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Kiosque arabe

Le Soudan d’après peut-il nous inspirer ?

Publié par Ahmed Halli
le 15.04.2019 , 11h00
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Le Soudan a pris le départ avant nous, mais nous l’avons vite rattrapé et devancé, avec la démission-traquenard de Bouteflika, et nous revoilà à nouveau pris de court par ce concurrent. Pourtant, il y a moins d’une semaine, Omar El-Béchir caracolait tout en haut dans les sondages des bookmakers arabes qui le donnaient vainqueur contre le peuple qui le subissait. Mais le peuple soudanais dont on oublie trop souvent l’histoire mouvementée et riche de luttes pour la liberté et de figures universelles des luttes pour la démocratie a eu raison du tyran. C’est aussi grâce au Soudan et à la chute de son sombre despote que l’Algérie a bénéficié d’un regain d’attention de la part des médias arabes qui se remettent à imaginer l’avenir. Au Soudan, comme en Algérie, c’est l’armée qui a donné le coup de pouce fatal à la chute de deux hommes, qui ont échangé des serments d’amitié et rêvaient de mourir sur le trône. A Khartoum, l’armée soudanaise a démis le Président, qu’elle a soutenu pendant trente ans, et elle assume ouvertement les pleins pouvoirs, en se dotant d’un conseil militaire de transition. En Algérie, la hiérarchie militaire, pour ne pas incriminer le seul chef d’état-major, a donné le coup de pouce fatal à Bouteflika, sans avoir l’air d’y toucher, pour le respect des formes. Mais alors qu’au Soudan, le Président déchu aurait été emprisonné, l’Algérie donne toujours l’impression d’une prolongation du règne du « bouteflikisme » sans Bouteflika mais avec ses frères. En Algérie, les dernières mesures consistant à démettre Bouteflika, tout en pérennisant son système, ou le système, sont rejetées par référendum populaire, tous les vendredis. Les Algériens ne sont pas dupes : même si c’est une pratique courante, on ne peut pas délivrer un certificat de virginité à une femme qui a subi des viols multiples, et c’est le cas de la Constitution. Là où les Soudanais ont réussi et mènent la course en tête, c’est qu’ils ont des figures de proue qui négocient en leur nom, alors que les Algériens tirent sur toute tête qui émerge. Et c’est sans doute cette difficulté à obtenir un consensus autour de quelques personnalités qui ont accédé à la notoriété depuis le 22 février qui complique encore la situation. Toujours est-il que la révolution soudanaise a déjà remporté une deuxième victoire d’affilée avec la démission du président du conseil militaire de transition, Awad Ibn-Ouf. Il a été remplacé par un autre des dix membres du conseil militaire, le général Abdelfattah Al-Borhane, qui a promis de rendre le pouvoir aux civils dans un délai de six mois. En dépit de ces promesses, les Soudanais campent toujours devant le QG des forces armées à Khartoum, et ils maintiennent leur principale revendication, le départ de tout le système El-Béchir. Abderrahmane Al-Rachid doute de l’éviction réelle d’El-Béchir. Et il raconte dans le quotidien londonien Al-Chark Al-Awsat comment les Égyptiens, et à leur tête le Président Hosni Moubarak, avaient été trompés sur la nature du putsch de 1989. Ils pensaient, à tort, dit-il,que le nouveau régime instauré par Omar El-Béchir avait des sympathies à l’égard du pouvoir égyptien, alors qu’en réalité, il était l’œuvre des Frères musulmans. Il est apparu par la suite que le véritable instigateur du putsch contre le gouvernement civil de Sadek Al-Mahdi n’était autre que le Front national islamique, de Hassan Tourabi. C’est ce mouvement qui a assumé le pouvoir dans l’ombre durant une certaine période, après avoir choisi comme président Omar El-Béchir, l’un de ses cadres. Tous ces détails ont été révélés plus tard par Hassan Tourabi, et c’est lui-même qui a demandé à El-Béchir de le mettre en prison la nuit précédant le coup d’État, afin de dissimuler sa vraie nature. « Certes, les nouveaux dirigeants ont promis d’éradiquer les éléments du régime El-Béchir, mais il n’en reste pas moins que les islamistes tiennent toujours le gouvernement profond à Khartoum », conclut Abderrahmane Al-Rachid. Premiers concernés et intéressés par la situation au Soudan, souvent considéré comme une province de leur pays, les Égyptiens supputent les chances respectives des deux révolutions. Sur fond de débats au Parlement autour du prolongement des mandats présidentiels, les chroniqueurs égyptiens ont toujours en tête l’échec de la révolution du 25 janvier 2011. « Certes, l’Algérie et le Soudan ont réussi à faire tomber leurs présidents respectifs, écrit Abbas Al- Tarabili, dans Al-Misri Alyoum, mais ils n’ont pas pensé à la suite. Et c’est là qu’est le piège dans lequel est tombée auparavant l’Égypte, après le 25 janvier 2011 qui a vu les Frères musulmans exploiter la situation et prendre le pouvoir . Et c’est justement la situation que semble vivre le Soudan ces jours-ci faute d’alternative crédible, avec des partis éparpillés, dont le parti du Président lui-même. Le peuple soudanais rêvait d’un gouvernement civil, et voilà qu’on lui propose un conseil militaire, et il découvre que ceux qui ont destitué El-Béchir sont ses propres hommes. Sans la vigilance des élites, principalement des professeurs d’université, et la résistance populaire, la révolution aurait été perdue. Quant à l’Algérie, sa situation est toujours énigmatique (!!) ». Mais l’énigme est en partie résolue, depuis vendredi dernier, et la disparition de certains slogans sur les fraternités illusoires, vite rattrapées par les intérêts de classe et de castes, cher confrère. Au demeurant, si la révolution algérienne du 22 février a servi de stimulant aux manifestants du Soudan, il n’est pas dit que la fermeté des Soudanais ne va pas inspirer la Silmya. Avez-vous remarqué que ni l’ONU ni les grandes puissances ne se sont avancées à condamner le coup d’État au Soudan, se bornant, pour la première, à réclamer l’extradition d’El-Béchir. D’ailleurs, l’un des membres du conseil militaire l’a bien dit aux diplomates arabes et africains : «Ce n’est pas un coup d’État, mais une prise de position en faveur du peuple .» Voilà qui est parler-vrai !
A. H.

 

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