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Le Moustique-tigre de retour ! V et fin. Un problème d'hygiène publique

Publié par LSA
le 11.06.2020 , 11h00
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Par Pr Kamel Sanhadji(*)

Transmission
Le moustique Aedes aegypti est le principal vecteur de la dengue. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées. Après une incubation de 4 à 10 jours, un moustique infecté peut transmettre le virus tout le reste de sa vie.
L’être humain infecté, manifestant ou pas des symptômes, est le principal porteur du virus ; il permet sa prolifération et sert de source de contamination pour les moustiques qui ne sont pas encore infectés. 
Les sujets infectés par le virus de la dengue peuvent transmettre l’infection (pendant 4 à 5 jours et au maximum 12 jours) par l’intermédiaire des moustiques du genre Aedes après l’apparition des premiers symptômes.
Le moustique Aedes aegypti vit en milieu urbain et se reproduit principalement dans des conteneurs produits par l’homme. Contrairement à d’autres moustiques, il se nourrit le jour, avec un pic d’activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule. Pendant chaque période où elle se nourrit, la femelle pique de multiples personnes.
Aedes albopictus, vecteur secondaire de la dengue en Asie, s’est propagé en Amérique du Nord et dans plus de 25 pays européens, en grande partie à cause du commerce international de pneus usagés (un gîte larvaire) et du mouvement des marchandises (par exemple la canne chinoise ou lucky bambou). Cette espèce a une très grande faculté d’adaptation et peut donc survivre dans les régions plus tempérées et plus fraîches de l’Europe. 
Sa propagation est due à sa tolérance aux températures en dessous de 0°C, à sa possibilité d’hiberner et à sa capacité de s’abriter dans des micro-habitats.

Symptômes
La dengue «classique» se manifeste brutalement après 2 à 7 jours d’incubation par l’apparition d’une forte fièvre souvent accompagnée de maux de tête, de nausées, de vomissements, de douleurs articulaires et musculaires et d’une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole. Au bout de 3 ou 4 jours, une brève rémission est observée, puis les symptômes s’intensifient (des hémorragies conjonctivales, des saignements de nez ou des ecchymoses pouvant survenir)  avant de régresser rapidement au bout d’une semaine. La guérison s’accompagne d’une convalescence d’une quinzaine de jours. La dengue classique, bien que fort invalidante, n’est pas considérée comme une maladie sévère comme l’est la dengue hémorragique ou dengue sévère. 
En ce qui concerne cette dernière, des complications sont observées chez certains patients, et pour des raisons mal élucidées, le tableau clinique de la maladie peut évoluer selon deux formes graves : la dengue hémorragique puis la dengue avec syndrome de choc qui est mortelle.
La forme hémorragique de la maladie, qui représente environ 1% des cas de dengue dans le monde, est extrêmement sévère : la fièvre persiste et des hémorragies multiples, notamment gastro-intestinales, cutanées et cérébrales, surviennent souvent. Chez les enfants de moins de quinze ans notamment, un état de choc hypovolémique peut cependant s’installer (refroidissement, moiteur de la peau et pouls imperceptible signalant une défaillance circulatoire), entraîner des douleurs abdominales, et, sans perfusion, provoquer la mort. Dans tous les cas, un diagnostic virologique, précis et rapide, est utile afin de confirmer l’étiologie à la fois pour la prise en charge des patients et pour les systèmes de surveillance de santé publique afin de lancer l’alerte et renforcer les moyens de lutte antivectorielle.

Diagnostic
D’un point de vue diagnostique, l’infection par le virus de la dengue peut être confirmée par différentes méthodes. La recherche directe du virus se fait par amplification génique (PCR) de l’ARN viral présent dans le sang des patients. Cette technique, rapide et sensible, est actuellement la seule qui permette d’établir un diagnostic pendant la phase clinique. 
La détection sérologique est également possible par la mise en évidence de la séroconversion des patients par la recherche des anticorps spécifiques produits au cours de l’infection, mais ces derniers apparaissent au plus tôt 4 ou 5 jours après le début des fièvres. 
La recherche par immunocapture (technique Elisa) de la présence d’antigènes viraux autres que la particule virale, comme la glycoprotéine non structurale NS1 circulant dans le sang des patients pendant la phase clinique pourrait s’avérer une alternative avantageuse aux différentes techniques généralement usitées.

Traitement
Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue.
Aussi, il n’existe pas à l’heure actuelle d’immunoprophylaxie contre la dengue. Envisager une vaccination contre une infection par le virus de la dengue supposerait que l’on puisse induire une réponse immune appropriée sans déclencher de phénomène de production d’anticorps facilitants qui pourraient prédisposer le sujet vacciné à développer les formes sévères de la maladie en cas d’infection par le virus sauvage. 
Une approche complexe mais prometteuse consiste à vacciner les individus contre les quatre sérotypes de la dengue simultanément, en utilisant une combinaison de plusieurs souches virales atténuées. Différentes études cliniques sont en cours chez l’homme pour évaluer l’efficacité et l’innocuité de telles préparations
Pour la dengue sévère, une prise en charge par des professionnels de santé  expérimentés et connaissant les effets et l’évolution de la maladie peut sauver des vies en ramenant le taux de mortalité de plus de 20% à moins de 1%. 
Il est essentiel de maintenir les volumes liquidiens (éviter l’hypovolémie) du patient dans le traitement de la dengue sévère.
En conclusion, la forte présence de vecteurs de maladies transmissibles, tels les moustiques, dans un lieu habité conduit à la modification des modes de vie, notamment dans la conception et l’utilisation des habitats. On pense à l’air conditionné, aux eaux stagnantes (sous les dalles, dans des soucoupes, vases et pots de jardin abandonnés, stockage de pneus usagés), aux moustiquaires imprégnées ou non, aux choix vestimentaires. Certains modes de vie favorisent la multiplication des vecteurs avec l’amplification continue des transports de passagers ou de marchandises dans le monde sans prise en compte simultanée du lien possible avec la multiplication des vecteurs. 
À cela s’ajoute la difficulté d’appréhender, à la fois le long et le court terme, les effets sur la santé à court terme (la microcéphalie, par exemple) ou à long terme (l’atteinte du système nerveux pouvant entraîner une maladie de Parkinson).
 Au vu des contradictions entre les demandes de certains acteurs (industriels et usagers), une réglementation moderne à imposer est nécessaire en matière d’aménagements susceptibles de capter des eaux stagnantes. 
Gageons que ces problématiques et paradoxes ne résisteront pas aux réponses apportées, d’une part, par le civisme de la population et, d’autre part, du sens de responsabilité et de l’action par les pouvoirs publics.
K. S.

(*) Professeur des universités, directeur du Centre de recherche en sciences pharmaceutiques, Constantine.

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