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Ici mieux que là-bas

La réponse de l’ambassadeur

Publié par Arezki Metref
le 13.06.2021 , 11h00
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Décidément, ça déflagre, côté presse. Pas seulement ? Plutôt !... Mais enfin, voyons voir... les journaux ! Tout d’abord, il y a eu cette interview copieusement discutée sur les réseaux sociaux de Abdelmadjid Tebboune accordée à l’hebdomadaire de droite français Le Point. Imaginons une fraction de seconde que ce soit… L’Humanité ! Grands Dios ! On voit d’ici ce que ça aurait donné !
En vérité, nous n’avons aucun commentaire spécial à apporter à ce propos, sinon que cet hebdomadaire, comme tout autre journal, a tout à fait le droit de pratiquer ce genre journalistique avec qui il l’entend. Mieux : c’est l’essence même de la presse que d’interroger les responsables politiques. Mais, car il y a ce mais monumental, tout semble indiquer que le Président avait, dans ce face-à-face qui n’en était pas un, tout de sa zone de confort. Les conditions de cet entretien sont visiblement sujettes à caution. On relève une certaine mollesse, pour rester pondéré, des interviewers sur plusieurs points, notamment le fait de n’avoir pas relancé le Président sur la question de l’arrestation du correspondant de Liberté à Tamanrasset.
Une phrase très juste prononcée par Abdelmadjid Tebboune est passée inaperçue : « Quand le pouvoir est gangréné par les intérêts personnels, il se défend à sa manière. S’attaquer à ce système peut devenir mortel. Très dangereux.» Comme c’est vrai ! Comme ça se vérifie !
Ça a détonné aussi du fait d’un éditorial du journal Le Monde sur l’Algérie. Le quotidien de Beuve-Méry, qu’il ne faut ni idéaliser, ni diaboliser, est coutumier de ce genre d’article. Il a souvent dénoncé Trump, Poutine, Morales, dans des termes encore plus implacables. Ce n’est pas pour autant que les principaux intéressés se soient crus obligés de répondre par leur représentation diplomatique respective.
Mais, nous, ce n’est pas pareil ! Notre ambassadeur à Paris, l’ancien journaliste de télévision Mohamed-Antar Daoud, a cru bon de prendre la plume pour remettre Le Monde à sa place. Bon !
Que le représentant d’un État réponde à un  journal paraît-il déséquilibré ? Il n’y a pas les mêmes poids sur les deux plateaux de la balance. Parmi les très nombreuses réactions suscitées par cette initiative, il y en a une qui est revenue souvent : il n’y a que l’Algérie qui s’adonne à ce genre d’exercice ! Faux ! Complètement faux !
On a beau ne pas être d’accord avec le contenu et la forme de la réponse, l’argument disqualifiant selon lequel il n’y a que l’Algérie qui commette ce genre de choses ne tient pas ! Bien que rare, ce genre de pratique n'est pas inexistant.
Un exemple ? Nous en avons fait l’expérience ici même, au Soir d’Algérie, à l’occasion d'une chronique parue le 15 juillet 2007, intitulée « Sarkozy en clair-obscur ».
Cette chronique a donné lieu à une réponse de Bernard Bajolet, alors ambassadeur de France en Algérie. Si la lettre du diplomate  pouvait être interprétée comme une façon de peser sur l’opinion émise par un journaliste sur la démarche du Président Français d'alors, l’ambassadeur demanda expressément de ne pas rendre publique sa réponse.
De quoi s’agissait-il ?
À l’occasion de sa première visite à Alger en tant que Président, Sarkozy annonce qu’il n’y aura pas de traité d’amitié dans l’une de ces formules lapidaires dont il était coutumier : « Lorsqu’on est ami, il n’est pas besoin de l’écrire. » Il n’y aura pas davantage de repentance : « Je viens ici ni pour blesser, ni pour m’excuser. » 
Les Algériens ont beaucoup souffert et il faut, dit-il, respecter cette souffrance, et il ajoute : « Mais il y a aussi beaucoup de souffrance de l’autre côté et il faut la respecter.»
Je dénonçais dans cette chronique « cette thèse de la symétrie des adversaires qui, au regard de l’Histoire, confond la victime et le bourreau ». Dans la lettre qu’il m’adressa, l’ambassadeur en faisait le reproche : « Le fait que le Président Sarkozy reconnaisse la souffrance que les Algériens ont subie est un pas en direction de ce travail de mémoire. Mais il est dommage que vous refusiez d’en faire autant pour le million de Français qui ont dû s’arracher de leur terre natale. »
Ce à quoi je rétorquai, réitérant l’inconvenance de la symétrie des souffrances : « La question de fond est la place de la colonisation dans l’Histoire avec, bien sûr, comme corollaire les souffrances des uns et des autres. Si la colonisation vous paraît ne pas être le viol de la souveraineté d’un peuple par un État, donnez m’en acte. »
La réponse de l’ambassadeur de France à Alger à une simple chronique avait de quoi surprendre. En fait, le diplomate croyait qu’il s’agissait d’un éditorial qui, comme on le sait, engage l’opinion d’un titre. C’était une époque où, avec la porosité offerte par le régime de Bouteflika, certaines forces croyaient le terrain algérien acquis. Nous avions envisagé, avec Fouad Boughanem, directeur du Soir d’Algérie, la possibilité de publier ce débat quelque peu incongru entre un journaliste et le représentant d’un État. Mais le diplomate refusa net !
À sa décharge, donc, Mohamed-Antar Daoud semble ne pas être le premier ambassadeur à répondre à un article de presse. 
A. M.

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