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Ici mieux que là-bas

Le secret de Bouteflika(2)

Publié par Arezki Metref
le 10.10.2021 , 11h00
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LOYAUTÉ. On peut trouver notamment chez quelqu’un comme Maâmar Farah – qui sera sans doute étonné d’être cité ici, et à ce propos — un exemple de loyauté. Même si l’on n’est pas toujours d’accord avec lui, il faut bien reconnaître du panache dans sa fidélité à Houari Boumediène, dans le fait qu’il défende sa mémoire au moment où cela ne rapporte que des déconvenues et même des invectives. J’ai également lu avec intérêt les ouvrages de Kamel Bouchama. L’un est consacré à Kaïd Ahmed et l’autre à Messaâdia, deux personnalités politiques très controversées, courtisées à qui mieux mieux de leur vivant, et vilipendées à tire-larigot une fois hors circuit.
Cette forme de loyauté à l’égard de personnalités qui pourtant ne figurent pas, et ne seront jamais dans mon panthéon personnel, a de quoi forcer l’estime. Faut dire que les amis, alliés, anciens serviteurs et même larbins de Bouteflika n’ont pas la moindre reconnaissance à son égard, même pas celle du ventre. Comme quoi, il est plus facile d’être ingrat et oublieux que loyal. Normal, ils sont pressés et pensent comme Frédéric Dard, le père de San Antonio, que « l’ingratitude est un gain de temps ».

PRIVILÈGE. Pendant vingt ans, Bouteflika a distribué rentes, cadeaux, nominations par-ci, et marchés par-là, nommant des privilégiés à des postes, fermant les yeux sur les écarts. Et à sa mort, seul et honni, tous les profiteurs de ses largesses puisées dans le patrimoine du pays peuvent pousser le zèle jusqu’à se poser en victimes. Certes, ce n’est pas nouveau, c’était même prévisible, les zélés ne peuvent être loyaux. Pourquoi n’a-t-on pas entendu prononcer un seul mot de compassion à sa mort de la part de ceux qui, tambour battant, effaçant les 126 morts du Printemps noir, avaient proposé Bouteflika au prix Nobel de la paix ? Il est évident que cette proposition n’était pas un gage de son génie – car il n’en avait pas — mais un signe de larbinisme à son égard. Beaucoup auraient gagné à gratifier leur bienfaiteur même si ce dernier avait été déboulonné par le mouvement populaire. L’un des rares parmi ces titulaires de maroquins fabriqués ex nihilo sous ses quatre mandats ministrophages, le seul à ma connaissance, qui lui a rendu hommage, bien que ce soit en catimini sur les réseaux sociaux, c’est Hamid Grine. Méritoire.

BILAN. Qui doit faire le bilan de Bouteflika, et où ? Quand les premiers à dénoncer sa gouvernance sont ceux qui ont exécuté ses politiques, il y a lieu d’être effaré par le brouillage total dans les responsabilités et les complicités. La tradition du bilan est ancrée dans les systèmes démocratiques. Dans les partis politiques, le bilan est un élément important dans le processus d’alternance. Dans la conduite des affaires publiques à quelque niveau que ce soit, c’est au moment du renouvellement du personnel dirigeant, lors d’élections, qu’un bilan peut mener à la  victoire ou à l’échec.
Or, rien de tel concernant l’Algérie en général et Bouteflika en particulier. Même s’il a été tiré de la casquette des généraux pour être élu en 1999, Bouteflika a posé d’entrée de jeu une conception messianique du système politique et charismatique du pouvoir. Tout ce qu’il défaisait ou entreprenait ne procédait pas de l’action politique d’un président élu, tenu de rendre compte de ses choix à des institutions représentatives de ses électeurs. Non, cela relevait plutôt d’une immanence. Mais, l’immanence n’empêche pas la cruauté des chiffres. Au zénith de sa splendeur, quand beaucoup de courtisans lui faisaient allégeance, l’un de ces derniers avait dressé un bilan d’étape flamboyant de ses actions. « Bouteflika nous a amené la paix civile, les autoroutes et la téléphonie portable.»

PAIX CIVILE. La politique dite de « réconciliation nationale » a été amorcée par l’armée du temps de Zéroual. C’est dire qu’il est imprécis de l’attribuer à Bouteflika. Par contre, on peut lui attribuer ses aberrations. Amnistier les terroristes et leur permettre de s’enorgueillir, comme l’a fait impunément Madani Mezrag, d’avoir tué de ses propres mains de jeunes soldats de l’ANP, ce n’est plus de la réconciliation nationale mais une façon d’attiser le sentiment d’injustice qui  est le contraire du pardon et de la concorde. Les familles de victimes du terrorisme se sont senties une nouvelle fois victimes mais cette fois-ci des positions de l’État qui pardonne en leur nom sans avoir jugé les criminels revenus en force. C’est donc abusif de prétendre qu’il a apporté la paix.

AUTOROUTES. On ne peut nier que des autoroutes ont été construites de son temps. Mais à quel prix économique ! Et surtout à quel prix de morale publique ! Les autoroutes de Bouteflika sont un gouffre financier et un cimetière de la morale patriotique. Combien de hauts responsables censés défendre les intérêts du pays se sont engraissés de la corruption !

PORTABLES. Il est vrai que la téléphonie mobile ainsi que le numérique sont arrivés en Algérie comme dans tous les pays du monde, au temps de Bouteflika. Elle a connu une explosion dans le pays car la politique de Bouteflika a consisté à offrir le marché algérien à l’ultralibéralisme qui dominait la mondialisation. C’est une petite goutte d’eau dans l’océan des mesures préjudiciables à l’économie nationale.

GHOZALI. L’ex-Premier ministre et ambassadeur Sid Ahmed Ghozali dresse, dans le documentaire de Malek Bensmaïl Toute l’Algérie du monde, ce bilan comparatif implacable : « Regardez ce qu’a construit Boumediène avec 25 milliards de dollars de revenu des hydrocarbures, et ce qu’a fait Bouteflika avec 1 000 milliards de dollars .»
A. M.

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