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Le football, c’est la guerre sans le fusil

Publié par Baddari Kamel
le 04.05.2021 , 11h00
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Par le Pr Baddari Kamel(*) 
Le football est le jeu qui mobilise le plus. À ce jour, aucun autre sport ne peut lui contester son hégémonie, qu’il s’agisse de spectacles ou de pratiques. Il est dans toutes les discussions de ses fans et leur procure la joie et l’enthousiasme. Il est un liant social. Il intéresse le jeune et le moins jeune, les femmes et les hommes qui, dans les gradins, durant tout le temps que prend une rencontre, échappent des contraintes sociales liées au travail ou à l’absence d’activités. C’est pour eux un moment de bonheur inégalé. Albert Camus l’a bien formulé en disant qu’«il n'y a pas d'endroit dans le monde où l'homme est plus heureux que sur un terrain de football». 

Les personnes qui ne peuvent pas se déplacer sont «scotchées» confortablement devant leur écran de télévision pour suivre les rencontres sportives avec autant d’engouement. Ce sport apporte une masse d’argent considérable. Il est donc la convoitise de divers centres d’intérêt qui se livrent parfois à des guéguerres loin de tout esprit sportif.

Pourquoi prononce-t-on «footboll» et pourquoi il se joue à 11 joueurs
Football est un terme d’origine anglaise, qui vient de foot (pied) et ball (ballon). Il se prononce «footbol» à l’anglaise, et non pas «football», à l’inverse du handball qui, lui, est d’origine allemande. Quant à la question de savoir pourquoi ce sport se joue à 11 joueurs, il convient de préciser qu’à l’origine, le football au XIXe siècle en Angleterre se pratiquait dans les universités et les lycées ayant des internats, à l’image de la résidence universitaire de nos jours. Chaque internat avait ses propres dortoirs d’une capacité de 10 étudiants et d’un surveillant. L’envie était venue aux étudiants, pour rompre avec la monotonie dans les internats, de créer un jeu qui allait prendre la dénomination de football, se jouant dortoir contre dortoir. Les deux équipes qui s’affrontaient alignaient chacune ses 10 joueurs et son surveillant converti pour la cause en gardien de but. Les rencontres se faisaient sur cette base à 11 joueurs contre 11 joueurs jusqu’à nos jours. Concernant le handball qui est né en Allemagne, il se jouait naguère à 11 joueurs comme au football. Ce n’est qu’à partir de 1959 que le handball à 11 joueurs disparaît au profit du handball à 7 joueurs.

Pourquoi le football est si populaire  
Le football est devenu le sport le plus populaire au monde. Son expansion hors-Angleterre est due à la mobilité des étudiants et des voyageurs de toutes nationalités qui effectuaient des séjours au Royaume-Uni. En Algérie, le football a vu le jour pour la première fois avec la création de l’équipe du Mouloudia Club d’Alger en 1921 par un groupe de jeunes issus de La Casbah d’Alger et de Bab-El-Oued de la même ville. Ces jeunes, disposant de peu de moyens, ont défié orgueilleusement l’ordre d’exclusion imposé par les autorités coloniales. Le succès universel de ce jeu tient à la simplicité de ses règles. Faciles à comprendre, ces règles sont à la portée même des enfants. Tous les enfants des quartiers peuvent en jouer. Il suffit simplement d’un espace en guise de terrain, des bois à chaque extrémité et d’un ballon qui peut être même un peloton en chiffons ou même «une boîte de sardines» vide, bien entendu. 
Dans ce jeu, chacune des deux équipes essaie de mettre le ballon dans les bois adverses tout en défendant les siens. Le football est plus populaire que les autres sports collectifs tels que le handball ou le basket-ball car ces derniers ne sont pas des jeux de quartier. Le plus souvent, ils se jouent dans des espaces fermés tels que les gymnases hors de portée des enfants. Une autre raison qui fait que le football soit le plus populaire est qu’il se joue avec les pieds,  membre du corps susceptible de résister à la souffrance mieux que les autres membres comme les mains. Le football renvoie au vécu de l’adolescence. Qui d’entre nous, adolescent, n’a pas joué au football ? Arsène Wenger, ancien entraîneur de l’équipe d’Arsenal, dit à propos de la popularité du football la chose suivante : «Le football est à chaque fois une aventure nouvelle. On n’a pas besoin d’argent pour jouer, il suffit d’être bon. C’est un sport imprévisible, une équipe de seconde zone peut battre une équipe futée disposant de moyens colossaux à la dernière seconde en inscrivant le but de la victoire.» Pour preuve de la popularité de ce sport dans le monde, l'audience cumulée de la dernière Coupe du monde de football 2018 en Corée du Sud et au Japon a atteint les 3 milliards de téléspectateurs, ce qui fait l'événement sportif le mieux couvert et le plus populaire de l'histoire des sports et de la télévision.

