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Octobre 1988-Février 2019 : le mouvement perpétuel

Publié par Arezki Metref
le 06.10.2019 , 11h00
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Les coïncidences calendaires, ça sert parfois à renouer le fil de la continuité de l’Histoire. Il était brisé ? Oui. Trop de pages blanches dans le livre des luttes des Algériens. Trop de silences imposés au récit de l’émancipation.
Ce 33e vendredi tombe, à 48 heures près, avec le 31e anniversaire du 5 Octobre 1988 de tragique mémoire. Les jeunes qui mènent le Hirak aujourd’hui et qui ont moins de 30 ans ne connaissent pas la grande brisure d’Octobre 1988, cet instant où le pouvoir de Chadli Bendjedid a fracassé le consensus nationaliste, fût-il factice, en faisant tirer pour la première fois sur le peuple. Quelque chose de fondamental, de sacré même, a été saccagé ce jour-là. Un seuil a été franchi, derrière lequel l’inconnu était effrayant.
Comme pour le Hirak, les événements d’Octobre 1988 avaient une origine inconnue, et même douteuse. On sut par la suite, par divers témoignages de hauts responsables de l’époque, que le feu avait été allumé par un clan qui comptait porter préjudice à un autre clan. La technique était largement éprouvée : un clan jette dans les pattes du rival des émeutes et le dégomme. Simplement, et comme souvent lorsqu’il s’agit d’une manœuvre du pouvoir algérien, l’appel occulte à la manifestation s’est greffé sur de réels problèmes sociaux et politiques, notamment le chômage et la hogra, qui ont transformé une probable manigance policière en une révolte sociale décisive.
Quand le pouvoir de Chadli a réalisé que les jeunes s’étaient soulevés pour de bon, il fit ce qu’il savait le mieux faire, c’est-à-dire donner la troupe. Le bilan est tragique : 500 jeunes civils algériens tués par d’autres jeunes Algériens en uniforme. Mais, tranquille, l’ordre était rétabli !
Octobre 1988 a été un moment de grande violence avant tout policière, accentuée  par la pratique systématique et massive de la torture, ce qui prouvait déjà que les luttes de clans à la tête du système n’avaient aucun scrupule à sacrifier des pans entiers de la société pour régler leurs comptes. En outre, l’usage d’un immense potentiel de violence devait servir à sauver le régime. Politiquement, le résultat fut mince : un pluripartisme de façade, qui allait donner le pays, pieds et poings liés, au FIS.
Il faut remarquer que, déjà à l’époque, tout comme avant et après, prévalait l’infantilisation du peuple algérien considéré par ses gouvernants comme inapte à se soulever par lui-même contre la hogra et les dérives. Selon eux, ce peuple n’aurait été bon qu’à être manipulé comme une marionnette par « la main de l’étranger ». Ce qui n’est pas sans rappeler la délégitimation par les colonialistes du combat des Algériens pour leur indépendance, décrits comme téléguidés par l’Egypte et l’Union soviétique.
Comme nous avons eu l’occasion de l’écrire par ailleurs, les émeutes d’Octobre ont débordé très largement le cadre qui leur était imparti pour prendre les proportions de cette fêlure qui a changé le cours de l’histoire de l’Algérie.
Que reste-t-il d’Octobre 1988 aujourd’hui tandis que l’Algérie se réveille à son destin ? D’abord tous ceux qui pensent que le mouvement du 22 février est un mouvement spontané, advenu ex nihilo, devraient intégrer que, dans l’histoire des peuples, il n’existe point de coup de tonnerre dans un ciel serein. Tout mouvement de ce genre est nécessairement l’aboutissement de multiples mobilisations souterraines ou pas, qui finissent par se cristalliser.
Les événements d’Octobre 1988 sont aussi une séquence préparatoire, et pas la seule, du mouvement d’aujourd’hui. Une similitude frappante se décline en deux phases.
Un- Comme en Octobre 1988, le mouvement du 22 février répond à un appel inconnu, voire occulte.
Deux- Comme en Octobre 1988 aussi, le mouvement s’autonomise par rapport à ses mystérieux commanditaires pour voler de ses propres ailes et exprimer le profond désir de changement de système, et même d’oxygène politique pour un peuple que l’on croyait enterré dans l’asphyxie et dans la résignation.
La filiation, a contrario du mouvement du 22 février avec les événements d’Octobre, réside aussi dans la nature du premier qui a rejeté la violence et la casse qui avaient transformé la révolte des jeunes de 1988 en une tragédie. Après une « décennie noire » et ses 200 000 morts et après 20 années grises de bouteflikisme marqué par l’expansion du néolibéralisme de bazar et ses conséquences incalculables dont la clochardisation de la société algérienne, les revendications d’Octobre 1988 sont toujours d’actualité, mais dans une version exacerbée et radicale.
En 31 ans de violence politique et de dérive néolibérale, tout s’est aggravé, la corruption, jusqu’à devenir un fondement mafieux de l’Etat, les injustices, la hogra, l’arbitraire, le chômage, la désacralisation même de l’idée de Nation, l’avilissement de cet acquis précieux qu’est l’indépendance de l’Algérie et la dramatique perte de l’estime de soi en tant qu’Algérien. Tout cela s’est aggravé et tout cela resurgit pour apparaître comme des revendications du Hirak qui réclame, en tout premier lieu, qu’on rende au peuple algérien une indépendance confisquée et qui, ce faisant, n’a tenu aucune des promesses d’émancipation contenues dans la libération du pays. 
A. M.

 

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