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Culture

Peinture De Rome à Madrid, le voyage d'une experte pour authentifier un Caravage présumé

Publié par R.C
le 12.04.2021 , 11h00
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Dès qu'elle a vu une photo du tableau, Maria Cristina Terzaghi n'a eu aucun doute : il s'agissait d'un Caravage. Elle est donc montée dans un avion de Rome à Madrid pour aider à authentifier l'œuvre dont la vente a été bloquée jeudi par le gouvernement espagnol.
Assise dans un café de la capitale espagnole, la spécialiste du maître italien du clair-obscur (1571-1610) raconte à l'AFP ce qu'elle a elle-même baptisé «L'opération Caravage».
Quelques heures avant qu'une maison d'enchères madrilène ne la mette à prix pour à peine 1 500 euros, le ministère espagnol de la Culture a bloqué jeudi la vente de cette huile sur toile, appelée Le couronnement d'épines et considérée jusqu'alors comme l'œuvre d'un peintre issu de l'école de l'Espagnol José de Ribera. «J'ai vu le tableau via une image envoyée sur WhatsApp par des amis antiquaires qui ont compris immédiatement qu'il pouvait s'agir d'un tableau très important et voulaient savoir ce que j'en pensais», déclare cette professeure à l'université Roma Tre. Pensant au début à un Battistello, l'un des disciples du Caravage, elle finit par «se rendre compte» que cet «Ecce homo» était une œuvre «du maître lui-même». «Mais je ne pouvais pas dire que c'était Le Caravage sans le voir.»
C'est alors que la direction du grand musée madrilène du Prado l'appelle pour lui demander son avis. Arrivée mercredi à Madrid, elle voit le tableau dans la maison d'enchères qui devait le mettre sur le marché. «Je n'ai plus eu de doute (...) c'était évident pour moi, c'était une œuvre du Caravage», dit-elle, en se disant confortée par «le fait que d'autres croyaient» au Prado et que Madrid a «interdit son exportation, ce qui, pour moi, est peut-être le résultat le plus important». Une décision prise par le gouvernement espagnol sur la base d'un rapport du Prado mettant en lumière «des preuves documentées et stylistiques suffisantes» pour envisager que l’œuvre soit de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage. Selon Maria Cristina Terzaghi, tout coïncide : «la tête du Christ», la brillance de son torse, «la tridimensionnalité des trois figures décalées dans une sorte de fondu presque cinématographique», la couleur du manteau du Christ, les dimensions du tableau.... 
Comme pour toute attribution d'un tableau à un grand maître, la question peut toutefois diviser le monde de l'art.
«Le temps qu'il faudra»
pour l'authentifier
Contacté par l'AFP jeudi, Eric Turquin, expert reconnu par toutes les maisons de vente françaises, n'a lui «pas du tout été convaincu par la photo». «Je ne vois pas la main de Caravage dans ce tableau. Le sujet est certes caravagesque, et il a été probablement peint entre 1600 et 1620 par un bon peintre, mais pas Caravage», a-t-il jugé. 
Le travail d'authentification «durera le temps qu'il faudra» et «tous les experts y participeront évidemment» en vue «d'obtenir des résultats, aussi proches que possible de la vérité», souligne Maria Cristina Terzaghi. «De toute évidence, l'attribution (d'une peinture) est quelque chose de très personnel, c'est une science qui n'est pas une science exacte, et à ce titre, tout le monde a une opinion différente, mais chaque opinion nous aide à comprendre quelque chose de plus sur la peinture», poursuit-elle.

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