Rubrique
Ici mieux que là-bas

Le livre du Hirak

Publié par Arezki Metref
le 03.11.2019 , 11h00
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Un copain, par ailleurs bien sous tous rapports, me fit l’autre jour la remontrance suivante. Si tu participes au Sila (Salon international du livre d’Alger), c’est que tu cautionnes le pouvoir. S’ensuit un chapelet de qualificatifs que je te laisse le soin de deviner.
Au moment où le peuple est dans la rue, ce n’est pas cool de légitimer  la issaba.
J’avoue que si cette réflexion me déroute, elle ne me convainc que moyennement. Pas du tout, même, pour tout dire. Pourquoi ? Ben, le livre est un instrument de libération, c’est quasi un poncif de le répéter. Participer à un salon dédié au livre, c’est, au contraire, aller dans le sens du Hirak et sa tenace volonté d’émancipation.
Voilà, c’est aussi simple. Et puis, franchement, si le Hirak avait, d’une façon ou d’une autre, appelé au boycott, on aurait pu en débattre à la rigueur. Mais l’intelligence collective qui s’est condensée dans le mouvement a prodigué la jugeote de ne rien en faire.
Heureusement ! Ce serait absurde de réitérer l’erreur du mouvement citoyen des A’archs qui, en 2001, avait interdit aux artistes de se produire sous prétexte qu’on ne chante pas dans un moment de deuil. C’est méconnaître la force de lutte de la culture qui n’est pas que du divertissement.
Mais bon, la situation est telle que qui veut peut édicter ce qu’il veut. Le Hirak est aussi une agora où les discours se chevauchent sans toujours se rencontrer. Le temps est un sacré sas. Il sait faire le tri.
Donc, le Sila. C’est absolument cool, comme dit mon neveu des Amériques, de s’attabler à un pupitre de dédicace et de regarder flâner les chalands. Vous êtes là, comme en exposition,  attirant plus que les livres les regards anthropométriques des visiteurs, qui passent ta figure au scanner de la bienséance avant de décider si oui ou non ton bouquin mérite d’être lu. Mais, à la longue, on ne sait plus qui du scruté ou du scrutateur soupèse l’autre.
Le Salon du livre, c’est aussi les rencontres et, souvent, beaucoup d’émotion. Comment ne pas en être submergé en retrouvant le stand des éditions Koukou, exactement au même endroit où l’année dernière j’ai eu le plaisir de faire connaissance avec un héros sacrifié, Ali Koudil, cet ex-P-dg de la Cnan qui a subi ce qu’il a appelé dans un livre un Naufrage judiciaire. Dans l’affaire qui l’a conduit à faire un tour d’Algérie carcéral, c’est bien la justice algérienne qui a montré comment elle sait bien couler. Lui, innocent, et sacrifié, il en est sorti grandi, en dépit de la souffrance que ce coup fomenté contre lui a occasionné à sa famille et à lui.
Aujourd’hui, il y a son livre, très demandé, mais lui n’est plus là. C’est vraiment triste.
Comme d’habitude, le salon, ce sont les écrivains et le public. Agréable étonnement de voir le nombre de livres, écrits à chaud — ou publiés à chaud, c’est plus pertinent de le dire ainsi – sur le Hirak. On revient aux temps glorieux du bon journalisme qui prolonge le commentaire épisodique par la réflexion inscrite dans la durée. C’est ça, le livre. C’est plus que la littérature de l’éphémère qu’est le journalisme.
On voit aussi passer les écrivains. Victor Hugo disait du poète que c’est « un univers enfermé dans un homme ». Voir les écrivains déambuler et parfois se pavaner dans les allées du salon, c’est assister à un ballet intergalactique. En réalité, il y a de tout… Bref, passons !
Il paraît qu’il y a des écrivains qui ont été interdits de salon. Excepté Sansal, franchement, je ne vois pas qui. Daoud, peut-être. Mais on assiste à des glissements imperceptibles qui mènent des gens à confondre, sciemment bien sûr, ne pas être invité avec être interdit. Ça fait bien d’être interdit, de faire peur au pouvoir, surtout après qu’on eut été son chouchou !
Bon, on ne va pas jouer les mauvaises langues. Khaoua-khaoua, silmya, et tout ce que tu veux, pourvu qu’on avance. Avancer aussi bien que le Hirak, par exemple, qui a la particularité de nous montrer que, sur bien des points, le peuple est en avance sur les élites politiques, culturelles, etc.
C’est pour cela que, par exemple, personne dans le Hirak, excepté quelques gourous en devenir comme mon copain susnommé, ne dénonce le Sila comme attentatoire à la volonté populaire.
Bien étonné de voir aussi comment d’anciens leaders maison et des intellectuels qui ont frayé avec le système, nommés de façon régalienne par le Président sorti par la porte cochère, se repositionnent indécemment en tête de gondole du mouvement de protestation.
Il faut de tout pour faire un mouvement, on le sait depuis la première révolte. Quitter le Sila pour marcher un 1er Novembre ? Entendre des milliers de jeunes clamer « Istiqlal » ! Comment raconter à nos arrière-arrière-petits-enfants que 65 ans après le déclenchement de la révolution du 1er Novembre 1954, et 47 ans après l’indépendance, on appelle encore l’Istiqlal ?
C’est tout le mystère algérien. Et ce réveil impromptu, c’est, lui, tout le miracle algérien. Je n’ai pas tenu parole, mais je compte bien me rattraper. Je me suis engagé à marcher avec un portrait de Kateb Yacine. Ce sera fait, la prochaine fois. Bon, ciao, je retourne dans ma case d’exposition. Si vous passez, je serai encore au stand des éditions Koukou.
A. M.

 

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