Rubrique
Haltes Estivales

Je suis kabyle

Publié par Maâmar Farah
le 27.06.2019 , 11h00
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C'était la révolte kabyle du début des années 2000. Bouteflika discourt du haut de sa prétention et Zerhouni sombre dans la répression et la démagogie. Au Soir d'Algérie, pas d'hésitation lorsque la vie humaine est sacrifiée, la liberté mise en cage et la dignité bafouée ! Cette chronique aura bientôt 20 années !
 Il y a peu, un enfant né pour vivre libre, un digne fils du Djurdjura, était abattu par un gendarme. Ce gamin s’appelait Massinissa Guermah. Il reste présent dans nos cœurs et nos esprits et nous continuerons longtemps à évoquer son souvenir pour ne pas oublier la bêtise d’un système arrivé au bord de la faillite. C’est aussi l’occasion de célébrer tous les martyrs de la cause citoyenne. Et ils furent nombreux durant ces deux dernières années. Là où les enfants de la révolte se sont levés contre l’injustice et l’exclusion, coulant comme un torrent impétueux dans les artères de nos villes et villages, rappelant à tous qu’une démocratie ne se construit pas par les joutes oratoires dans les sombres et tristes assemblées de partisans, ni par les discours démagogiques, ni dans les luttes de sérail d’un autre âge, mais par le sacrifice des mômes de la liberté.
Ces gavroches des temps modernes sont sortis pour dire leur haine du système et demander des améliorations dans leurs conditions de vie misérables. Ils en avaient marre des promesses jamais tenues et voulaient en finir avec le chômage, la crise sociale aiguë, le laisser-aller et le désespoir. Leur mouvement n’a rien d’idéologique et n’appartient à aucune chapelle politique. Il est libre comme le vent qui souffle sur Tala Guilef et repose sur une revendication capitale : la liberté. Oui, la liberté, la vraie, pas celle qui s’écrit dans les Constitutions et se déclame dans les poèmes, ni celle que l’on ressasse tous les jours pour dissimuler l’esclavage. La liberté de choisir sa vie, sa langue, son destin personnel et collectif. La liberté de ne pas mourir bêtement d’ennui dans un village accablé par toutes les misères possibles et imaginables. Lorsque, au sortir de l’adolescence, les horizons se bouchent et que l’incertitude vous saisit à la gorge, il n’y a plus beaucoup de place pour l’espoir. Et pour tous ceux qui refusent de se résigner ou de faire le mauvais choix de l’exil, il y a la voie de la dignité et de l’honneur : la protestation, le mouvement de revendication populaire, la lutte pacifique pour faire entendre sa voix.
Non, Monsieur Zerhouni, ce n’étaient pas des voyous. Ils sont les dignes petits-fils des moudjahidine de Novembre et les enfants des révoltés d’Octobre. Ils ont le même courage, la même détermination et portent dans le cœur le même amour de l’Algérie, une Algérie qu’ils veulent unie et forte, mais libre et juste. Voilà comment ils sont ces mômes que vous n’avez pas compris et que vous continuez d’ailleurs d’ignorer. Je les connais trop bien. Il aurait suffi d’un geste, un seul geste fort et symbolique au lendemain des premiers dérapages pour calmer les esprits et faire comprendre à tous qu’il est possible de changer les choses dans la sérénité, la compréhension mutuelle et la confiance. Au lieu de cela, nous eûmes droit à un discours académique et totalement décalé qui apparaissait à tous comme une provocation!
Et de provocation en provocation, de répression en répression, le pouvoir maintient le cap sur la plus mauvaise des solutions avec à la clé un pourrissement de la situation et une région où tous les dérapages restent possibles. Dans cette crise, le système aura finalement montré toutes ses limites. Ce n’est pas seulement une question de volonté politique – totalement absente, il faut l’avouer –, c’est aussi et surtout le résultat d’une incapacité chronique à régler les problèmes d’une manière responsable. Ce pouvoir qui gère l’échec sur tous les fronts ne peut pas innover, inventer des solutions appropriées aux problèmes nouveaux qui se posent. Il est usé, corrompu, gâté. Ses formules d’un autre âge sont en décalage avec les besoins et l’esprit de notre époque. Ce système a une façade de démocratie, mais il interdit les réunions publiques, refuse la télévision aux véritables partis d’opposition, réprime les manifestations, agresse les parlementaires, menace de prison les journalistes et innove chaque jour dans l’art de la mystification.
L’impasse dans la crise kabyle est symptomatique de cette incompétence chronique qui relève d’un manque absolu d’imagination et d’efforts intellectuels. Avec cette nouvelle race d’hommes politiques vivant à l’heure de Paris, Londres ou Washington, nous avons désormais ce que l’on appelle les ministres coopérants; c’est-à-dire des responsables censés régler nos problèmes d’Algériens vivant en Algérie mais qui se soignent à l’étranger, ont leurs enfants qui étudient en Europe ou en Amérique, font leurs emplettes dans les quartiers huppés de Londres ou de Paris, achètent des appartements dans les grandes capitales occidentales! Alors à quoi sert l’Algérie? A régner? A se faire un nom? A demander des visas et des avantages pour les siens? A amasser de l’argent?
Peu importe. Ce que je sais, c’est que je ressemble à ces Kabyles qui n’ont pas de pays de rechange et qui luttent pacifiquement pour changer les choses. Les autres s’en fichent de notre avenir, car le leur est de l’autre côté. Entre deux carrières politiques, ils trouveront le moyen de s’exiler quelque part pour traverser le désert à leur manière. Nous appartenons à cette terre, à ces roches et à ces rivières, notre monde est fait de ces montagnes, de ces forêts et de ces plages que nous n’échangerons pour rien au monde. Notre destin est lié à l’Algérie profonde et réelle et c’est pourquoi nous voulons que les choses changent ici, pour notre bonheur collectif. Cette revendication ne peut pas être celle d’un personnel politique qui ne se satisfait plus des biens en dinars. Cette revendication est celle de tout un peuple ; elle est courageusement portée par sa jeunesse dans une région qui a toujours été à l’avant-garde des luttes politiques pour la liberté.
Que ce Printemps berbère soit celui de la victoire du bien sur le mal. Que la justice l’emporte sur l’injustice et que la vérité triomphe sur le mensonge. Nous avons fait le serment de ne pas oublier les chouhada de la Révolution. Il faut aujourd’hui considérer Massinissa et les autres mômes de la liberté comme les nouveaux martyrs du combat pour la liberté. Fleurir leurs tombes ne suffit pas. Il faut perpétuer leur lutte par l’engagement solidaire de tous les enfants de la liberté, de toutes les régions, de toutes les obédiences politiques pour qu’aboutisse la révolution citoyenne, celle qui donnera enfin aux Algériens le vrai goût de l’indépendance et de la démocratie !
M. F.

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