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Les choses de la vie

Les Andalouses, le 27 janvier 2021 (2 et fin)

Publié par Maâmar Farah
le 04.02.2021 , 11h00
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Les Andalouses… Dans les années 70, ce fut la destination privilégiée à l’ouest du pays. Cette période, faste pour le tourisme international, a démontré que, sans être prioritaire, ce secteur pouvait engranger des entrées en devises assez consistantes qui, aux côtés de l’exportation des produits agricoles, du vin, des jus de fruits, du liège et de différentes matières premières non encore concernées par la transformation locale, permettaient d’équilibrer la balance. Peu d’observateurs relèvent que les hydrocarbures ne représentaient pas la plus grosse part de nos exportations ! Habitués à dénigrer cette unique période où le développement économique avait un sens, un idéal plutôt, certains de ces observateurs oublient de nous parler de l’hécatombe des années et des décennies suivantes. 
Oui, le tourisme ne constituait pas du tout un secteur prioritaire et pourtant… Boumediène, sollicité pour s’engager dans des partenariats qui devaient transformer notre littoral en vastes zones bétonnées, répondait que l’Algérie n’avait pas l’intention de «prostituer» son soleil. Et, pourtant, toutes ces merveilles qui enchantent les visiteurs nationaux et étrangers datent de cette époque. Imaginez un peu que ce secteur ait été perçu comme prioritaire ! Aujourd’hui, et après bien des péripéties, la vision s’éclaircit même s’il persiste beaucoup de difficultés et des ingérences relevant d’un manque de professionnalisme flagrant. D’abord, il y a eu arrêt total de l’investissement public. Pendant longtemps, les investissements nationaux dans ce domaine ont manqué alors que la bureaucratie et les visions étriquées ont empêché une véritable valorisation des trésors architecturaux qui dorment aux quatre coins du pays, comme elles ont réduit à zéro la volonté de développer d’autres infrastructures. Il a fallu attendre les années 2000 pour voir un redémarrage du secteur avec des investissements parfois douteux et toujours une vision qui n’intègre pas le long terme et privilégie les grandes villes à l’attrait confirmé. De grands hôtels ont vu le jour mais il s’agit d’établissements quatre, cinq étoiles aux prix exorbitants. On était loin de la politique des années 70 qui offrait de véritables palais à des prix dérisoires.
Il faudra repenser le tourisme et pratiquement repartir à zéro. Nous verrons plus loin comment. Ici, nous essayerons de démontrer les bons choix des Seventies. Avec des rentrées de devises très limitées, l’Algérie a fait un immense bond en avant et on l’appelait volontiers le «Japon» de l’Afrique ! Un seul mot d’ordre, une seule philosophie expliquent cette marche vers les résultats que l’on connaît : le compter-sur-soi.
A ceux qui font semblant d’ignorer les prouesses inimaginables de cette industrie, se contentant de débats stériles et de mots creux, appris à l’école du dénigrement de tout ce qui a été fait après 1962, martelons ces vérités ! A l’ère de l’importation du chiffon, rafraîchissons les mémoires ! Nous étions 15 millions, puis 17 et 20 millions. Toute cette population était habillée par Sonitex et chaussée par Sonipec ! Il n’y avait aucune importation ! Les voilà les résultats - juste de petits exemples - de cette politique née d’un concept révolutionnaire qui a déjà fait ses preuves : l’industrie industrialisante ! 
Et le tourisme ? On ne peut aborder ce secteur sans évoquer justement cette même philosophie. Parce que le parc national public d’établissements hôteliers a été édifié en partant des mêmes réalités et vers les mêmes objectifs. Ce fut d’abord une vision claire : on n’avait pas besoin de bâtir des milliers d’hôtels balnéaires pour accueillir des millions de touristes dont nous devions assurer tous les plaisirs. Le tourisme ne pouvait se bâtir sur notre dignité bafouée. C’est parce que le Club Méditerranée de la Corne d’Or (Tipasa) refusait d’accueillir des Algériens indépendants que Boumediène ordonna sa fermeture et sa nationalisation immédiates.
