Rubrique
Les choses de la vie

Ne nous trompons pas d'ennemi !

Publié par Maâmar Farah
le 27.02.2020 , 11h00
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En conclusion de notre dernière chronique, nous relevions la présence, de plus en plus visible, des radicaux religieux dans les rangs du Hirak. Et nous rappelions une issue maintes fois vérifiée dans des pays ravagés par la violence et au bord du chaos : c'est la naïveté des démocrates et autres républicains qui a souvent ouvert la porte à l'enfer djihadiste ! Nous ne croyions pas si bien dire : quelques jours plus tard, MM. Bouregaâ, Bouchachi et Benlarbi rendaient visite à l'ex-responsable du FIS dissous, M. Ali Benhadj. Quelles que soient les motivations de ce rendez-vous inattendu, il n'échappe à personne que les initiateurs de cette rencontre ne sont pas n'importe qui. Ce sont, parmi d'autres, des têtes d'affiche du Hirak et c'est une partie du mouvement citoyen qu'ils engagent, peut-être malgré eux, sur une voie controversée et déjà dénoncée par de nombreux activistes. Chacun est libre de ses actes mais quand des leaders plébiscités et respectés s'en vont tenir meeting avec un ex-responsable du FIS, cela ne peut être un acte fortuit ou un engagement pour je ne sais quelle cause. Ces personnalités ne peuvent pas arguer du fait qu'elles aient agi à titre personnel. Elles engagent leurs fans dans une approche très dangereuse qui, ajoutée aux «Alayha nahya...» de triste mémoire, montant chaque vendredi des rues de la capitale, ne présage rien de bon.
Leur visite à M. Benhadj est donc un acte hautement politique qui ne peut être interprété que comme un soutien à la réhabilitation de l'ex-FIS. Et tous ceux qui croient en ces têtes d'affiche — et ils sont très nombreux — ont le droit de se poser des questions. Après tout, ils ne sont pas sortis chaque vendredi depuis une année, ils n'ont pas affronté chaleur et froid, soleil et pluie ainsi que brimades policières et arrestations pour... servir la cause du FIS ! Ils sont sortis pour la liberté dans des marches sans coloration politique !
Et les choses ne se sont pas arrêtées là. Alors que l'on aurait pu nous répondre que cette visite n'avait aucun caractère politique, qu'elle ne pouvait engager le mouvement du 22 février, voilà qu'un intellectuel algérien, très respecté et installé en France depuis la décennie noire, va plus loin en apportant d'abord sa bénédiction à cette rencontre et en nous révélant ensuite le véritable danger qui nous guette : ce sont les militaires et non les islamistes !
Les islamistes sont partie intégrante de notre peuple et nous n'avons aucun problème avec eux. Vivant en Algérie, et au plus profond du territoire national, nous les côtoyons tous les jours; ce sont parfois nos amis et nos proches et, tant qu'ils ne prônent pas l'intolérance, ne s'attaquent pas aux libertés individuelles et n'appellent pas à la violence, je ne vois pas pourquoi on ne les accepterait pas dans la vie sociale et politique. Mais M. Ali Benhadj n'est pas n'importe quel islamiste !
Ce gars porte la responsabilité des terribles épreuves vécues par notre peuple. Son extrémisme religieux a poussé des milliers de jeunes à se rebeller contre l'État dans une insurrection armée aux terribles conséquences. Cette tentative de réhabilitation est une insulte à la mémoire des dizaines de milliers de victimes du terrorisme islamiste. M. Bouregâa ignore-t-il que les moudjahidine ont été l'une des principales cibles des éléments de l'AIS et d'autres groupes armés ? A-t-il oublié que ces mêmes moudjahidine furent parmi les premiers à reprendre les armes pour s'opposer aux incursions meurtrières des visiteurs de la nuit ? S'asseoir avec l'homme qui porte une lourde responsabilité dans ces tueries et en cette conjoncture particulière ne cadre pas avec l'image que nous nous sommes faite de ces activistes de premier plan, figure de proue du Hirak. Nos écrits tout récents sont encore là qui disent notre solidarité avec le vieux moudjahid traîné en prison. Mais cette solidarité s'arrête aux portes du domicile de M. Ali Benhadj et c'est au nom de tous les martyrs de la liberté, ces femmes tuées parce qu'elles ne portaient pas le hidjab, ces intellectuels et ces artistes assassinés pour leur esprit libre et toutes les victimes du terrorisme que nous disons : «Non, pas ça ! Pas vous !»
Par ailleurs, que nos amis vivant en France, pourfendeurs des militaires et défenseurs des islamistes, nous disent franchement ce qui les a poussés à fuir le pays, si ce n'est la violence du FIS dont M. Ali Benhadj représentait la tendance la plus dure, la plus intolérante et la plus agressive ? Ce n'est pas l'armée qui a chassé tous ces intellectuels et cadres qui manquent cruellement à l'Algérie. Au contraire, c'est elle, avec les autres forces de sécurité et les patriotes civils armés, qui ont mis fin au rêve de l'émirat islamiste si cher à l'ex-responsable du FIS et à ses copains. Il est malheureux que le «qui-tue-qui ? » revienne de la manière la plus insidieuse et par la voix d'intellectuels reconnus et respectés. Libre à eux de refaire l'Histoire au profit de leurs nouveaux amis intégristes. Désolés, mais nous ne vous suivrons pas sur cette voie qui fut exactement celle empruntée par un certain Bouteflika qui nous a infligé une réconciliation inéquitable et indigne des sacrifices des femmes et des hommes libres de l'Algérie. Ceci n'est pas une position nouvelle pour nous et elle a été toujours exprimée en ces colonnes depuis la promulgation d'une concorde civile biaisée par l'absence de justice. Si nous avons été d'accord sur le principe car la paix et la concorde sont toujours la solution à la violence meurtrière, nous nous sommes, par contre, nettement démarqués du projet dès que son contenu fut divulgué. Mettre dos à dos les partisans de la violence fasciste et les forces républicaines saignées par les attaques djihadistes est un reniement et une trahison vis-à-vis des victimes du terrorisme.  
Nous resterons fidèles à la mémoire de nos martyrs. Nous n'oublierons jamais ces massacres et ces bombes dont l'une a soufflé notre journal, tuant trois de nos collègues. Chaque fois que je rentre au siège du Soir d'Algérie, leurs portraits en haut du couloir m'interpellent et me disent : «Ne nous trahissez pas !» Ce quotidien dont les locaux furent votre tombe ne renoncera jamais à porter haut et fort la voix des patriotes. Il sera toujours aux côtés de ceux qui défendent la patrie contre les apôtres du chaos. Il ne se trompera jamais d'ennemi.
M. F.

 

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