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Quand l’Algérie s’éveillera… (2e partie)

Par Baddari Kamel(*)

Des atouts exceptionnels
Si les atouts que possède l’Algérie venaient à être valorisés à leur juste mesure, ils feraient du pays une puissance incontestable en raison de sa position géostratégique unique, de l’énorme potentiel de son économie, de l’engouement de sa jeunesse, de son territoire qui fait d’elle le plus grand pays d’Afrique et de la Méditerranée et le dixième au niveau mondial, de sa position géostratégique à la croisée du monde arabe, de l’Afrique et de l’Europe, de l’étendue de ses côtes avec la Méditerranée (1200 km), de da position géographique (elle est limitrophe à sept pays : Tunisie, Libye, Niger, Mali, Mauritanie, Sahara occidental et le Maroc). Ces atouts feront d’elle une véritable puissance politique et économique capable d’agir de façon décisive en faveur de la paix, et de s’intégrer dans la globalisation pour multiplier ses échanges commerciaux et économiques avec tous les continents. Sa population est également très jeune. Les jeunes de moins de 35 ans représentent les 2/3 de sa population, souvent de niveau universitaire car, chaque année, l’enseignement supérieur délivre plusieurs centaines de milliers de diplômés. Certains ont même constitué une diaspora souvent bien formée qui fait le bonheur des laboratoires de recherche étrangers et qui garde un attachement au pays d’origine. Si le pays ne s’adosse à l’étape actuelle que sur les hydrocarbures, la tendance est vers la diversification. Il possède d’autres filières qui ne demandent qu’à être valorisées comme les énergies vertes qui forment le plus grand gisement solaire du bassin méditerranéen, l’agroalimentaire, l’agriculture, l’élevage, la pêche, le tourisme... 

L’Algérie compte par ailleurs de véritables entrepreneurs qui portent une réelle volonté de réforme et de progrès, capables de transcender les obstacles pour transformer la face de l’Algérie dans le respect des lois de la République.

L’Algérie à travers quelques agrégats
Laissons les chiffres parler. Le pays possède le deuxième plus long réseau autoroutier après l'Afrique du Sud. Il possède l'un des réseaux de chemin de fer les plus développés d'Afrique qui s’étend sur 4 498 km parcourant le sud, le nord, l’est et l’ouest du pays, et possédant plus de 350 km électrifiés (source : site SNTF). L'Algérie est le pays le moins inégalitaire en Afrique (source : Pnud-2019). L'Algérie est le pays le plus avancé d'Afrique à l'Indice du développement humain (source : https://www.populationdata.net/palmares/idh/afrique/2019). 
À noter au passage que cet indice de synthèse «mesure la longévité, la santé, le niveau d’éducation, le niveau de vie, l’inégalité entre les genres». L’Algérie est fière de son armée qui est la deuxième puissance militaire d'Afrique (source : Global Fire Power – 2021) disposant d’une puissance de frappe considérable, consacrée à la défense du territoire national.
L'Algérie avec ses immenses ressources et son vaste désert, qui sera à l'avenir le centre du monde dans les énergies renouvelables, aspire à devenir la plaque tournante politico-financière de l’Afrique grâce aux relations d’amitié et de fraternité tissées depuis les années 1950 avec les pays africains, consolidées en juillet 1959 par la première reconnaissance de facto de la lutte armée des Algériens par le Ghana.
Le secteur du tourisme est considérable et promoteur. Avec des reliefs, des forêts, des montagnes, des côtes aux vues imprenables, le plus beau Sahara au monde, plus de 200 sources thermales (certaines datant de l’époque romaine), de nombreux sites d’intérêt culturel ou historiques plusieurs fois millénaires, etc., le secteur du tourisme est particulièrement révélateur et pourtant, il est sous-exploité. Il représente 5,7% du PIB en 2019 (source : https://wttc.org/Research/Economic-Impact), avec un impact financier pour l’Algérie de 24,5 milliards de dinars en 2019, représentant 0,5% du total des exportations algériennes, selon la même source. L’Algérie pourrait devenir la première destination au Maghreb en matière de tourisme si elle mettait les bouchées doubles dans la formation en matière d’accueil et de management des établissements hôteliers et touristiques, la rénovation des structures existantes...