Le football procure l’accès au flow
Dans le football, les rencontres ne se ressemblent pas. Les deux équipes se donnent à fond pour inscrire le maximum de buts et ne pas en recevoir. Mais à moins d’un match arrangé, la défaite n’est jamais l’objectif dans le football. Eric Cantona (ancien joueur de football) le corrobore bien : «Je joue pour me battre contre l’idée de perdre.»  La joie procurée par ce jeu, ne serait-ce que par une qualification en coupe intercontinentale, est grande, sans égale. La preuve en est la qualification de l’Algérie à la Coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud qui a provoqué un éclatement de joie et d’enthousiasme de toute la population presque autant que celle qui a été vécue par les Algériens lors de l’indépendance de leur pays. Le football tient ses fans en haleine durant toute la rencontre, et ne les délivre qu’au sifflet final de la rencontre par l’arbitre. Pendant tout ce temps, le revirement de situation est imprévisible pour l’une ou l’autre équipe. La victoire peut être obtenue aux tout derniers instants grâce à un but qui délivre les fans de l’équipe devenue victorieuse et qui enfonce dans la détresse ceux de l’équipe désormais perdante. 
Le football procure de l’émotion, surtout si elle est vécue en groupe. Les psychologues ont identifié que les activités footballistiques sont souvent un facteur de l’accès au flow, «un état mental de pur bien-être et d’énergie positive». Cet état peut être agréablement bien ressenti lorsqu’on va à un concert, à une fête et… lorsque des supporteurs célèbrent leur victoire en groupe. Cet état peut aussi être trouvé dans un travail réalisé à la perfection, dans la musique et les arts, lors d’un joli coucher de soleil, d’une évasion ou d’une chevauchée solitaire au bord de la plage…

L’éthique dans le football
Le football draine des sommes mirobolantes. L’argent provient de plusieurs sources : la vente des billets, le transfert des joueurs, les sponsors par l’intermédiaire du «merchandising», des paris sportifs... L’argent est distribué aux joueurs, aux entraîneurs et à tous ceux qui y gravitent de manière qui frise parfois l’irréel. Albert Camus, dans son roman La Chute, fait dire à l’un de ses personnages : «Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football.» Il ne pouvait pas imaginer que, de nos jours, le football connaît des affaires qui gangrènent son éthique. La violence dans le jeu n’est pas toujours réprimée et le joueur évacue pendant la rencontre tout sentiment. Il est à même de provoquer des blessures plus ou moins graves que lui ne souhaiterait pas recevoir. La triche et la corruption ne sont pas absentes. Elles ne se limitent pas à quelques faits du jeu. Qui ne se souvient pas de la «main de Dieu» de Diego Maradona, ou la main de Thierry Henri, deux triches qui ont fait basculer la rencontre en faveur de leurs équipes nationales? Parfois, dans les matchs truqués, le joueur-clé de la rencontre est soudoyé par la promesse de dividendes alléchants si le résultat final de la rencontre correspond à ce qui lui est demandé. Parfois aussi, l’arbitre est soudoyé s’il enfreint le règlement et les principes d’égalité entre tous les joueurs. Les instances internationales n’échappent pas non plus à la corruption, pour preuve la radiation de leurs postes des directeurs de l’UEFA, de la Fifa et dernièrement celui de la CAF (Confédération africaine de football) pour des faits graves de corruption. Une autre triche avilissante, que le monde entier a vécue en direct à la télévision, est l’arrangement de la rencontre ayant opposé l’Allemagne à l’Autriche en 1982 pour éliminer honteusement l’Algérie.

Le rôle des médias dans le football
Les médias accordent une grande importance au football professionnel plus que les autres disciplines sportives, ce qui a pour conséquences d’étouffer le développement de ces dernières. Ils consacrent des émissions spéciales pour le foot (voire même des chaînes dédiées), et développent des techniques de vision de grande teneur. Si ceci relève de leur marketing, il n’en est pas de même pour la rhétorique guerrière utilisée au cours des transmissions de rencontres par quelques reporters. Les termes sont le plus souvent indécents, voire choquants. Ils relèvent du lexique d’une guerre avec le fusil. Ils font et défont les joueurs et les entraîneurs. Mais, in fine, les joueurs peuvent-ils évoluer en dehors des regards des médias, et ces derniers peuvent-ils se passer des dividendes récoltés de la transmission des rencontres de football, des paris sportifs et de la publicité ?

Conclusion
L’énonciation du titre «Le football, c’est la guerre sans le fusil» est empruntée d’un article sous la plume de la journaliste française F. Giroud. Il nous a semblé révélateur de l’objet développé dans cette contribution. Une guerre est toute activité qui provoque la mort et la destruction, parce qu’elle est régie par l’arme, le fusil. En football, il n’y a pas le fusil, mais il y a la passion. Lorsqu’elle est au-delà de ce qu’elle devrait être, elle peut être incontrôlable et provoquer le désordre lorsque les résultats attendus ne sont pas là. Les remous et les supputations qui président parfois la veille de chaque réunion importante, ainsi que la triche et la corruption qui gangrènent ce sport constituent une menace pour l’avenir de ce jeu. Ils peuvent provoquer de l’écœurement, voire de l’aversion auprès des fans du football. Le jeune d’aujourd’hui est amovible. Il lui est difficile de rester scotché devant l’écran pendant 90, voire 120 minutes pour les matchs à prolongation. Et pour ceux qui y résistent, ils sont tenus en haleine et se remplissent d’angoisse et de stress. 
Pour clôturer cette contribution, on aurait tort de croire que l’engagement du joueur professionnel obéit seulement à la logique mercantile. De nos jours, celui-ci est à l’abri de tout besoin matériel pour ne plus avoir besoin à travailler de sa vie. L’essentiel pour lui est de jouer. Il est motivé par la passion de la pratique sportive et du dépassement de soi. Certains joueurs sont de véritables ambassadeurs d’une cause ; d’autres, par leurs actions caritatives auprès des démunis et des malades, apportent un bonheur inégalé à cette frange de la population et allègent leur souffrance. Rien que pour cela, et seulement pour cela, ils méritent toute notre admiration et notre reconnaissance.
B. K.
 
(*) Professeur des universités. Expert de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Expert en conduite de changement. Université Mohamed-Boudiaf de M’sila.

 

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