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Ici mieux que là-bas

Le Hirak est-il un self-service ?

Publié par Arezki Metref
le 11.04.2021 , 11h00
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Il y a des fois où l’on dit n’importe quoi. Et en plus, on ajoute, pour bien marquer le coup : j’assume ! C’est la marque du cru ! On ne doute jamais de rien. Tant mieux, c’est plus cool !
Le Ramadhan approche dangereusement, au secours ! Couplé au confinement, au Hirak, à la flambée des prix, ça va faire chaud ! Couplé aussi aux… déclarations de certains ministres !  Où est-ce qu’ils les ont trouvés, ceux-là ? Franchement, c’est le sketch chorba en prélude au mois saint. Mois saint, c’est bien ainsi qu’on dit, n’est-ce pas ? N’empêche : rien n’indique que, en dépit de la cherté de la vie, le vieux réflexe de gaspillage des jeûneurs, les vrais comme les faux, lui, ne se dégonfle pas. En différentes circonstances, les yeux demeurent plus gros que le ventre. En politique plus qu’en tout, du reste !
Il y a des fois où l’on dit n’importe quoi. Voilà, donc. Le confinement ? On vit toujours dans la psychose de la contamination. On a beau invoquer le Tout-Puissant, les saints, les rakkis et consorts, la petite bête invisible qui malmène l’humanité continue  de  sévir, insolente et souveraine !
Chez nous, on aime se gargariser d’affirmations plus ou moins gratuites et plus ou moins infondées. On dit comme ça, par exemple, que l’immunité collective a été atteinte. Donc, vas-y, toutes voiles dehors, navigue! L’affirmation est lourde de sens. Elle pourrait faire accroire qu’on est sorti d’affaire et que l’on peut désormais vivre comme avant. C’est-à-dire mal, là aussi, hé ! Enfin, ce n’est pas valable pour tout le monde ! Même s’il n’épargne personne, le virus accentue quand même les contrastes. Les plus friqués ont davantage de moyens pour s’en prémunir ou du moins se soigner, même si l’issue est la même pour tout le monde !
Mieux ou pire, ce foutu virus a dézingué des tas de gens, jeté au chômage des millions de travailleurs à travers le monde, mais il a enrichi davantage ceux qui étaient déjà riches, ouallah ! La fortune des milliardaires, qui ont profité des marchés boursiers au moment où ils étaient à leur plus bas niveau, a augmenté. Leur nombre aussi. Comme quoi le confinement n’est pas du temps perdu pour tout le monde !
Immunité collective, donc, zaâma ! Eh bien, la réalité est que le virus continue à se balader, peinard. Il n’y a que ceux qu’il touche encore qui ne croient pas à l’illusion de cette immunité collective, laquelle, même si elle s’avérait exacte, serait davantage le résultat d’une inaptitude à gérer la crise que celui d’une politique choisie, réfléchie et accompagnée.
Il y a des fois où l’on dit n’importe quoi. La crise du coronavirus masque et aggrave une autre crise, qui l’a précédée et de loin, la crise économique, due à la baisse du prix du baril. Ce que c’est que de vivre sans rien produire d’autre que les hydrocarbures ! Mais ça, c’est un vieux problème, un antique casse-tête ! Dès que chute le prix du Brent au marché de Rotterdam, tu es fichu, mon vieux ! Ça va se ressentir sur le prix de la tomate at home ! C’est l’effet papillon. Comme d’habitude, ce sont les plus vulnérables, c’est-à-dire l’immense majorité des Algériens, qui dégustent. Mais comme d’habitude aussi, quand le ventre est creux, la tête peut être  pleine des excentricités de certains de nos ministres. Ça distrait vachement !
Et puis, le Ramadhan arrivant, on va s’amuser ! Entre parenthèses, il paraît que le Hirak n’a pas l’intention de se faire dissuader par le carême. Comme ça, on verra se presser côte à côte dans les commissariats et les tribunaux, en plus des hirakistes, dont il faut nettoyer le plancher d’ici les législatives,  les dé-jeûneurs. Ça va barder, ayathmathane !
On aura, là aussi, du spectacle, pas forcément joyeux, pas forcément juste, pas forcément transcendant, mais ça aura la vertu de cacher le reste. En termes de stratégie politique, ça s’appelle de la diversion. Plus c’est rustre, mieux ça marche ! Notre système peut breveter les données de base !
Il y a des fois où l’on dit n’importe quoi. Les législatives. On rêve de pouvoir en discuter, sereinement, sans se jeter des noms de félons à la figure. Il n’est pas anormal que le pouvoir se trace une feuille de route, qui réponde à ses intérêts. C’est même sa fonction : se maintenir, se reproduire, et même parfois se projeter à court terme ! Mais il est naturel aussi qu’on puisse s’y opposer. C’est la loi du pluralisme. Même au temps du parti unique, on pouvait s’opposer aux élections en ne se rendant pas aux urnes. Si l’opposition avait accès aux médias publics pour  verser ses arguments au débat, on aurait sans doute pu avoir un climat plus serein pour débattre de l’opportunité de tenir des élections dans des conditions aussi fragiles. Mais non, c’est comme ça !
Il y a des fois où l’on dit n’importe quoi. L’infiltration assez acide de Rachad dans le Hirak le ternit mais de là à le jeter aux orties, il n’y a qu’un pas. Beaucoup le franchissent allégrement. Le Hirak a été et demeure un  état d’esprit progressiste, démocratique et libre qui  exprime la volonté mûre et pacifique du peuple algérien d’aller vers un système politique où sa souveraineté lui serait rendue. Ce n’est pas plus compliqué que ça !
Mais il se trouve que chacun se sert comme s’il s’agissait d’un self-service. À la différence près, que ce sont toujours les mêmes qui payent l’addition : les plus faibles socialement !
Il y a des fois où l’on dit n’importe quoi.
A. M.

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