.
(À suivre)

(*) Ancien directeur de la division forage de Sonatrach. Ancien conseiller pour l’amont du PDG de Sonatrach.
Notes : 
Bbl : baril
MBbl, j : million de barils par jour
TEP : tonne équivalent pétrole ce qui inclut le gaz.
LNG : expression anglo-saxonne pour GNL
MT/an : million de tonnes par an
- NB : Cette contribution a été rédigée avant la réunion de la COP 26. Elle n’en tient donc pas compte.


 

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