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Ici mieux que là-bas

Le Temps des arnaques(*)

Publié par Arezki Metref
le 04.04.2021 , 11h00
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Soyons badins, cela vaut mieux par les temps épais qui courent ! Moralité de ce qu’on voit ? Eh bien, le fait est que ce sont toujours les mêmes qui mouillent le maillot, parfois de sang, et finissent  en  dindons de la farce ! L’histoire est bêtement une succession de séquences qui s’enchaînent et qui se doivent toujours quelque chose les unes aux autres.
On se demande si le mouvement citoyen de février 2019, sa composante démocrate, celle qui clame sans relâche « Algérie libre et démocratique », n’est pas encore flouée. Oui, le mouvement et sa substance populaire  résolue à changer de système, compte encore une fois pour du menu fretin. Celles et ceux qui font le boulot se trouvent pris dans un  étau entre les grosses cylindrées de la récupération. D’un côté, le pouvoir, perpétuation  d’un système qui possède l’apanage  du phénix,  habile à renaître de ses cendres, et qui bénit le mouvement et veut le faire sien. De l’autre, les crypto-islamistes de Rachad, qui veulent nous faire croire avec le fric d'Erdogan que le mouvement est un don de Dieu pour ses vicaires en terre d’Algérie, comme jadis le duo Belhadj-Madani faisait croire en une intervention divine, en  faisant inscrire dans le ciel de l’arnaque, le nom d’Allah au laser, par une société américaine, forcément impie.
Les révoltes et les protestations des démocrates, les revendications populaires séculières sont condamnées dans ce pays à servir tout le monde, sauf ceux qui se battent pour. Ce fut le cas, on s’en souvient, en octobre 1988. Ce sont des militants progressistes qu’on arrêta à  titre préventif et soumis à la question. Ce sont les jeunes des quartiers populaires  qui sortirent manifester dans toute l’Algérie  qui furent arrêtés et sauvagement torturés. Ce sont les jeunes qui furent tués en nombre. Et ce sont les islamistes qui furent homologués par le pouvoir de Chadli Ben Djedid comme pères putatifs de la révolte. C’est à eux que seront faites les concessions, le Président d’alors n’ayant pas caché son intention de gouverner avec eux.
Par l’un de ces tours de prestidigitation coutumiers sous nos latitudes, c’est aux islamistes du FIS que furent remis les dividendes de la révolte d’Octobre. Leur surdimensionnement couplé à la désaffection de la majorité des Algériens à l’égard du politique déprécié ont octroyé au FIS la majorité aux municipales de 1990, puis au premier tour des législatives de 1991. Mais surtout, et tâchons de ne pas l’oublier, cette mise en selle a aiguisé l’appétit de pouvoir des sectateurs de la Charia, ce qui nous a conduits à la situation de grande violence que l’on a connue durant les années 1990. L’autre mâchoire de l’étau, c’est le pouvoir qui réprima dans le sang les jeunes révoltés  d’Octobre et les déposséda de leur sacrifice en offrant au FIS le fruit de leur combat.
Ce fut aussi le cas avec le Printemps noir de 2001. La révolte des jeunes en Kabylie pour la démocratie et tamazight, résumée dans la plate-forme d’El-Kseur, finit, là encore, par être confisquée au mouvement citoyen par le pouvoir. 
Arnaqués en 1988. Arnaqués en 2001. On pensait, en février 2019, que cette fois-ci, ce ne serait plus le cas car les conditions étaient radicalement différentes. Le pouvoir de Bouteflika, en poussant la corruption et la dégradation de l’État national otage des mafias insatiables et sans scrupules, avait  arasé jusqu’à la désertification la  moindre étincelle de vie politique. Mais c’est paradoxalement cette irradiation qui, au lieu d’enterrer tout souffle de protestation, a, au contraire, fait émerger une sorte de vie nouvelle. Les générations grandies sous Bouteflika, habituées au spectacle de la corruption et de l’éparpillement de l’État en clans cupides, coutumières de l’avilissement de la vie politique devenue une marchandise comme une autre, étaient considérées comme incapables de se faire entendre. Pourtant, si le chaos  instauré par Bouteflika a éreinté l’opposition, dévalué toute solution politique, il n’a pas pu empêcher la transmission intergénérationnelle de la mémoire de la résistance et des luttes démocratiques. C’est pour cela que quand Bouteflika commettra l’ultime lubie du 5e mandat, et que cela réveillera le volcan algérien, les plus surpris seront les deux mâchoires de l’étau, le pouvoir et  les islamistes.
Cette génération que l’on a cru coupée de toute transmission et de tout le lichen historique, un peu comme une génération surgie ex nihilo, est aussi, et ça change tout, la cybergénération. Plus de deux ans après le début du mouvement et les changements qu’il a engendrés, on a la triste impression de vivre quelque chose que l’on a déjà connu. Voilà un mouvement qui a résisté à tout, à la répression, au dénigrement, aux tentatives d’implosion de l’intérieur, et qui est désormais exposé à la tentation de l’arnaque traditionnelle. C’est le pouvoir contre lequel il s’est soulevé et les islamistes qu’il  rejette, qui se le disputent. Mais, par son pacifisme et sa profonde intelligence collective, il saura persévérer dans  la même voie : pour une Algérie libre et démocratique.
A. M.

N. B. : 1) J’ai appris avec beaucoup d’émotion le décès de Madame Boughanem, mère de feu Fouad. Elle a vécu la douleur de perdre son fils, douleur partagée par tous ses amis et proches. Qu’elle repose en paix ! Je présente mes sincères condoléances à sa famille.
2) La vie continue. Félicitations à Yassine Temlali qui vient de soutenir brillamment une thèse de doctorat en histoire à l’Université d’Aix-Marseille (France). Il a travaillé sur le sujet suivant : « Pour une autre histoire des rapports entre le pouvoir central et la Kabylie dans l’Algérie algérienne : 1962-1965. Loyalisme et dissidences, arabisation et affirmation berbère (kabyle). »

(*) Cette chronique est dédiée à Messaoud Babadji, le hirakiste démocrate, qui nous a quittés il y a quelques mois.

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