Alors, que faire ?
Il y a plusieurs défis qui demandent à être relevés simultanément : la diversification de l‘économie pour réduire l’indépendance du pays à la rente pétrolière, l’investissement dans la recherche pour s’approprier les nouvelles technologies, l’investissement dans l’industrie d’avenir, la sauvegarde de l’environnement, le changement politique sans l’effondrement de l’État, la refonte de l’école et de l’administration, l’espoir pour les jeunes et du vivre-ensemble dans la diversité. Il faut être à l’écoute des véritables préoccupations de la population pour assumer, ensemble, le passage entre le passé et l’avenir, glorifier l’histoire du pays qui a émerveillé le monde et valoriser les représentations associatives et politiques. L’adossement du pays sur ses jeunes est capital. Il faut, pour que cela soit perceptible, trouver les meilleurs médiateurs pour organiser le dialogue. En bref, il faut créer tout ce qui peut permettre suffisamment d’attachements sincères au pays. L’Algérien est un individu comme tout autre individu. Il aspire à une vie paisible. Il rejette le renfermement sur soi, la xénophobie, l’arrogance. Enfin, il faut dépasser les passions et œuvrer pour le renforcement de relations vraies, claires et cohérentes, de fraternité et de coopération sincères avec la France; pour peu, bien entendu, que l’autre partie, la France, se débarrasse de ce sentiment qui lui colle à la peau en prétendant que l’Algérie est une propriété éternelle. 
L’Algérie a besoin de la France et réciproquement. Il y a en France une population d’origine algérienne estimée à plus de cinq millions, soit une population qui avoisine celle de la Finlande ou de la Norvège, et elle est plus importante que celle de l’Irlande ou de la Mauritanie.

Conclusion
À titre conclusif, il y a lieu de préciser que le titre de la contribution — «Quand l’Algérie s’éveillera…» — vient d’une phrase «prophétique» attribuée à un empereur français : «Laissez donc la Chine s’endormir, car lorsque la Chine s’éveillera le monde entier tremblera.»  D’autres affirment qu’elle aurait été inventée pour un film, Les 55 jours de Pékin, sorti en 1963 (Wikipédia : Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera), une fresque mettant en jeu des boxeurs, l’impératrice de la Chine et les ressortissants étrangers.
Cette contribution en deux parties a rappelé l’histoire millénaire de la population algérienne et mis en relief les limites des politiques de développement du pays suivies jusqu’en 2019, particulièrement durant les «30 odieuses». Elle a aussi mis en relief les immenses possibilités du pays en matière d’énergie, d’agriculture, de tourisme… et la disponibilité de ressources humaines qualifiées, capables de les traduire en autant d’atouts de nature à lui permettre de trouver les meilleures voies de sortie de cette situation qui n’aurait jamais dû se produire. Il y a un pays à construire. Il faut assumer le passé sans le dévoyer et se projeter vers un avenir meilleur et profitable à tous les Algériens. Sa jeunesse, fougueuse et attentive, n’est jamais aussi bonne que lorsqu’elle est mise au défi… La mobilisation des Algériens pour un idéal commun est indispensable. 
Le nouveau pouvoir algérien du 12 décembre 2019  est, sans controverse, animé de la volonté d’aller vers la modernité, vers autre chose, vers la libération des énergies. Il lui revient de faire sienne la lourde tâche pour que la patrie se réconcilie avec elle-même en assumant ses origines berbère, arabe et islamique qui ont façonné son identité, ses luttes et son passé révolutionnaire qui ont émerveillé le monde, sa religion représentée par plus d’un milliard d’individus dans le monde, ses minorités ethniques et religieuses indispensables à la cohésion du pays, ses terroirs immensément riches et variés, ses langues maternelles et officielles parlées par des centaines de millions... Ce serait la meilleure manière de cultiver la fierté et l’attachement au pays. Ce n’est pas une tâche aisée mais avec la vertu, la persévérance, la sincérité et la volonté, les sommets des montagnes les plus abruptes seront à portée de la main.
K. B.

(*) Professeur des universités. Expert  en ESRS et conduite de changement. Université de M’sila.