Rubrique
Haltes Estivales

Fouad, on ne change pas son destin !

Publié par Maâmar Farah
le 15.08.2019 , 11h00
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Au sortir de l'ère zéroualienne, marquée par une terrible répression contre la presse indépendante, orchestrée par Betchine, on pensait que l'arrivée du «libéral» Bouteflika allait mettre un terme à ces dérives. Il n'en fut rien et avant le grand scandale Benchicou, de nombreux journalistes d'El Watan, Liberté, El Khabar et le Soir d'Algérie furent traînés, sans ménagement, devant les tribunaux. Feu Fouad Boughanem et Hakim Laâlam n'échapperont pas à ces descentes policières d'un autre âge. Ils furent carrément embarqués pour être présentés au juge... C'est toujours pour avoir dit ou écrit la vérité que les journalistes sont poursuivis devant la justice !
Cet article, qui date de 2003, revient sur cet épisode. C'est l'avant-dernier de notre série «Haltes estivales».
Ce Fouad Boughanem, embarqué comme un vulgaire maraudeur par la police, je le connais bien. Je le connais même trop bien parce que j’ai eu à partager avec lui beaucoup de choses, des espoirs et des désillusions, des hauts et des bas, comme on dit, et je vous assure que ce n’est pas le gars qui aime se mettre à la « Une ». D’ailleurs, vous remarquerez que sa « tronche » est la moins connue parmi celles des responsables des cinq ou six titres qui dominent le marché de la presse quotidienne algéroise. J’imagine donc sa gêne extrême hier au moment où les feux de l’actualité se sont fixés sur lui, dans cette image rocambolesque et grotesque d’un embarquement dont il aurait aimé ne pas être le héros. Malgré lui, il a été au centre d’une grande mobilisation médiatique qui ne s’est pas arrêtée à nos frontières, mais a touché le cœur de beaucoup de confrères et d’organisations à travers le monde.
Cette timidité légendaire, qui reflète une grande quiétude et une sagesse édifiantes, est le signe d’une personnalité qui s’est forgée dans le feu du combat. Trop jeune pour rejoindre la révolution armée car il n’avait que sept années à l’indépendance du pays, il a brûlé son énergie débordante dans les luttes pour la justice sociale et l’égalité, côtoyant de grandes figures du mouvement estudiantin et juvénile, ainsi que des personnalités politiques et syndicales qui l’ont fortement marqué. Il était aussi pénétré par les grands courants ayant traversé cette véritable école de militantisme que fut la Jeunesse du Front de libération nationale, devenue, plus tard, l’Union nationale de la jeunesse algérienne. Ses premiers écrits journalistiques, il les dédia à cet organe virulent et agressif qu’était L’Unité, porte-parole de l’UNJA dont il a été, par ailleurs, un responsable actif.
Je ne sais pas comment, ni pourquoi il échoua au ministère des Moudjahidine, mais je sais qu’il utilisa son petit poste pour régler des centaines de situations d’anciens combattants – des vrais, cela s’entend — perdus dans les méandres d’une bureaucratie étouffante. Avec Mohammed Mansouri, chef de rubrique à El Moudjahid, il organisa un véritable pont médiatique entre les moudjahidine et le ministère pour répondre à toutes les questions et toutes les doléances de la famille révolutionnaire, à une époque où cette dernière n’était pas encore ballottée par les vents de l’opportunisme. C’est, d’ailleurs, ce même confrère, Mohammed Mansouri, qui me le présenta un jour à l’intersection des rues de la Liberté et Arago…
Depuis est née une amitié sincère qui se renforcera lorsqu’il rejoindra l’équipe d’Horizons où se trouvait déjà une pléiade de jeunes journalistes qui figurent aujourd’hui parmi les acteurs décisifs de la presse écrite (Rédha Belhadjoudja, Nacer Belhadjoudja, El Kadi Ihsène, Azizi Abdelaziz, Naâma Abbas, Saliha Aouès, etc.). Adopté rapidement par l’équipe, il sera, encore une fois, au centre du combat des journalistes pour la liberté d’expression à travers le rôle actif joué dans le Mouvement des journalistes algériens. On ne change pas son destin !
Embarqué avec moi et d’autres confrères dans l’aventure du premier quotidien indépendant, il apporta cet élément d’équilibre et de sagesse qui permit au groupe de rester soudé, malgré mille avatars. Il y a quelques années, il prenait la relève de Zoubir Souissi à la tête du Soir d’Algérie qui entamait une nouvelle étape de son développement marquée par l’introduction des nouvelles technologies, le passage à la couleur et une ligne éditoriale qui n’est certainement pas appréciée par beaucoup de professionnels, mais qui a l’avantage d’être claire et sans hypocrisie…
Voir cet homme que je respecte beaucoup dans la position du malfaiteur que l’on embarque m’a fait beaucoup de mal. Peut-être parce que, au fond de moi-même, je sais que les véritables voleurs, les grands truands, les patrons de la mafia, ceux qui trichent, pillent et dilapident les richesses publiques ne seront jamais inquiétés ! Cette injustice alimente la révolte qui bout en moi et renforce ma conviction, hurlée chaque semaine dans cet espace : ce n’est pas la lutte politicienne, ni les magouilles de sérail qui changeront les choses.
J’en reviens toujours au mouvement citoyen et à sa formidable capacité à forcer le destin. Si Benflis avait marché sur Alger le 14 août, s’il avait pris la responsabilité de foutre en l’air ce Parlement qui ne sert plus à rien, sinon à cautionner la politique du gouvernement, il aurait certainement fait avancer la cause de la démocratie… Et plus encore : s’il avait dit un mot, un seul mot sur les 127 martyrs de la Kabylie, s’il avait dit un mot, un seul, sur la cinquantaine de jeunes soldats massacrés par les terroristes dans les Aurès, il ne serait pas aujourd’hui dans la position de quelqu’un qu’on respecte mais que l’on trouve un peu « mou »…
Il faut arrêter de brandir le « sens des responsabilités » pour justifier ce qui apparaît comme une tiédeur excessive et un manque flagrant d’implication dans un combat où tous les coups sont permis ! Ce FLN, qui se targue d’être l’héritier du Front qui lança la révolution, retiendra-t-il les leçons de l’Histoire (...) ? Voilà une question que je ne poserai pas à Fouad Boughanem, parce que lui et ses confrères ont choisi la lutte pour la dignité, quel qu’en soit le prix !
Je sais que j’ai froissé, là, ta légendaire timidité et ta retenue exemplaire, comme j’ai dû contrarier ta discrétion, mais ta photo sur plusieurs «Une» a poussé ma plume vers ce modeste hommage…
Mais je sais, aussi, que tu me pardonneras ! Comme je sais que, dans cet Au-delà où il repose pour l’éternité, ton cher papa est aujourd’hui fier de son unique garçon !
M. F.
Publié le 9 octobre 2003.

P. S. : en tant que journaliste ayant vécu à Annaba et écrit le plus d'articles sur le phénomène Tliba, et cela depuis le mois de mai 2012, j'attends de savoir si j'ai menti aux lecteurs ou pas.
Si j'ai menti, j'assume. Mais si j'ai dit la vérité, alors, là, il y a problème : la justice a-t-elle une déficience oculaire pour rater une aussi voyante cible ?

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