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Les choses de la vie

Pourquoi je suis optimiste(2)

Publié par Maâmar Farah
le 02.04.2020 , 06h00
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«Même sans espoir, la lutte est encore un espoir»
Romain Rolland

 
Nous ne détenons pas la vérité. Et d'ailleurs, existe-t-elle? Pour les religions monothéistes, la vérité absolue est incarnée par les livres sacrés. Tout ce que l'homme observe, connaît, affirme sont des réalités, pas la vérité ! Certains nous répondront que la vérité est livrée par la science. Faux, car la «vérité» scientifique valable au début du XXe siècle ne l'était plus à la fin du même siècle ! A chaque nouvelle découverte ou simplement à cause d'une nouvelle expérimentation pourvue d'éléments qui n'étaient pas disponibles mais qui le furent plus tard, la «vérité» scientifique évolue. Donc ce n'est pas la vérité car cette dernière est immuable. Ni nous ni personne ne détenons donc la vérité. Chacun dans son domaine, nous essayons tous d'éclairer la scène d'un terrible malheur qui s'est abattu brutalement sur les peuples. Le scientifique, bien que désarmé par l'absence d'un remède efficace, tente de réfléchir aux moyens de stopper le mal ou, du moins, d'alléger les souffrances des malades. 
Le chercheur et le médecin utilisent leurs connaissances et leurs expériences propres et celles qui leur viennent de l'étranger et bâtissent une stratégie qu'ils proposent au pouvoir politique. C'est la première fois, depuis longtemps, que ce pouvoir ne joue pas à celui qui connaît tout, fait tout selon son bon vouloir. Les scientifiques reviennent donc au premier plan de la vie nationale et c'est une bonne chose. Pourvu qu'on les écoute tout le temps et pas seulement en période de crise.
Mais ces scientifiques, et sans tomber dans les querelles byzantines qu'on observe ailleurs, doivent se démarquer des charlatans qui, justement et à cause de leur populisme de bas étage, sont applaudis par la grosse foule. Sans citer de noms, on les retrouve sur les réseaux sociaux où ils activent quotidiennement, alignant sottise sur sottise. Les uns peuvent prévoir les tremblements de terre, les autres ont trouvé le remède miracle contre le cancer ou même le coronavirus ! S'ils sont très suivis, c'est parce qu'ils mêlent toujours à leur discours bêtifiant la sainte religion musulmane dont le premier verset du Coran dit pourtant à l'homme «apprends !» dans le sens «étudies», «acquiers le savoir»... et non «suis bêtement» les verbiages de ces arnaqueurs qui reprennent du poil de la bête dès qu'une catastrophe pointe à l'horizon !
Quant au chroniqueur, son rôle est également d'éclairer cette scène lugubre mais en y apportant un autre type de lumière qui, sans égaler en valeur absolue la force agissante de celle des scientifiques, permet d'expliquer, de comprendre, de commenter et d'aller au-delà du phénomène lui-même pour évoquer les expériences des autres peuples, prévoir l'avenir et les transformations induites par la pandémie au niveau des relations internationales. Et en cela, il joue souvent au philosophe qui dérange les gens bien assis sur leurs convictions. N'est-ce pas aussi son rôle ? On peut être d'accord ou pas avec lui mais on ne peut ignorer ce qu'il dit et c'est toujours le début d'un intéressant débat sur des sujets essentiels. Dans cette situation particulière, nous avons, par exemple, tenté de savoir d'où venait ce virus. Nous avons livré toutes les supputations — puisqu'il n'y a aucune certitude — et cela a parfois déplu. A ce propos, je tiens à rappeler que le premier média à avoir livré une étude complète sur le Covid-19 (3 février 2020), signée par l'éminent professeur Senhadji — professeur d’universités, directeur de recherche, hôpital
E. Herriot, Lyon — est le Soir d'Algérie et cela au moment même où le mal frappait la province de Wuhan et qu'il était donc très loin de l'Europe et de l'Afrique. 
Dans cette étude, M. Senhadji signale que ce virus est d'origine animale et qu'il trouve sa source dans un marché de la ville de Wuhan qui vend serpents, rats, chauve-souris, etc. Bien plus tard, de nombreux autres scientifiques livrèrent la même version.
