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Ici mieux que là-bas

Lettre à mon pote «diasporé»

Publié par Arezki Metref
le 13.10.2019 , 11h00
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Mon cher pote désigné par ce si étrange nom de membre de la diaspora, ou, – pour faire court – : mon cher « diasporé » !… Je signale, au passage, aux responsables d'éditions de dictionnaires que s’ils intègrent ce vocable dans leurs saintes écritures, qu’ils n’oublient pas tout de même de mentionner qu’il est de mon cru. On ne sait jamais, avec tous ces plagiaires qui rôdent et te chouravent, sans vergogne, tes trouvailles ! Ils ne piquent pas que les téléphones portables, tu vois !
Je te disais, donc, cher « diasporé » qu’au fond, je ne sais pas pourquoi je ressens le besoin de t’écrire alors que je n’ai pas grand-chose à te dire. Ou même rien du tout ! C’est sans doute pour être à la page de cette nouvelle mode qui consiste à occuper l’espace sonore, à blablater même si on sait qu’on brasse du vent résiduel. En tout cas, sache-le, je le fais certes, mais pas de gaieté de cœur. Te donner des leçons ? Tu as raison de t’en méfier, même si ce n’est pas le genre de la maison.
Eh oui, notre époque est truffée de cette espèce de spécialistes de l’experte péroraison qui, plus ils sont loin du feu, davantage ils savent te dire ce qu’il faut faire pour l’entretenir ou l’éteindre. Je me permets quand même de poser – non, pas à toi, mais à nous et avec toi, – quelques questions aux réponses certainement utiles à trouver.
Depuis le 22 février, toi et tes copains, et d’autres, des centaines, des milliers d’autres, entretenez la mobilisation en France, et surtout à Paris, pour relayer et donner un écho au mouvement qui a commencé par s’élever contre le 5e mandat de Bouteflika et qui a maturé en révolte de fond pour mettre fin au système prédateur qui pèse depuis l’indépendance. But : aller, enfin, vers une transition qui permette un processus constituant.
Pas à dire. La mobilisation est miraculeuse et exemplaire, à la hauteur de celle des acteurs du Hirak sur le terrain, laissant béat d’admiration le monde entier.
Tous les dimanches, Place de la République, des centaines, voire des milliers, d’Algériens – et leurs amis – se retrouvent, dans la diversité des appartenances et des conceptions politiques et idéologiques, pour communier avec les leurs restés en Algérie afin de redonner l’espoir à un pays que nos gouvernants croyaient avoir brisé et domestiqué.
Ce chemin de l’espoir et de la fraternité retrouvés, irrigué à la combativité et à l’optimisme, est visible, palpable, net, dans l’atmosphère pugnace et bon enfant des rassemblements.
On chante la Révolution, on la dessine et on la peint. On discourt dru dans toutes les langues de nos Landerneau et sur toutes les fréquences politiques. On se donne à cœur joie à expurger ce que l’on pense et qui, souvent, est enfoui au fin fond d’un vieux silence tiraillé. On se retrouve tous, ou du moins beaucoup, autour d’une nécessité vitale : crier qu’on veut qu’ils dégagent, jusqu’au dernier, ces naufrageurs. Oui, c’est vrai, c’est un peu brut de décoffrage mais, il s’agit bien d’une révolution et ça ne doit pas faire dans la dentelle. C’est Mao qui disait, je crois, que la Révolution n’est pas un dîner de gala. Ce n’est pas forcément un bal sanglant, non plus !
Bref, voilà, tout cela est bien merveilleux. Mais – et c’est là que commence la série de questions que je « nous » pose –, je ne comprends pas pourquoi les milliers d’heures de réunions préparatoires, de débats, de controverses, de mobilisations, de rédactions de chartes, pétitions, analyses, depuis six mois, continuent à donner l’impression que nous tournons en rond ? Tu me diras, avec l’ironie que je te connais, qu’il vaut mieux tourner en rond que pas tourner du tout, mais quand même.
Pourquoi, en dépit de tous les efforts méritoires des uns et des autres, en dépit de la volonté unitaire comme on n’en a jamais vu jusque-là, on n’arrive pas, en France, à faire bouger ni la presse, ni l’opinion française et internationale et même à toucher davantage d’Algériens, nombreux en France ?
Tiens, pour prendre un seul exemple, – déplacé, tu me diras, – pourquoi, en se rendant en Algérie pour porter une solidarité internationaliste aux manifestants – cette solidarité que d’autres appellent « ingérence » – la députée insoumise, Mathilde Panot, et son suppléant, Mourad Tagzout, ont-ils fait plus de buzz, pour le bien de notre cause, que nous tous réunis, et depuis des mois ?
J’entends d’ici ton soupir : c’est une affaire franco-française et nous n’y pouvons rien.
Possible que nous n’ayons pas posé forcément les bons paramètres.
Ce qui se passe en Algérie est une révolution très mature menée par des jeunes. Nous avons tendance, au lieu d’amplifier leurs combats et d’acquérir de nouveaux soutiens, à tracer, à travers de vieux réflexes idéologiques de militants ayant loupé bien des cases, la voie pour ce qu’ils doivent faire. J’ai presque envie de rire, pardon pour l’impertinence, mon pote, quand j’entends certains convoquer les principes de la Révolution pour mieux montrer la Voie. Mais non ! Ils savent, eux, sur le terrain, ce qu’ils font, et ce qu’on leur fait surtout.
J’en ai entendu des récitations de manuels de bon révolutionnaire, déclamées en toute bonne foi.
Nous devons coupler le droit de manifester au devoir d’humilité.
Voilà, mon cher pote « diasporé», cette missive que je sais inutile. Mais enfin, ça va mieux en le disant !
A. M.

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