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Le Moustique-tigre de retour ! VI.Quelle prise en charge pour le chikungunya ?

Publié par LSA
le 10.06.2020 , 11h00
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Par Pr Kamel Sanhadji(*)
Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique du chikungunya. La prise en charge est donc avant tout symptomatique afin de soulager la douleur et la fièvre (antalgiques, antipyrétiques) : paracétamol et anti-inflammatoires non stéroïdiens. L’immunité est acquise. Il n’y a pas de vaccin actuellement disponible mais un vaccin expérimental assez efficace est en cours d’exploration chez le singe macaque et chez la souris. Il dérive de celui de la rougeole et est en phase II de l’essai clinique.
Il est nécessaire d'expliquer au patient et à son entourage les mesures de protection des moustiques afin d'éviter une transmission au domicile. Pendant la phase virémique (présence du virus dans le sang) de la maladie, le patient devra ainsi se protéger des piqûres de moustiques, afin d’éviter que ceux-ci s’infectent et puissent ainsi, à leur tour, transmettre la maladie dans son entourage, quelques jours plus tard (après la phase de multiplication du virus dans le moustique, dite phase extrinsèque).

Comment prévenir la maladie au niveau individuel
Il n’existe actuellement pas de vaccin commercialisé ni de traitement préventif contre l’infection du chikungunya.
La prévention individuelle repose donc essentiellement sur les moyens de protection contre les piqûres de moustiques (répulsifs en spray ou crèmes, serpentins, diffuseurs électriques, vêtements longs, moustiquaires). Le moustique vecteur pique la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée. Les produits répulsifs (hors araignées, scorpions, scolopendres et hyménoptères) recommandés en particulier aux voyageurs sont composés de diverses molécules telles que le N,N-diéthyl-m-toluamide (DEET), le N-acétyl-N-butyl-bêta-alaninate d’éthyle (IR 3535), le carboxylate de Sec-butyl 2-(2-hydroxyéthyl pipéridine-1/Icaridine (KBR 3023) et le mélange de cis- et trans-p-méthane-3,8 diol (PMDRBO).

Quelles sont les mesures de lutte contre les moustiques utilisables pour prévenir la diffusion du chikungunya ?
La lutte contre les vecteurs d’agents pathogènes, comme par exemple les moustiques, est qualifiée de lutte antivectorielle. Dans son acception la plus large, cette lutte antivectorielle comprend la lutte et la protection contre ces insectes. La lutte antivectorielle s’appuie sur des méthodes qui diffèrent selon les vecteurs et selon les contextes épidémiologique et socioéconomique. 
Elle inclut la lutte chimique, la lutte biologique, la lutte génétique, l’action sur l’environnement, l’éducation sanitaire, la mobilisation sociale et l’évaluation permanente de toutes ces méthodes. Son objectif est de contribuer, aux côtés d’autres actions de santé publique, à diminuer les risques d’endémisation (installation durable d’une maladie dans une région) ou d’épidémisation, à diminuer la transmission d’agents pathogènes par des vecteurs, à gérer les épidémies de maladies à vecteur, le tout dans un cadre stratégique formalisé.
En fonction de l’échelle à laquelle cette lutte contre les moustiques est réalisée, on distingue la lutte réalisée à l’échelle de territoires (wilayas, communes) de celle réalisée au niveau individuel, qui vise plus particulièrement les lieux de développement des moustiques qui se situent à proximité directe des habitations : marécages (ou «merdjas»), eaux stagnantes au niveau des pneus stockés, des pots de fleurs et des bacs vides et abandonnés…
La lutte antivectorielle, à l’échelle des territoires, est réalisée par des services publics de démoustication.
Elle a deux composantes. L’une larvicide, dont l’action est dirigée spécifiquement contre les larves de moustiques et, l’autre  adulticide, dont l’action est dirigée spécifiquement contre les moustiques adultes.
La lutte communautaire est de la responsabilité de tous.
Au niveau individuel, elle peut être réalisée de deux manières. L’une, par la destruction des gîtes larvaires potentiels autour des habitations (eau stagnante dans les soucoupes, gouttières, vases, seaux, détritus...) pour priver les moustiques des sites où leurs larves peuvent se développer. L’autre par la protection individuelle contre les piqûres de moustique comme cité plus haut.
En conclusion, le chikungunya est un virus transmis d’homme à homme par le moustique tigre (uniquement les femelles car le mâle ne pique pas) s’exprimant par la «maladie de l’homme courbé» en raison des symptômes liés aux douleurs musculaires et articulaires. Après un délai d’incubation de 2 à 10 jours, la personne infectée est atteinte de polyarthrite aiguë, touchant les poignets, les chevilles et les genoux principalement. Maux de tête, douleurs musculaires et éruption cutanée sur le tronc et les membres sont aussi des symptômes courants. 
Si la maladie se soigne relativement bien, elle peut être fatale aux personnes les plus fébriles, notamment les jeunes enfants et les personnes âgées. Pour s’en prémunir, des gestes simples et efficaces sont nécessaires en particulier le port de vêtements longs, l’utilisation de répulsifs cutanés, d’insecticides sur les vêtements, de moustiquaires, d’épandages d’insecticides et l’élimination des gîtes larvaires potentiels.