Par ailleurs, notre curiosité professionnelle nous a poussés à consulter les bilans des précédentes grippes qui sont presque passées inaperçues. Nous avons trouvé des bilans annuels ahurissants : jusqu'à 650 000 décès seraient associés chaque année aux affections respiratoires dues à la grippe saisonnière, selon de nouvelles estimations publiées par les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis d’Amérique (CDC), l'OMS et d'autres institutions sanitaires ! Ces chiffres ne peuvent pas laisser indifférents et imposent une réflexion sur les tenants et les aboutissants de l'exploitation de la pandémie actuelle par certains milieux calculateurs. Il est donc légitime de s'interroger sur l'alarmisme émanant de certaines oligarchies qui s'en fichent royalement de la santé des peuples et ne cherchent que leurs intérêts mercantiles avant tout ! Notre rôle en tant que journalistes progressistes n'est-il pas de dénoncer les politiques ultralibérales de beaucoup de pays qui ont privatisé la médecine et réduit à néant le rôle de l'État dans la prévention, la prise en charge des malades et la mise en place d'une véritable politique sociale au profit des travailleurs, des ménagères, des retraités et des chômeurs ? C'est le sujet de l'heure : une sérieuse remise en cause des philosophies économiques libérales qui ont démoli le rôle social de l'État. On va nécessairement assister au réveil des États-Nation, le seul cadre où la souveraineté nationale s'exerce au profit exclusif des peuples. Et cela induira de profondes fissures au sein des institutions supranationales qui ont spolié le pouvoir des gouvernements nationaux au profit des oligarchies liées à la finance internationale et aux multinationales.
D'un autre côté, nous avons essayé de comparer les différentes réactions des gouvernements du monde face à ce danger et avons fini par comprendre qu'un confinement autoritaire et obligatoire de toutes les régions d'un pays (surtout s'il est vaste) n'est pas forcément synonyme de protection totale contre le mal. L'Italie a confiné la population, cela n'a pas empêché la catastrophe. La Chine a imposé le confinement aux populations de Wuhan et de sa province seulement. On y circule librement après deux mois... Et puis, il y a l'exemple allemand : pas de confinement forcé mais des tests à outrance. Cela se traduit par un taux de mortalité très bas, pratiquement l'un des plus bas au monde.
En Algérie, nous ne partageons pas le pessimisme ambiant. D'abord parce que nous nous basons en premier sur le nombre réel de morts dues au coronavirus. Ces chiffres ne sont pas loin de la réalité parce que tout décès est signalé aux autorités, ne serait-ce que pour l'obtention de l'autorisation d'inhumation. En ce mardi soir, nous en sommes à 44 morts. Le bond enregistré était prévisible et il peut augmenter mais sans connaître des pics effrayants. Il serait d'ailleurs intéressant de comparer le nombre global de décès en ce premier trimestre 2020 (tous les décès, même hors coronavirus) avec les chiffres des années précédentes. Je suis certain qu'il n'y a pas de grande différence. Mais pourquoi donc le taux de létalité algérien est-il aussi fort : il est de 16%, alors qu'il devrait osciller entre 1 et 3% ? La réponse est simple : le nombre des tests est encore insignifiant par rapport aux normes mondiales. Mais là aussi, pas de panique ! L'immense majorité des malades s'en sortira après quelques jours de repos.
Je crois pouvoir dire que ce sont les premières mesures d'annulation des vols, puis de fermeture de l'espace aérien et des frontières terrestres qui ont considérablement réduit le risque de voir le virus déferler massivement chez nous. Ensuite, la fermeture des écoles, lycées et universités ainsi que des stades puis l'extraordinaire mobilisation des moyens étatiques et du corps médical qui n'ont pas attendu les fameux pics pour partir à l'attaque de ce maudit virus. 
Bien que critiqué, à juste titre d'ailleurs, ce secteur hospitalier public fait notre fierté ces jours-ci. Malgré tout, il est là et répond correctement aux défis de l'heure. Nous nous en sortirons bientôt pour travailler mieux et plus parce que l'autre catastrophe, la vraie, qu'il va falloir affronter courageusement, est la chute vertigineuse des prix du pétrole ! Nous ne pouvons rester les bras croisés à regarder la télé ou à naviguer sur le web pendant que l'économie vire au rouge. Un confinement total veut dire la ruine de cette économie !
M. F.

 

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