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Etude

Le Moustique-tigre de retour ! I. Un vecteur de virus dangereux

Publié par LSA
le 07.06.2020 , 11h00
1902 lectures

Par Pr Kamel Sanhadji(*)
«Le temps met tout en lumière.»
(Thalès, vers 625 av. J.-C. – 546 av. J.-C., philosophe, mathématicien).

Préambule
Des signaux récents plaident en faveur de la présence du moustique-tigre, vecteur potentiel des virus Zika, chikungunya et de la dengue, au niveau de certaines wilayas algériennes.
Aussi, et dès maintenant, faudrait-il le préciser en cette période difficile de la pandémie de Covid-19 que nous vivons, le présent article ne se veut pas polémique dans le sens de rajouter de l’angoisse. Loin de là. Il se veut pédagogique et surtout ayant pour objectif d’anticiper, pendant qu’il est temps, à prendre les mesures d’éradication des foyers de moustique-tigre au niveau des habitations en particulier pour l’élimination des gîtes larvaires potentiels autour des domiciles (eau stagnante dans les soucoupes, gouttières, vases, seaux, détritus, pneus stockés...) pour priver les moustiques des sites où leurs larves peuvent se développer.

Introduction
L'Aedes albopictus, appelé communément moustique-tigre, est originaire des forêts d'Asie du Sud-Est (mais importé aussi). Il se développe désormais majoritairement en zone urbaine, propice à sa reproduction, et se déplace peu au cours de sa vie (de 50 à 200 mètres autour de son lieu de naissance). Seule la femelle pique, pendant la journée, surtout au lever du jour et au crépuscule en fin d’après-midi, principalement à l'extérieur des habitations. 
Cet insecte exotique a une période d'activité estimée du 1er mai au 30 novembre. Cependant, la lutte contre ce moustique ne s'arrête pas au début de l'hiver car les œufs pondus peuvent éclore dès que les conditions climatiques sont favorables, à la sortie de diapause (forme de vie ralentie).
L’homme est très exposé à ce moustique qui pique le jour et la nuisance ressentie est donc forte. Mais aussi et surtout car il peut transmettre à l'homme une vingtaine de virus dont celui de zika, du chikungunya et de la dengue, des arboviroses (virus transmis par des arthropodes comme les moustiques ou les tiques) tropicales en progression constante dans le monde.
Comme les arboviroses sont principalement des zoonoses (transmission de l’animal à l’homme), quelques espèces peuvent être amplifiées chez l’homme et ont, de ce fait, un potentiel épidémique, notamment zika, chikungunya et la dengue.
Nous allons donc nous intéresser, selon une démarche pédagogique à : -I) caractériser le vecteur de ces viroses qu’est le moustique-tigre ; aux :  -II) virus zika, -III)  chikungunya et, -IV) la dengue.

Le moustique-tigre Aedes albopictus
Le moustique-tigre est de petite taille (5 à 7 mm). Il a un corps noir tacheté de blanc et des anneaux blancs et noirs sur ses pattes, d'où son nom de tigre. Son apparence caractéristique permet de le distinguer facilement des moustiques urbains locaux. Le moustique-tigre vole assez mal et pique plutôt sur les jambes.

