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Culture

HIZAM DE HAMID BENAMRA PROJETÉ À ALGER L’art comme pulsation

Publié par Sarah Haidar
le 22.09.2018 , 11h00
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Dans un récit éclaté et vertigineux, Hamid Benamra livre un film d’une grande beauté sur le féminin, la danse, le retour vers soi et la générosité de l’art. Hizam, son film documentaire atypique, a été projeté jeudi à l’Auditorium du Palais de la culture d’Alger.
Hamid Benamra, cinéaste débridé, sculpteur du réalisme magique, scrutateur des beautés infimes, complice discret des héros ordinaires… Assia Guemra, chorégraphe, danseuse orientale contemporaine, architecte philosophique des transcendances, championne d’arts martiaux, professeure… Mohamed Malas, réalisateur syrien, la mélancolie faite homme, poète du spleen et des déconfitures d’une époque… Et puis, des dizaines de danseuses, se libérant et lévitant par le mouvement et la sublimation du corps, évoquant leur passion avec autant de poésie que d’auto-psychanalyse succulentes, narguant sans en donner l’air tous les clichés exsangues et vulgaires véhiculés sur leurs corps… Le film qui devait raconter cette rencontre a mis seize années à voir le jour. Un temps nécessaire à la maturation d’une œuvre aussi libre et inclassable que les femmes au centre de l’écran. Celles-ci, longtemps assignées à leurs seuls attributs charnels, érotisées et sexualisées à outrance, destinées au plaisir du regard masculin, se révèlent devant la caméra dans leur pleine complexité, dansant d’abord pour la reconquête d’ellesmêmes et l’invention d’un nouveau rapport au monde. En parfait accord avec ces corps devenus esprits, le cinéaste abandonne la posture confortable du documentariste neutre et statique pour épouser, dans sa moindre oscillation, ce mouvement de la vie faite d’art. Libéré de toute contrainte académique, il n’hésite pas à bousculer, voire dérouter le spectateur, en injectant à sa caméra les spasmes et les pulsations d’Assia Guemra et de ses élèves. Fractionné comme une danse aux multiples tempos, Hizam s’affranchit des codes et plonge dans une rare folie créative de ceux qui, ayant atteint une liberté périlleuse, ne calculent jamais la conformité de leur œuvre aux goûts supposés du futur spectateur. Pris dans le vertige gracieux d’une chorégraphie sauvage, Benamra veut déconstruire notre rapport au temps et à l’image, brouiller les repères classiques d’un documentaire sagement structuré et confronter notre regard à d’autres possibilités formelles. Pendant seize ans, les images et les pas de danse s’accumulent, ponctués par les réflexions aériennes de Assia Guemra, la douce tristesse de Mohamed Malas, les témoignages émouvants des jeunes danseuses… Comment alors rassembler tout cela pour raconter, sans démonstration, le féminin dans ce qu’il a de plus insaisissable ? Le réalisateur a fait le choix salutaire de rejeter la pédagogie et le folklore mais aussi de mettre en place un dispositif cinématographique intuitif et épidermique où la mise en scène vient naturellement danser avec Guemra et ses amies, atteignant comme elle cette apesanteur euphorique où corps et caméra jouissent sans entraves.
Sarah Haidar

 

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