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Lettre de province

«Hirak – An II» : que cache la thèse de la «contre-révolution» ?

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 06.03.2021 , 11h00
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La nouvelle est étonnante. Il paraît qu’une « contre-révolution » serait en train de noyauter le Hirak et qu’elle aurait pour animateurs dangereux des obédiences islamistes. L’alarme diffusée récemment émanait des réseaux officiels lesquels laissent entendre que leur préoccupation première est de préserver la notoriété patriotique du mouvement en essayant de convaincre ses animateurs de donner congé aux marcheurs du vendredi puisque « tous les objectifs ont été atteints ». Or, que cache ce tourment politique menaçant le mouvement alors qu’il leur semblait atteint dans sa réactivité tout au long de l’année sabbatique de la Covid ? Bien mieux encore, il se trouve, depuis une semaine ou deux, d’étonnants médiateurs chargés de plaider la cause du solde définitif du mouvement en s’appuyant justement sur le même motif. Seulement, les auteurs de cette proposition sont plus proches de l’imprécation que du débat serein. Et pour cause, ils ne sont que des transfuges de l’islamisme dans ce qu’il a de plus exécrable. 
L’un est un imposteur sans vergogne qui s’autorise à se présenter en acteur du premier jour et ayant contribué à la destitution de l’ancien régime alors qu’il fut, durant des mois, le « collabo » attitré de la sphère de Bouteflika. Pourtant, même ses contrevérités ont laissé de marbre l’Algérie officielle, celle du présent, laquelle venait d’en faire un interlocuteur.
En effet, dans une atmosphère tendue après l’imprévisible réoccupation des rues, un certain Makri entre en scène en compagnie de l’heureux perdant de la dernière présidentielle. Celui qui va se contenter d’accuser avec une légèreté insupportable le Hirak de n’être rien d’autre qu’un ramassis des populations de dechras qui s’agitent en insultant le « patriotisme de l’armée » (sic). Sa diatribe était diffamatoire à un point tel qu’elle suscita une mise au point pour clarifier ce recours aux ambiguïtés. Celle qui a suscité un démenti de la part d’un animateur du mouvement en rappelant que le mouvement s’est toujours « inscrit dans une perspective de construction de l’État moderne démocratique refondé et non pas de destruction de ses institutions ».(1)
Quant à l’autre vigie, qui prétendait connaître les intentions criminelles destinées à noyauter le Hirak, pourquoi ne s’est-il pas penché sur le chevet de ces fleuves humains dont la colère n’a eu de cesse de gronder pour rappeler que les solutions imaginées n’étaient, en définitive, que des impasses. 
Face donc à deux islamistes mandatés, l’on doit nécessairement s’interroger sur les origines de ces assertions politiques qui se réfèrent à la thèse de la contre-révolution. Autrement dit, est-il question de cibler des réseaux islamistes ou plutôt le Hirak lui-même ? En d’autres termes, n’avons-nous pas affaire à la stratégie du billard à deux bandes ? Celui qui consiste à progresser par ricochet au lieu d’être linéaire. Cela veut dire que si les courants islamistes sont initialement visés, en définitive c’est le Hirak qui en sera la cible réelle.
S’agissant de Bengrina, nous avons en lui l’exemple idéal de l’intérimaire en politique disposé sans état d’âme à tenir le rôle de faux témoin accusateur. À ce propos, souvenons-nous des révélations qu’il avait fournies sur les réseaux concernant d’anciennes malversations commises dans le secteur du tourisme dont il était ministre mais qu’il n’éventa que… plus tard. C’est-à-dire trop tard ! 
En a-t-il été de même pour Makri tout au long de la carrière qu’il entama dans les années 1990 ? Certainement pas puisqu’il parvint à s’emparer en 2013 de la direction du parti. Une conquête qui fera de lui un redoutable critique et, dans le même temps, une girouette s’exprimant selon les vis-à-vis. Il est vrai qu’il succéda à Aboudjera Soltani après la déchéance du MSP de son statut de « parti du pouvoir ». En sa qualité de secrétaire général, il fit preuve de bravades en menaçant Ould Abbès, arguant que « nul ne pourra prétendre gouverner seul en 2019 ». La certitude qu’il retrouvera au lendemain du 5e mandat de Bouteflika son statut de parti du pouvoir n’était-elle pas la preuve qu’il est demeuré même convaincu que le Président en poste était indéboulonnable. Flash-back : nous sommes en juillet 2018 et c’est lui qui jette un pavé dans la mare concernant le devenir du MSP mais pas que. C’est-à-dire celle de la place qu’il occupera auprès du chef de l’État après sa réélection en avril 2019. Jamais avant lui une offre de service n’avait été aussi claire que la sienne. Celle qu’il a su convertir en stratégie politique dans la mesure où son appareil était tout à fait disposé à assumer des compromettantes responsabilités sans poser des préalables draconiens. Sans trop insister, il ressemblait à un ripou de la veine d’Ouyahia et consorts. Pour étayer cette hypothèse, ne suffit-il pas de remonter au printemps 2017 et au lendemain des législatives qui venaient de sanctionner lourdement le régime ? Dans ce contexte, Sellal, alors Premier ministre, décida de le « démarcher » en lui proposant l’entrée dans l’Alliance présidentielle. Peine perdue, Makri refuse le parrainage de Sellal et souhaite viser plus haut. Seulement, il eut l’intelligence tactique de ne pas évoquer l’importance de ses ambitions mais de faire le procès des prédécesseurs toujours en poste. Dopé par la réputation médiatique, il aggrava d’un cran sa critique laquelle était clairement une offre de service envoyée au président de la République. 
Tout au long de la parenthèse qui amena le pays à la révolte (le Hirak), il fut étonnamment celui qui s’était opposé publiquement au changement du régime préférant exciper d’une « transition » dans la méthode de gouverner sans pour autant porter atteinte aux légitimités consacrées depuis 20 années. En laissant entendre que son parti ne se reconnaîtra guère dans les stratégies épuratrices, il souhaitait, par contre, que certaines mœurs politiques devaient changer. C’est dire que ses obsessions ne l’ont jamais libéré des ambiguïtés tactiques relatives à ses discours. De fait, il fit le choix de soutenir la perpétuation du régime de Bouteflika. Une option à contrecourant de la révolution en marche à partir du 22 février.
En effet, dépositaire des droits d’auteur sur un mot d’ordre prônant le « soutien critique au Palais », il n’hésita pas à faire adopter par tous les courants islamistes un acte d’adhésion au chef de l’État. Depuis, s’il avait bien existé une grande famille islamiste que le régime n’avait jamais combattue frontalement c’était précisément celle-ci. En rappelant cette vieille réalité qui piégea le politicien Makri, l’on comprend qu’il puisse cultiver des regrets tellement déstabilisateurs au point de le pousser à l’affabulation et aux délires d’un censeur.
B. H.

(1) Ce passage est extrait du commentaire paru dans El Watan du 21 mars 2021 signé Omar Berbiche et intitulé «Le Hirak fait sa mue».

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