Le virus de la dengue
La dengue, aussi appelée «grippe tropicale», est une maladie virale transmise à l’homme par des moustiques du genre Aedes. L’incidence de la dengue progresse actuellement de manière très importante, et s’inscrit aujourd’hui au rang des maladies dites «ré-émergentes». L’OMS estime à 50 millions le nombre de cas annuels, dont 500 000 cas de dengue hémorragique («dengue sévère») qui sont mortels dans plus de 2,5% des cas. Deux milliards et demi de personnes vivent dans des zones à risque. Initialement présente dans les zones tropicales et subtropicales du monde, la dengue a désormais touché l’Europe où les deux premiers cas autochtones ont été recensés en 2010. 
A titre d’exemple, en 2014, le moustique vecteur est implanté dans 18 départements français. Le risque de propagation sera réel en cours des divers déplacements des personnes infectées («cas importés»). 

Origines et causes
Le virus de la dengue appartient à la famille des flavivirus  (comme le virus Zika, de la fièvre jaune, du Nil occidental). Il s’agit d’un arbovirus, car, lui aussi, est transmis par des arthropodes (insectes suceurs de sang comme les moustiques).
 Il existe quatre types (ou sérotypes DEN-1, DEN-2, DEN-3 et DEN-4)) différents de virus de la dengue, avec une immunité spécifique pour chaque sous-type, mais pas d’immunité croisée entre les 4 sous-types. 
Cela signifie qu’on ne peut pas être contaminé une seconde fois par un virus de même sérotype, mais qu’il est possible de contracter une dengue due à un des trois autres types. Selon une hypothèse soutenue par l’OMS, une deuxième contamination par un autre sérotype expose à un risque dix fois plus élevé (probablement à cause de l’existence d’anticorps dits «facilitants») de faire une forme grave que lors d’une première infection, mais cette théorie est actuellement contestée par de nombreux experts. 
La dengue est la plus fréquente des arboviroses humaines avec 50 millions de cas par an dans le monde. Son incidence a été multipliée par 30 en cinquante ans. Le virus de la dengue est longtemps resté cantonné à l’Asie du Sud-Est, avant de s’étendre à l’océan Indien, au Pacifique, à l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, aux Caraïbes, mais ne cesse de s’étendre du fait du développement urbain anarchique, de la multiplication des échanges internationaux et du changement climatique. Le virus a également quelques foyers importés en Europe.
K. S.
(À suivre)

(*) Professeur des universités, directeur du Centre de recherche en sciences pharmaceutiques, Constantine.

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