Puis, il y eut ce choix heureux d’un génie de l’architecture, un homme qui a merveilleusement fait chanter la pierre dans une harmonie de créations et de styles inspirés du patrimoine national. Que ce soit en montagne, au bord de la mer, au Sahara ou dans les stations thermales, Pouillon a donné libre cours à son inspiration jetée comme un bonheur fleuri au milieu des prés. Il avait carte blanche pour faire ce qu’il voulait ! Aucune limite « doctrinale », aucun impératif de rentabilité, rien n’est venu briser la fougue créatrice de cet homme qui a profondément aimé l’Algérie. Et c’est cet amour qui donnera des ailes à sa créativité. Pouillon n’est pas allé chercher les exemples chez Haussmann ou auprès des grandes tendances de la belle époque, ni dans les œuvres contemporaines des grands architectes Oscar Niemeyer, Kenzo Tange, Louis Skidmore, Ricardo Bofill et Luigi Moretti - tous ayant été appelés à collaborer à des créations en Algérie révolutionnaire et ayant laissé des réalisations magistrales -. Pouillon n’a même pas voulu reprendre le style des «Algérianistes», ces architectes qui avaient signé le 100e anniversaire de la colonisation par des conceptions puisées dans le patrimoine national. S’ils réussirent à reproduire les formes de si belle manière, il faut reconnaître à Pouillon le mérite d’avoir reproduit l’âme des roches utilisées dans les constructions sommaires. De chaque région, il reprendra non seulement les traits d’une architecture solide, stricte, fonctionnelle, mais également cette beauté originelle qui n’était pas voulue en tant que telle mais que le génie des peuples a pu habiller de pudeur et de grâce.
Là où vous allez, le style Pouillon change mais, en même temps, vous le reconnaissez tout de suite. Alors, vous ne savez plus si Pouillon garde la même vision ou s’il la renouvelle à chaque création. Aux Andalouses, il a étalé les villas blanches à la boiserie bleue à la manière des villages grecs. Rentabilité ? il a largement profité de la zone boisée et verdoyante puisque l’occupation au sol ne dépasse pas 23% ! Un investisseur privé l’aurait tué pour ça ! A Zeralda, il a semé ses cubes pratiquement sur le sable, autour de deux établissements portant son empreinte : le Mazafran et le Sable d’or. Folie marine à Sidi Fredj avec ce port dessiné sur l’exemple des vieilles forteresses abritant les bateaux des raïs. Au Sud, ses hôtels sont des palmeraies rafraîchissantes. Même en milieu urbain, il a évité le style commun et abominable des bâtisses debout, sommes affreuses de briques et de verre, pour enfanter des oasis au milieu du béton !  
Et puis, en 1974, tout près de la fin de l’aventure, il laisse exploser son génie à Seraïdi pour cet hôtel du Rocher qui deviendra El Mountazah. Ce palais blanc agrippé aux flancs de l’Edough et tourné vers la mer, est certainement la plus belle des œuvres de Pouillon. Il y a la vision extérieure, étrange et captivante, notamment quand la brume enveloppe l’établissement. Un plaisir des yeux et des sens. Mais il y a aussi l’intérieur, un décor époustouflant, repris de la vie ordinaire des populations des hautes montagnes et du désert. C’est El-Oued qui prête aux lieux sa coupole au-dessus du restaurant dont le toit s’ouvre en période de chaleur. Ce sont les ports corsaires qui livrent cet escalier de briques pleines plongeant vers la piscine et, au-delà, vers la mer… C’est Ghardaïa qui love ses escaliers étincelants pour accéder à des étages mystérieux. C’est la Casbah avec ses poutres soutenant des loggias en sur extension. Ce sont les palais de Tlemcen la Zyanide avec ces imposantes portes patiemment ciselées, rappelant les accès à Mansourah et au Méchouar. C’est la Kabylie toute pimpante qui décore des chambres au style si proche des cuisines de Larbaâ-Nath-Irathen. C’est la broche géante des Aurès reproduite sur un mur qui a la forme d’un bateau voguant à travers les cieux.
Des Andalouses, que je quitte avec nostalgie, je vais courir vers Seraïdi où bat encore le cœur palpitant du plus Algérien des architectes ! Voilà le tourisme à l’ère de Boumediène et il en subsiste de beaux restes… Profitez-en !
M. F.

 

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