Rubrique
Ici mieux que là-bas

Café Bonbon, Oran !

Publié par Arezki Metref
le 24.11.2019 , 11h00
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Un problème de transmission a écourté de moitié cette chronique parue la semaine dernière. Nous en donnons ici l’intégralité. Nous présentons aux lecteurs nos excuses.
Vendredi 15 novembre, 17h30. Depuis le 22 février, le Café Bonbon, en face du siège des associations Bel Horizon et le Petit Lecteur, dans le quartier Miramar en bord de mer, est l’un des points de rendez-vous préférés des hirakistes. C’est là qu’ils se retrouvent après la marche qui, généralement, les mène de la place du 1er-Novembre (l’ancienne place d’Armes), où se trouvent le TRO (Théâtre régional d’Oran) et la mairie, au siège de la Wilaya (Bel Air). Le retour vers la place du 1er-Novembre se fait par le front de mer. Le Café Bonbon est effervescent, juste après la fin de la marche. Des jeunes et des moins jeunes sont regroupés autour de tables où ça discute ferme et haut. Une terrasse, en fait un bout de trottoir, prolonge la salle. Une terrasse intérieure occupe une sorte de cour couverte, pas moins envahie par le tintamarre.
Un bourdonnement fait de bribes de discussions fusionnant dans les mêmes volutes s’élève dans l’atmosphère enfumée. Plateaux en étain à la main, les serveurs slaloment entre les tables serrées les unes contre les autres. Café, thé, limonade, gâteaux garnissent les plateaux. Sur la terrasse extérieure, le vent gifle d’un froid marin les visages. M… m’accueille avec  cette bonhomie oranaise à l’accent chantant et me présente des amis qui reviennent comme lui de la marche. A… nous montre la pancarte qu’elle a confectionnée pour l’exhiber au Hirak. D’un côté, elle a peint le drapeau amazigh avec sa palette, jaune et vert, et de l’autre, elle a écrit un slogan opposé à l’élection présidentielle. Quelqu’un lui fait remarquer que son drapeau ajoute de la couleur à la marche. Elle dit qu’en dépit du chatoiement des tons de l’emblème national décliné sous toutes les coutures, elle trouve que le Hirak manque quelque peu de couleurs.
S’ensuit une discussion sur la présence des femmes dans le Hirak. Comme dans les autres villes algériennes, à Oran, il y a une forte présence féminine dans les défilés. Il n’y a pas que les militantes aguerries, non ! Il y a aussi des femmes au foyer qui rejoignent, dans la protestation, leurs époux ou leurs enfants, faisant fi des barrières sociales qui les contraignent à rester cloîtrées chez elles.
A... aborde un sujet inattendu : le développement durable. Elle explique qu’elle allait suivre une sorte de formation pour acquérir des notions d’écologie. Dans la discussion qui s’enclenche, on comprend bien qu’au lieu de nous éloigner du Hirak, le propos nous en rapproche, tout  au contraire. On a pu reprocher à ce dernier de se limiter à un générique utopique, ­— « dégagez tous ! » —, et de n’avoir pas de contenu. Le débat sur le développement durable et le respect de l’écologie est, on le voit ici, l’un des contenus possibles de la protestation, tournée vers un pouvoir qui veut non seulement privatiser les ressources énergétiques au profit de sociétés multinationales connues pour leur rapacité mais aussi ouvrir le sous-sol algérien à l’exploitation du gaz de schiste, interdite dans certains pays qui voudraient la pratiquer sans vergogne chez nous.
A toutes les tables, on entend des analyses de la situation locale, des anecdotes, des projections, des inquiétudes aussi. On voit bien ici que le Hirak est en soi un univers et qu’il enveloppe toutes les pensées, les sensations, l’instant.
Les élections vont-elles se tenir dans des conditions aussi improbables ? On évoque des amis du cru qui surprennent pour avoir commencé par s’opposer à Bouteflika et à s’intéresser au Hirak, puis qui ont fini par être gagnés, par alignement, à l’élection présidentielle.
La révolution du 22 février opère des décantations à des endroits inattendus. On voit aussi, ici comme ailleurs, des militants progressistes lutter toute leur vie pour le changement en faveur des masses et maintenant que le peuple porte d’une certaine façon les idées qu’ils ont défendues, ils sont contre.
A une autre table du Café Bonbon, on se demande comment les Oranais allaient réagir à une marche des partisans de l’élection présidentielle prévue pour le samedi 16 novembre. Quelqu’un suggère un geste fort et symbolique comme celui des hirakistes de Béjaïa : désinfecter la place après le départ des cachiristes.
On part dans des analyses très intéressantes sur la tenue de l’élection présidentielle. Les scénarios possibles sont évoqués. Que va faire le pouvoir dans l’éventualité où les conditions sont réunies pour ne pas pouvoir désigner le Président par l’urne ?
M… tranche sur la question de la prospective immédiate. Il dit : « On ne peut pas connaître la suite d’un film qu’on n’a pas encore vu .»
On suppose, soupèse, suppute. Les données sont incomplètes. Le pouvoir reproche au Hirak de ne pas avoir de représentants. Mais lui, a-t-il donc une tête ? Une tête qui réfléchit.
La nuit commence à tomber et avec elle, le froid s’accentue. On se dit au revoir et se fixe rendez-vous pour la prochaine phase du Hirak.
A. M.

 

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