Rubrique
Ici mieux que là-bas

La main de l’étranger, grave !

Publié par Arezki Metref
le 01.12.2019 , 11h00
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Un air de baisser de rideau ? Un parfum de fin d’acte ou de séquence ? Ou un simple avant-goût d’entracte ? A mesure que le 12/12 approche, sentirait-on une issue ? Ce n’est pourtant pas vrai. La manifestation du vendredi dernier dément avec brio cette petite musique de Cassandre. Jamais, je crois, les Algériens n’ont montré comme maintenant à quel point ils sont mobilisés et à quel point ils entendent ne pas être spoliés de leur Hirak.
Toujours sur la brèche, les Algériens sentent combien les jours qui viennent seront décisifs pour le rapport de force qui les oppose au pouvoir. Quelque chose de fondamental s’est réveillé pour émerger des tréfonds de la conscience de ce peuple, qui s’est mis en œuvre depuis le mois de février et qui bouleverse tout. Il produit une « intelligence collective » qui fait conduire un mouvement disparate et multicéphale comme s’il s’agissait d’un train bien sur ses rails. Il y a même quelque chose de miraculeux dans cette persévérance ordonnée, dans cette obstination pacifique, dans cette pulsion de refus contrôlée et presque méthodique.
Mais voilà, on n’est pas là pour la beauté du geste, pour la réinvention pacifiée et audacieuse de constructivité du mouvement de masse. On est là, d’un côté, pour dire à quel point on est fatigué par ce système prédateur qui a toujours joué en faveur des plus forts et au détriment des plus démunis, y compris en mettant le pays au service des intérêts de la finance internationale et des travers prébendiers que la mondialisation banalise, et de l’autre, les derniers fossiles de ce système qui s’y accrochent bec et ongles et qui sont prêts à tout jouer pour ne pas être balayés. Réduite à sa plus simple expression, voilà donc dans quels termes l’équation se décline.
Il n’est pas anormal que le système se défende de toutes les manières possibles, étant donné que le Hirak lui a enlevé, dès le départ, le seul terrain sur lequel il est passé maître, celui de la violence. Il est normal aussi qu’il rameute ses intellectuels, ses hommes des médias, pour défendre le seul argument qui lui reste, et qui semble encore servir en dépit du fait qu’il a montré jusque-là son inefficacité : la théorie du « nous » ou le chaos, jadis brandie par Ouyahia.
Tout cela est de bonne guerre. C’est même, par certains côtés, amusant de retrouver les mêmes sermons patriotiques pour sauver le pouvoir claironnés par des consciences prétendument ouvertes, dès que le mouvement trouve des solidarités extérieures.
Un gosse de six ans sait que, dans les relations internationales, ce ne sont pas les bons sentiments qui agissent. Des arrière-pensées, des enjeux opaques, des tentations conquérantes, des manipulations : voilà souvent le glossaire grâce auquel on peut lire les relations internationales. On est, là aussi, en présence de forces dominantes et d’entités dominées et dans ce jeu, il n’y a rien d’innocent. On ne se fait pas de cadeau, ni d’un côté ni de l’autre. Ça a toujours été comme ça et il n’y a aucune raison pour que ça ne soit pas toujours le cas.
C’est pourquoi les cris d’orfraie lancés à la lecture de la résolution du Parlement européen sur l’Algérie paraissent un peu comme les vagissements d’un bébé qui n’a pas encore compris comment fonctionne le monde. Sauf que le bébé, lui, il est au moins innocent.
Dans les accords qui lient l’Algérie à l’Union européenne, il y a des valeurs qui doivent être respectées de part et d’autre. Si l’Algérie souhaite qu’on ne se mêle pas de ses salades, il faut à ce moment-là se délier de ce type d’accords. On peut faire la lecture qu’on veut de la résolution, il y a deux choses qui restent rédhibitoires. La première est que le Parlement européen est souverain et a le droit de prendre de telles résolutions. Il l’a fait pour d’autres pays que l’Algérie. Et la deuxième est qu’on ne peut pas rester ainsi, dans ce bras de fer entre pouvoir et Hirak, dans un huis clos et un déséquilibre qui fait que quand le gouvernement espagnol se mêle indûment de soutenir l’élection présidentielle rejetée par les Algériens, ce n’est pas de l’ingérence et quand le Parlement européen, travaillant sur la base de données précises fournies par la Ligue des droits de l’Homme, exige, entre autres, qu’on libère les détenus d’opinion, cela devient une insupportable ingérence.
Et depuis cette résolution, qui semble commencer à mettre mal à l’aise le Hirak, on ne parle sur les réseaux sociaux que de cela.
Comme quoi, l’appel au loup, ça fonctionne toujours. On se souvient l’avoir déjà entendu en Octobre 1988. On avait dit d’abord que les émeutes, c’était le fait de la main de l’étranger, et puis que la condamnation de la répression sanglante, c’était de l’insupportable ingérence. Parce que Daesh est dans les parages, et que les richesses du sous-sol algérien attirent les grandes puissances, on doit rester entre nous dans un face-à-face qui ne peut tourner qu’à l’avantage de ceux qui possèdent la force. Eh bien, l’Algérie fait partie du monde et le Hirak s’est posé d’entrée comme un mouvement universel, passible de solidarités.
A. M.

 

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