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Ici mieux que là-bas

Quel ressenti devant le discours de Tebboune ?

Publié par Arezki Metref
le 21.02.2021 , 11h00
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Aujourd’hui, on a décidé que c’était la Journée nationale de la décontraction. Sûr qu’Abdelmadjid Tebboune appréciera ! On est dans le temps de l’apaisement, yak ! Et j’en profite pour surprendre et ma petite poignée d’amis et l’immense armée de mes contempteurs en avouant avoir plutôt apprécié, bien que modérément, cette façon de retour de Tebboune. Je ne tourne pas la veste, je n’en porte jamais. Eh oui ! Je trouve qu’il a su prendre tout le monde de vitesse. Il s’est arrangé pour qu’en un laïus, il fasse d’une certaine manière l’événement.
Mais je dois concéder que son discours, l’autre jour, à l’occasion de la Journée du chahid, était une entorse aux  standards communicationnels les plus banals : bureau impersonnel, œuvre picturale (probablement, un de ces Dinet qu’on affectionne à la présidence) coupée aux deux tiers par la caméra. Un décorum d’un ineffable kitsch  en deçà même de ceux qui étaient familiers à la RTA à la fin des années 1960. L’image hâve d’un Boumediène sur le petit écran annonçant, le 19 juin 1965, le « redressement  révolutionnaire » avait l’excuse d’être au moins de son temps. Je sais que c’est un peu forcé comme comparaison, mais c’est pour mieux déplorer l’insuffisance de recherche et l’anachronisme concernant le décor.
Et puis, je ne sais pas, moi, mais ce bureau assez étroit, ces meubles ordinaires, tout cela concourt à soupçonner que le lieu ne ressemble pas à celui à partir duquel les Présidents algériens nous ont donné l’habitude de palabrer. Il lui manquait ce quelque chose d’indéfinissable qui souligne qu’il s’agit quand même du Président. On avait l’impression qu’il causait à partir d’un bureau de chef de service, avec toute la considération pour ce dernier aussi.
Il y a aussi la posture du Président pendant son discours. Assis derrière son bureau, il donnait l’impression qu’il expédiait, avec impassibilité, une corvée plus qu’il ne délivrait « un discours historique », comme l’écrit déjà la presse… adjectivale ou, si tu préfères, superlative. A un moment donné, saisi par la passion de ce qu’il disait, sa main rythmait ses mots de tapotements sur la table. Ces petites ponctuations sonores pouvaient, par moments, occulter son discours.
Il y a encore à dire sur la gestuelle, les lumières et tout ce qui fait qu’une image est étudiée jusqu’au moindre détail car le moindre détail parle aussi.
D’abord, le discours lui-même, ce qu’il nous dit et ce qu’il ne nous dit pas. Avant d’essayer d’en analyser quelques aspects, prenons-le au niveau du ressenti. On avait l’impression, en l’écoutant, que le Président était mû par le dessein de démentir le vieil adage qui prétend que perd sa place, celui qui va à la chasse. Son absence pendant plusieurs mois pour cause de soins en Allemagne consécutifs à la contamination par la Covid, couplée à la confusion induite à la fois par la pandémie mondiale et par les remous locaux à l’intérieur du sérail algérien entraînés par le Hirak, a alimenté les rumeurs les plus folles.
Mal élu dans une conjoncture politique tumultueuse, pris dans le mouvement de balancier qui secoue les sphères des galonnés, notamment depuis le décès du matador Gaïd Salah, Abdelmadjid Tebboune paraissait dépossédé d’une partie du pouvoir présidentiel. Ce à quoi s’ajoute une brouille impossible à dissimuler avec le Premier ministre et une partie du gouvernement.
Tout cela laissait planer un air d’incertitude absolue quant à son retour aux affaires. Combien de fois ne l’a-t-on pas dit inapte et physiquement et politiquement à reprendre ses fonctions. Des commentateurs du Web, alimentés sans doute de l’intérieur du système, le donnaient même pour fini et pronostiquaient comme impossible son retour.  Eh bien, à la surprise générale, il est revenu. Son discours de la Journée du chahid est un peu comme un nouveau départ, mais dans une Algérie qui ne croit plus à rien d’autre qu’au Hirak. Toutes les tentatives depuis un an d’embastiller les meneurs du Hirak, de déconsidérer le mouvement, ne l’ont pas empêché de reprendre et de plus belle, dans la très patriotique et très rurale Kherrata. Et maintenant, pour déconsidérer même ce retour du Harik sur sa terre natale, celle des martyrs, on prend les quelques carrés de forcenés islamistes qui ont voulu attirer l’attention sur eux pour toute la manifestation. Le Hirak de Kherrata n’est pas islamiste, pas plus que celui au niveau national !
Mais le Hirak, on le sent, on le sait, est un torrent qui se réveillera à la première occasion. Abdelmadjid Tebboune le sait. C’est pourquoi, pour essayer de faire redémarrer la machine politique qu’est l’Algérie, il y fait référence, en le traitant même de béni, un peu comme s’il en était l’émanation.  Cette évocation du Hirak à la veille du 22 février, deuxième anniversaire, est à double signification. On pourrait la prendre pour un appel au Hirak, semblable à celui de Chadli en septembre 1988, mais comme un appel pour un Hirak de son inspiration. Et on peut également l’interpréter comme une conciliation destinée à empêcher sa réédition. Mais qu’il dise que les exigences du Hirak ont été en partie satisfaites n’est pas de la première vérité.
Reste le calendrier politique. Le congédiement des députés après qu’ils eurent rendu de sacrés services n’est bien sûr pas un acquis. Ils auraient dû partir en même temps que Bouteflika. L’élection d’une nouvelle Assemblée nationale dans des conditions aussi floues est un ravalement de surface. Rendre la souveraineté au peuple exige plus que le remplacement de vieux députés de la chkara par des jeunes qui risquent de le devenir si un assainissement ne se produit pas.
Enfin, on se réjouit de la grâce accordée aux prisonniers d’opinion. C’est un geste d’apaisement appréciable. Mais reconnaissons que ce sont moins les prisonniers que l’on libère, qu’ Abdelmadjid Tebboune, lui-même affranchi de cette impasse.
Autrement, oui, c’est la Journée de la décontraction !
A. M.

 

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