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Ici mieux que là-bas

La nuit des paras

Publié par Arezki Metref
le 25.07.2021 , 11h00
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Dans la série massacres colonialistes oubliés, après celui du 14 juillet 1953, traité ici la semaine dernière, voici un autre épisode, lorrain celui-ci, du prix payé par l’émigration algérienne à l’indépendance du pays.
La nuit du 23 au 24 juillet 1961, connue sous le nom de « Nuit des paras », verra toute une partie de la ville de Metz, située dans le département de la  Moselle en Lorraine (nord-est de la France), transformée en terrain de chasse à l’Algérien par les militaires du premier régiment de chasseurs parachutistes. L’événement passera à la trappe de l’Histoire ne retenant l’attention que de quelques journalistes. En 2017, Lucas Hardt, chercheur au Centre Marc-Bloch à Berlin, fut l’un des rares  historiens à se pencher méthodiquement sur cette affaire, dans le cadre de ses recherches sur les migrants algériens en Lorraine.
À l’occasion du 60e anniversaire de ce drame, le collectif Juillet-1961, porté par Selima Saadi, ancienne conseillère départementale, et Hanifa Guermiti, rend hommage aux victimes.
Dès l’entre-deux guerres, la Lorraine fut un vaste foyer d’immigration algérienne. La ville de Metz notamment fut le point de chute d’un grand nombre de migrants. Ils n’étaient pas moins de 1 800 en 1954, vivant dans des conditions de logement et de travail précaires. À partir d’août 1955, Metz sera le théâtre des affrontements entre le FLN et le MNA avec son lot de luttes fratricides.
C’est en juillet 1961 qu’arrive dans cette ville le 1er RCP rapatrié d'Alger suite à sa participation au putsch militaire manqué d’avril 1961. Créé en 1943 au Maroc, ce régiment servira en Indochine avant d’être transféré en Algérie en 1955, 1 300 hommes qui s’illustreront dans les massacres du Nord-Constantinois en août 1955 et dans la Bataille d’Alger en 1957. Ils sont aussi connus pour l’usage systématique de la torture et pour leur implication dans la disparition de Maurice Audin.
Le régiment ne cachait pas son inclinaison Algérie française.
À peine installé à Metz, le 8 juillet, on note des accrochages avec des travailleurs algériens. Ainsi, dès la seconde semaine de juillet, des Algériens sont tabassés dans les rues ou dans un bar sans autre motif que leur origine. Quelques-uns répliqueront par l’attaque d’un sous-officier dans la nuit du 10. Puis, au fur et à mesure des agressions des Algériens par les paras Algérie française, la tension monte. Le 22 juillet à Nancy, un Algérien est retrouvé assassiné à l’arme blanche tandis qu’un autre est gravement blessé par un groupe de paras.
Mais c’est à partir du 23 juillet que débutent les événements qui nous intéressent ici. La veille, une bagarre avait éclaté dans un dancing de Metz, entre un groupe de militaires et des Algériens. Le lendemain, des paras se rendent au dancing dans le but de « corriger » les Nord-Africains coupables d’être des… Norafs. Dans cette opération punitive, un soldat français est tué et deux autres blessés. Dès lors, la chasse à l’Algérien est ouverte soit à pied soit en camion à travers la ville. Une trentaine de paras armés de bouteilles vides et de bâtons pénètrent dans un café franco-marocain où ils font plusieurs blessés tandis que 150 militaires ratissent le quartier de la gare et  cent autres une autre partie de la ville. Deux journalistes du Républicain Lorrain sont interpellés par les paras qui leur interdisent de prendre des photos. En tout, ce sont quelque 300 paras, déchaînés, fulminant de haine, qui plongent la ville de Metz dans un état de barbarie.
Bilan officiel de la nuit du 23 établi par la gendarmerie : 4 morts dont 2 paras, « un civil français », le barman du dancing, « un FSNA », Français de souche nord-africaine, 28 blessés (8 paras, 17 « FSNA, 3 « civils »). On remarque que le bilan officiel différencie « civils » ou « civils français » et « FSNA » ou bien Nord-Africains, les Algériens étant exclus de la catégorie des civils !
Ce bilan sera largement critiqué par la Fédération mosellane de la Ligue des droits de l’Homme pour qui la réalité serait plus proche de 80 à 100 blessés algériens, bon nombre d’entre eux se méfiant des hôpitaux. 
Voici comment toute une nuit, la ville de Metz était devenue une zone de non-droit pour tout Algérien et un terrain de chasse à l’homme pour les militaires sans que les forces de l’ordre interviennent. Les logiques de la guerre coloniales étaient bien à l’œuvre. La conséquence immédiate fut la création de deux zones de protection interdites aux paras et des quartiers assignés aux Algériens.
Soixante ans après, le souvenir est là, la mémoire ressent le besoin d’exhumer ces contusions, pour un meilleur vivre-ensemble mais aussi pour évaluer le prix payé pour la liberté. En ce qui nous concerne, ce qui importe, c’est encore de se souvenir des sacrifices consentis par l’émigration algérienne pour l’indépendance de l’Algérie. La furie raciste des paras de Metz a été, bien entendu, suscitée et décuplée par le fait que le régiment, connu pour ses sympathies ultras, ne supportait pas la présence des Algériens, indépendantistes de surcroît.
A. M.

 

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