Lieux de prédilection : jardins et eaux stagnantes
Le moustique-tigre est une espèce invasive originaire des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est. En effet, en vingt ans, ce moustique a colonisé les 5 continents. Cette expansion géographique s’explique par le développement du transport international terrestre de marchandises et par le trafic international de pneus usagés (on retrouve des œufs du moustique-tigre dans ces pneus). Il s’agit d’un moustique particulier ayant des capacités de coloniser aussi rapidement de nouveaux environnements avec une importante plasticité physiologique et une capacité d’adaptation rapide. Le moustique-tigre est en constante progression et on le retrouve dans beaucoup de pays européens. Pour transmettre les virus qu’il véhicule, il doit, au préalable, avoir déjà piqué une personne infectée par ces virus. Dans ce genre de cas, une déclaration est effectuée auprès des services officiels, qui déclenchent alors une  démoustication aux alentours du foyer, du lieu de travail et des lieux dans lesquels la personne infectée s’est rendue. Cette démoustication a pour objectif d’éliminer les moustiques-tigres qui auraient pu piquer la personne malade et qui auraient donc pu devenir porteurs de ces virus et débuter une épidémie de Zika, de chikungunya ou de dengue dans une contrée donnée.
Le moustique-tigre apprécie particulièrement l’environnement humain et colonise surtout les environnements urbains et péri-urbains. Dans ces environnements, le moustique-tigre utilise toutes sortes de récipients et réservoirs artificiels d’eau (vases, pots, sous-pots, jouets d’enfants, bidons, gouttières, toits plats mal drainés,…) pour y déposer ses larves. Il a pris l’habitude de pondre dans toutes sortes de réservoirs, naturels ou artificiels. Il s’agit généralement de toutes petites réserves d’eau stagnante. Pour se protéger, la mesure la plus importante à prendre est d’éliminer de son entourage toute source d’eau stagnante. Aussi, privilégier également le port de vêtements longs, amples et clairs (le moustique-tigre est attiré par le noir).
Le moustique-tigre, contrairement au moustique commun de nos régions, est agressif et actif en journée. En général, toutefois, sa piqûre est bénigne. Elle peut, dans certains cas, provoquer des inflammations et des réactions allergiques. Mais surtout, elle peut transmettre jusqu'à 30 virus différents dans les pays de la zone tropicale. Sachant qu'une femelle moustique peut potentiellement donner naissance à quelque 3 000 moustiques et que, pour cela, elle a besoin de sang.
Il ne faut pas perdre de vue que le moustique-tigre sévit pas loin de son lieu de naissance. Ce dernier peut être considéré comme un indice potentiel d’un foyer épidémique. En effet, le moustique-tigre se déplace dans un rayon de 50 à 200 mètres autour de son lieu de naissance et pond ses œufs dans des récipients remplis d'eau. Pour éviter une infestation de moustiques-tigres dans une région colonisée par cette espèce, il est donc important de supprimer les lieux de ponte potentiels (les œufs se transformant ensuite en larves), et donc de faire la chasse aux eaux stagnantes. Pour cela, il est recommandé de ne pas laisser dehors des récipients qui pourraient se remplir d'eau de pluie (seaux, jouets d'enfants...), d’entretenir les gouttières des habitations, de vider régulièrement les soucoupes des pots de fleurs, de couvrir les réserves d'eau (telles que les récupérateurs d'eau de pluie) avec un drap ou une moustiquaire.
Si possible, ne pas laisser traîner de déchets végétaux au sol dans les jardins car le cycle de développement des larves étant environ d'une semaine. Si toutes les semaines, on fait le tour de son jardin et on vide les eaux stagnantes, on arrive à bloquer le développement du moustique-tigre. Si le moustique est implanté près de chez soi, c'est la seule stratégie qui fonctionne vraiment, plus efficace que les produits insecticides susceptibles d'être utilisés, et c'est une méthode écologique.
Cela diminue la prolifération de ce moustique et le risque de se faire piquer, et prévient le risque de transmission des virus zika, chikungunya et dengue. 

Le virus Zika
En 2016, au Brésil, on a remarqué que la très forte hausse du nombre de cas de microcéphalie (croissance anormalement faible de la boîte crânienne et du cerveau) chez des nourrissons coïncide avec une sévère épidémie du virus zika. Ce dernier est transmis par le moustique-tigre qui est apparu deux ans auparavant en Amérique du Sud. 
Le virus zika avait inquiété fortement les Brésiliens. En effet, plus de 2 700 bébés sont nés, en 2016, atteints de microcéphalie alors que seuls 150 cas de ce syndrome avaient été signalés l'année d’avant. Incurable, cette malformation pourrait être liée au virus zika, transmis par les moustiques-tigres. L'augmentation du nombre de cas en quelques mois avait préoccupé sérieusement les autorités sanitaires brésiliennes. Elles avaient lancé un avertissement recommandant aux femmes enceintes de prendre toutes les précautions pour éviter les piqûres de moustiques. Comme pour le VIH/sida ou la grippe H1N1, au début d’une épidémie, on peut surestimer ou sous-estimer la situation. 
À cette époque, le problème résidait dans la difficulté de détection du virus zika et dans les modes de transmission qui n’étaient pas complètement démontrés. De plus, c’est ce même moustique-tigre qui est à l’origine de la transmission des virus de la dengue et du chikungunya.
En ce qui concerne les preuves, les chercheurs ont établi le lien entre la maladie et le moustique après avoir découvert la présence du virus chez un nourrisson décédé et qui était né avec une microcéphalie et d'autres maladies génétiques. L'alarme a redoublé lorsque la présence du zika a été détectée dans le liquide amniotique de femmes enceintes qui avaient les symptômes du virus et dont les fœtus ont été diagnostiqués avec une microcéphalie. On était en droit de s’inquiéter à cause des malformations fœtales (certes, dans une faible proportion des femmes touchées) qui semblent être liées à ce virus.

