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Entretien

L’OIM ORGANISE SON PREMIER VOL À PARTIR D’ALGER Le billet retour de la dignité

Publié par Tarek Hafid
le 18.11.2019 , 11h00
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L’Organisation internationale pour les migrations a organisé, la semaine dernière, sont premier vol de retour volontaire à partir de la capitale. 108 passagers originaires de 6 pays d’Afrique subsaharienne ont bénéficié du programme de l’agence onusienne. Malgré l’échec dans le projet migratoire, le retour vers le pays d’origine se déroule dans le respect de la dignité.

Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - Agé d’à peine quelques mois, le petit Blaisinafio dort confortablement contre le dos de sa maman Akinrolavo. Le brouhaha du terminal 3 de l’aéroport d’Alger ne semble pas déranger le bébé. Agé de 26 ans, Akinrolavo est heureuse de retourner chez elle à Lagos. « C’est le plus beau jour de ma vie, je vais revoir mon mari et mes deux enfants », dit-elle les larmes aux yeux. La jeune femme est arrivée en Algérie en 2016. « Je voulais aller en Europe, mais c’était très difficile. J’ai beaucoup souffert en Algérie, surtout lorsque j’étais enceinte. J’ai réussi à trouver de l’aide à la chapelle de Bordj-el-Kiffan. Je suis fatiguée, je préfère rentrer chez moi, parmi les membres de ma famille. Je suis styliste, je vais pouvoir ouvrir un petit atelier grâce au soutien de l’OIM .» 
Akinrolavo et Blaisinafio font partie des 108 passagers du vol Air Algérie AH5350 qui s’est envolé mercredi 13 novembre à destination de Bamako, au Mali. 
« L’appareil a été affrété par l’Organisation internationale pour les migrations pour un vol de retour volontaire. C’est le premier vol à partir d’Alger. Une première expérience a eu lieu le 10 octobre dernier avec l’organisation d’un vol entre Tamanrasset et Niamey durant lequel nous avons transporté 166 migrants bénéficiaires du programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration. D’autres vols sont prévus ces prochaines semaines», explique Wassila Ould Hamouda, cheffe de l’unité politique, liaison et développement au bureau de l’OIM d’Alger. Les ressortissants de 6 pays étaient concernés par cette première opération de rapatriement à partir d’Alger : Cameroun,  Mali, Nigeria, Bénin, Guinée et Sénégal. « Bamako est la première étape. Ils seront ensuite transportés vers leur pays d’origine », note Wassila Ould Hamouda. 

«Dieu a changé ma destination»
Keita Sédéké, un jeune Guinéen en survêtement rouge, est en Algérie depuis le mois de février dernier. « Je suis arrivé par le Mali et j’ai rejoint la ville de Tamanrasset. Ensuite, j’ai fait le voyage jusqu’à Alger. Je voulais partir en Europe. Mais là je dois revenir chez moi car j’ai un problème familial. Dieu a changé ma destination », regrette-t-il. 
Keita avoue regretter de partir. Il était soudeur dans des chantiers de construction à Ouled Fayet. « J’ai mis quelque temps à m’habituer à l’Algérie, mais je dois dire que je n’ai pas eu de difficultés ici. Il y a beaucoup de travail, même si ce n’est pas toujours bien payé .» Le jeune homme dit ne pas avoir souffert du racisme. « Tu n’as pas le temps de subir ça dans les chantiers. On travaillait trop .» 
Les migrants présents mercredi dernier à l’aéroport d’Alger ont déposé leur demande de retour volontaire auprès de l’OIM environ 45 jours avant le départ. 
L’organisation d’une telle opération nécessite toutefois des mécanismes de coordination entre les autorités algériennes, les ambassades des pays d’origine et l’OIM. Le processus débute par une prise de rendez-vous du migrant avec des conseillers de l’agence de l’ONU dont le siège est à El-Biar. Le conseiller confirme que la personne est éligible au retour  et détermine la nature de l’assistance dont elle pourrait bénéficier dans son pays d’origine. Les migrants doivent également avoir un passeport ou un laissez-passer. L’OIM se charge alors d’obtenir ces documents auprès des ambassades des pays d’origine. En parallèle, l’organisation internationale entre en contact avec les autorités algériennes afin de régulariser provisoirement leur présence sur le territoire algérien, ces derniers étant tous en situation irrégulière. Un service d’assistance médicale est également assuré avant, pendant et après le retour. Pour le transport aérien, l’OIM a signé une convention avec Air Algérie afin d’assurer des vols spécifiques. 

Conditions précaires
Amadou Kamara vient juste de déposer ses bagages au guichet d’enregistrement. Il partira à Conakry après son escale malienne. « Quand je suis arrivé, j’ai passé 3 mois sans travailler. J’ai survécu grâce à l’argent que m’envoyaient mes parents. Puis j’ai pu travailler dans des chantiers, c’était difficile au début et pas très bien payé. J’arrivais à avoir 1 200 DA par jour .» Le travail de chantier a été fatal pour Amadou. Il est tombé du haut d’une dalle. « Le patron m’a emmené à l’hôpital de Réghaïa puis il a disparu. J’ai été hospitalisé durant deux semaines. Ensuite, mes parents m’ont demandé de rentrer au pays .» Le jeune Guinéen n’est pas une exception. Comme lui, des milliers de migrants travaillent dans des conditions précaires, sans assurance ou contrat de travail. 
L’enregistrement des bagages finalisé, tous les migrants pénètrent dans la salle d’embarquement. Les formalités de police ont été effectuées 72 heures avant grâce au ministère de l’Intérieur qui a mis à la disposition de l’OIM le centre de transit de Dély Brahim. « Les services de police ont effectué les opérations d’identification des personnes au sein du centre. Cette procédure permet d’éviter les retards le jour du départ. Nous sommes dans un réel processus de coopération avec les autorités algériennes », assure Wassila Ould Hamouda. Akinrolavo et Blaisinafio passent la porte de la salle d’embarquement. Le bébé dort encore blotti entre les hanches de sa maman. Dans quelques jours, ils seront à Lagos. Mais rien ne garantit qu’Akinrolavo ne soit tentée par un nouveau départ vers le Nord.
T. H. 

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