Le virus zika, un cousin des virus chikungunya et de la dengue
Il s’agit d’un virus qui a été découvert et isolé pour la première fois en Ouganda en 1947 dans une région appelée Zika. Il est responsable de la fièvre du même nom et se transmet par la piqûre d'un moustique infecté. Il provoque des boutons, de la fièvre, des maux de tête et des arthralgies (douleurs articulaires). D'autres vertébrés tels que les chèvres, les éléphants, les lions, les zèbres et les hippopotames peuvent aussi être infectés. Le virus est surtout présent dans les zones tropicales d'Afrique et d'Asie.
L'infection à virus Zika est une maladie due à un arbovirus appartenant à la famille des Flaviviridae comme ceux de la dengue, de la fièvre du Nil occidental (virus West Nile) et de la fièvre jaune. Le virus est transmis par les moustiques du genre «Aedes».
La première épidémie documentée est survenue en Micronésie en 2007, la deuxième en Polynésie française de novembre 2013 à février 2014. Le virus a ensuite circulé en Nouvelle-Calédonie et dans d’autres îles du Pacifique.

En mai 2015, une épidémie a débuté au Brésil pour s’étendre à plusieurs pays des Amériques dont la Colombie, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Salvador, le Suriname, le Venezuela. 
Depuis février 2015, les Samoa dans le Pacifique puis le Cap-Vert en Afrique de l’Ouest rapportent aussi une circulation du virus Zika. 
À la fin de décembre 2015, des premiers cas ont été rapportés dans les départements français des Antilles (Guyane et Martinique).

Comment se transmet le virus Zika ?
La transmission se fait par l’intermédiaire d’un moustique du genre Aedes dont «Aedes aegypti» et «Aedes albopictus» (moustique-tigre). C’est ce que l’on appelle une transmission vectorielle.
La phase virémique (présence du virus dans le sang), peu documentée, est plus courte qu'au cours de la dengue. Elle débuterait avant l'apparition des signes cliniques et durerait deux à cinq jours. 
Pendant cette période, la personne infectée par le virus Zika est contaminante pour les moustiques qui la piqueraient. Le virus se réplique ensuite dans le moustique qui devient contaminant, à son tour, quelques jours plus tard. Il pourra, à l’occasion d’une autre piqûre, transmettre le virus à de nouvelles personnes.
Il faut éviter qu’une personne infectée ne soit piquée en phase virémique par un autre moustique, afin de ne pas développer ou entretenir le cycle de transmission du virus.
À côté de ce mode de transmission vectorielle, d’autres modes de contamination existent en particulier sexuel, sanguin et materno-fœtal. 
Un cas de transmission sexuelle avait été rapporté aux États-Unis chez un patient malade de retour du Sénégal qui a contaminé sa femme qui n’avait pas voyagé alors que le virus Zika n’était pas présent aux États-Unis. Cette observation est cohérente avec la mise en évidence du génome viral et de particules infectieuses dans le sperme lors de l’épidémie du virus Zika en Polynésie française.  Ce mode de transmission semble être nouveau, dans le cas du virus Zika, car il n’a jamais été décrit auparavant.
Quant à la transmission par transfusion sanguine, elle n’a jamais été mise en évidence pour le virus Zika mais le risque ne peut être écarté.  
La transmission périnatale a été rapportée lors de l’épidémie en Polynésie française où deux cas de transmission materno-fœtale ont été décrits. 
Les mamans et les enfants ont présenté des signes cliniques classiques d’infection par le virus Zika et la maladie a évolué favorablement. Le génome viral a été détecté dans le sang, les urines de la mère et du nouveau-né et aussi dans le lait maternel. Toutefois, les investigations réalisées n’ont pas permis de mettre en évidence le virus infectieux dans le lait (le virus n’a pas pu être isolé). L’infection des nouveau-nés est supposée s’être produite par voie transplacentaire ou lors de la délivrance. La transmission par le lait n’a pas été démontrée mais la question reste posée par analogie avec ce qui a été rapporté avec deux autres virus de la même famille : le virus de la dengue et le virus West-Nile. 
K. S.
(À suivre)

(*) Professeur des universités, directeur du Centre de recherche en sciences pharmaceutiques, Constantine.

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